01.08.2007

Laurent Voulzy. "Une ambiance de coucher de soleil pendant six mois"

Blog-Voulzy.gifInterview publiée le 1er août 2007 dans Sorties

Laurent Voulzy est l'un des invités d'honneur du 37e Festival Interceltique de Lorient. Le chanteur est ravi de l'invitation. Elle le touche en tant que Breton de coeur, mais aussi de sang, comme il nous l'a confié dans cette interview.


Avez-vous été surpris qu'on vous propose de chanter au Festival Interceltique ?

Surpris, oui, mais surtout heureux ! C'est un festival que j'ai toujours beaucoup aimé. Et, si je ne suis pas un chanteur de musique celtique, j'ai toujours affiché ma passion pour la Bretagne. J'ai d'ailleurs une maison en presqu'île de Quiberon. En parlant de Bretagne, j'ai découvert récemment que, parmi mes ancêtres issus de quatre continents, il y en avait un qui venait du Finistère nord. Ca remonte à très loin, au temps de Louis XIV. Mon ancêtre était de la région de Saint-Pol-de-Léon / Roscoff. Il s'appelait Le Créac'h et avait embarqué en 1690 comme matelot à bord d'un bateau de la Compagnie des Indes.

Question artistes bretons, ne vous sentez-vous pas plus proche de Nolwenn Leroy, dont vous avez composé l'album, que de Denez Prigent, par exemple ?

Nolwenn a un très joli prénom mais ce n'est pas son côté breton qui a fait que j'ai travaillé avec elle. C'est le hasard des rencontres. Vous savez, quand j'étais petit, à la fin des années cinquante, j'ai vu un spectacle breton avec des cornemuses. Et je me souviens encore à quel point ça m'avait impressionné et plu ! J'adorais les soeurs Goadec, Alan Stivell à ses débuts. Je suis fan de harpe celtique et de culture celtique en général depuis très longtemps. La légende arthurienne me captive. Cela rejoint une des mes autres grandes passions qui est la musique médiévale. Cest pratiquement ce que j'écoute le plus : des chants a cappella, des motets de Josquin des Prés, Guillaume de Machaut...

Que chanterez-vous à Lorient ?

Je n'ai pas encore établie de liste précise. Je jouerai les morceaux que les gens s'attendent à retrouver dans les concerts "normaux" : "Rockollection", Belle-Ile-en-Mer", "Grenadine", "Le pouvoir des fleurs", "La fille d'avril"... "Caché derrière" aussi , qui se rapproche plus de l'esprit de l'Interceltique.

Je ferai aussi des duos : avec Alain Souchon qui viendra me rejoindre, ainsi qu'avec deux autres invités, très connus de l'univers celtique. Mais comme il peut toujours y avoir des impondérables, je garde la surprise sur leurs noms.

Votre chanson "Belle-Ile-en-Mer" a un destin extraordinaire, allant jusqu'à inspirer cette année une course transatlantique dont vous êtes le parrain. Comment l'avez-vous vécu ?

Ca m'a bouleversé. La Bretagne m'est chère, la Guadeloupe aussi, c'est ma vie ! Alors qu'un course matérialise une route entre ces deux endroits, c'est extraordinaire.

Ce n'est pas de ma faute mais, oui, la chanson, "Belle-Ile-en-Mer" a peut-être bien été saupoudrée par les fées (rires) ! En tout cas, quand je la chante en Bretagne, - et j'ai la même sensation lorsque je la joue aux Antilles -, je ressens une émotion particulière dans mon coeur, dans le plexus solaire. Elle se transmet entre le public et moi.

Lorsque je l'ai interprétée au Festival des Vieilles Charrues à Carhaix devant 70.000 personnes, j'ai vu les drapeaux bretons se lever. Les gens se sont mis à chanter et moi je n'arrivais même plus à le faire tellement j'étais ému !

Depuis 1974, vous n'avez sorti que cinq albums-studio. Pourquoi si peu ?

J'aimerais en faire plus, mais , en même temps, cela correspond à mon rythme. Pour ce qui est de faire des chansons, je ne pense pas être plus lent qu'un autre. Par contre, c'est en studio que je passe beaucoup de temps. Pour "Caché derrière", ça m'a pris deux ans, "Avril", plus de trois ans.

Parce que vous êtes perfectionniste ?

Je ne dirais pas cela. La perfection ne m'intéresse pas. Ce que je recherche, c'est l'émotion maximale. Et ça rentre dans des détails, des sons, des harmonies vocales...

Comment inventez-vous ces mélodies qui ne quittent plus la tête des gens dès qu'ils les ont entendues ?

Vous êtes gentil. Mais je n'ai pas de réponse, on rentre là dans un domaine mystérieux. Je ne sais pas comment on fait pour composer. Vraiment, la seule chose que je cherche, c'est l'émotion. Le début d'une mélodie, c'est toujours un peu le hasard. Vous avez un instrument dans les mains, vous grattez, vous êtes en captation de je ne sais quoi. Et puis à un moment, vous ressentez une émotion forte : c'est le début de la mélodie. Vous vous dites, c'est bien, il faut la continuer. Après, c'est un travail d'artisan et de critique. Il faut maintenir l'émotion tout le temps, jusqu'à la fin. Vous réécoutez en demandant : je m'ennuie ou pas ? Si un passage fait retomber la chanson, il faut le changer.

Comment expiquez-vous que votre album de reprises "La septième vague" ait fait un tel triomphe ?

J'ai fait ce disque avec le coeur et en même temps de façon récréative. C'est l'enregistrement le plus agréable que j'ai vécu, c'était très doux. Il y a vraiment eu une ambiance de coucher de soleil dans le studio pendant six mois.

On peut toujours trouver des raisons a posteriori pour expliquer pourquoi les gens ont acheté le disque. Mais si on m'avait interrogé avant sa sortie, je n'aurais pas su quoi répondre.

Où en est votre projet d'album de duos avec Alain Souchon ?

Début 2008, on devrait partir ensemble et commencer à écrire de nouvelles chansons. Elles ne seront ni pour l'un, ni pour l'autre, mais pour nous deux ensemble, ce qui n'est encore jamais arrivé. L'idée, c'est d'en faire un disque, puis de partir les chanter en tournée.

Propos recueillis par Frédéric Jambon

 

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