14.02.2008
Yvan Le Bolloc'h. "J'adore le contact immédiat"
Interview parue dans Le Télégramme le 14 février 2008
Révélé à la télé par ses présentations du Top 50 et du Plein de Super, Yvan Le Bolloc'h a crevé l'écran dans la série Caméra Café, devenue culte. Le Brestois possède d'autres cordes à son arc artistique. Dans son groupe Ma guitare s'appelle Reviens, l'humoriste se fond avec aisance dans la rumba gitane.
En quoi consiste le spectacle « Tous les chemins mènent aux Roms » que vous présentez samedi à Erquy ?
Si je devais faire un pourcentage, je dirais qu'il contient 60 % de musique et 40 % de comédie. Les chansons sont celles de l'album « Ma guitare s'appelle Reviens ». Mes sketches entre les morceaux montrent un non Gitan qui découvre ce milieu et ses codes. Le but, c'est bien sûr de charmer et divertir. Mais il me semble aussi qu'avec l'humour, on peut amener de petites réflexions sur nos comportements, nos mauvaises habitudes et les tendances qu'on a tous à caricaturer ce qui nous est étranger.
Que faites-vous dans le groupe ?
Je joue de la guitare rythmique. Le soliste s'appelle Patrick Baptiste. Il a 24 ans, est un guitariste autodidacte comme tous les Gitans, et c'est un vrai phénomène ! La rumba gitane est très festive. On n'a pas de boules à facettes, mais notre but, c'est que tout finisse dans une ambiance genre discothèque ! Le chanteur, c'est Yannis Patrac. Il a une voix énorme. Pour la décrire, j'ai coutume de dire qu'il a plus de coffre qu'une Volvo break.
Qu'est-ce qui a amené un Brestois à jouer les Gitans ?
Ça fait 20 ans que j'aime leur musique. Je me disais que je serais prêt à donner beaucoup pour pouvoir jouer comme eux. Mais c'est très difficile quand on n'a pas la chance de les côtoyer. Ils se transmettent leurs méthodes de père en fils : aussi bien la manière d'installer une caravane en moins d'une demi-heure pour avoir le soleil le matin et le soir que la fameuse technique de guitare du compas.
Où vous êtes-vous rencontrés ?
Dans le sud de la France, près d'Agde, il y a deux ans et demi environ. J'étais en tournage pour un film de Jean-Pierre Mocky. Je m'étais acheté une guitare flamenca et m'exerçais en vain lorsque j'ai rencontré Yannis et le groupe. Ça s'est passé dans une pizzeria, parce que c'est là qu'ils bossaient, comme beaucoup de Gitans en été. Ils ont vu que j'avais une guitare, ont pris les leurs. On a sympathisé. Je me suis alors retrouvé dans leur grosse limousine à sillonner les fêtes du coin. On me présentait à la famille : c'est comme ça que je suis rentré dans le clan.
Quelles ont été les étapes jusqu'à l'album ?
Stéphane Bern, qui travaillait à Canal + dans le 20 h 10 pétantes, m'a demandé si je pouvais venir remplacer quelqu'un qui lui avait fait faux bond. J'ai dit OK, mais je viens faire un titre avec des Gitans. Il m'a rétorqué, arrête Yvan, sois sérieux. Je lui ai répondu que j'étais super sérieux ! La semaine d'après, on a joué en direct. On a mis le feu en moins de cinq minutes avec « Mi Café ». Si bien que du coup, je suis allé démarcher les maisons de disques.
« Mi café olé olé », c'est de vous, l'échappé de Caméra Café ?
Pas du tout ! La chanson existait avant que je ne rencontre Yannis. Mais je comprends qu'on puisse y voir un signe du destin... Je suis peut-être un fils caché de Jacques Vabre ?
Votre personnage de Jean-Claude Convenant, dans Caméra Café, est devenu très populaire. Les gens qui vous reconnaissent dans la rue s'adressent-ils d'abord à lui ?
Oui, il a incontestablement beaucoup marqué. Une proximité s'est établie avec le public grâce à ce personnage qu'au départ, on avait voulu ambigu, volontairement caricatural. Il est quand même assez mysogine, plutôt bas de plafond, politiquement indécis, assez roublard... On pensait qu'en cumulant autant de handicaps, ce serait un personnage repoussoir. Mais finalement, c'est le contraire ! Les gens l'ont pris en sympathie.
À quand les suites de Caméra Café ?
On va lancer une série qui s'appellera toujours Caméra Café. Seulement l'ascenseur ne s'arrêtera plus chez Digix à l'étage d'Hervé et Jean-Claude, mais à celui du dessous. On y découvrira une autre entreprise, toujours via la machine à café. Ce sera avec d'autres personnages. On va bien voir si le format résiste au départ des comédiens, si l'on est capable de pérenniser le rendez-vous uniquement grâce aux textes et aux situations. Par ailleurs, à partir du mois de mai, on va tourner une suite du film « Espace détente » qui devrait sortir début 2009.
Pourriez-vous nous évoquer votre parcours en quatre rencontres-clé ?
La première, c'est avec Jean-Luc Delarue et Olivier Derangeon, qui étaient à l'époque un jeune duo d'animateurs télé sur TV6. Je les ai rencontrés dans un train que je prenais pour aller faire une compétition de rafting. J'avais appris le métier de journaliste et d'animateur dans une toute petite radio FM, comme il y en avait tant à l'époque de Mitterrand. Le courant entre nous est bien passé, et ils m'ont fait rentrer sur Europe 1. La deuxième rencontre, c'est ma femme. Parce que c'est primordial de rencontrer quelqu'un qui vous aime pour ce que vous êtes et non pour ce que vous représentez. La troisième, forcément, c'est Bruno Solo. J'animais le premier épisode d'une émission de Thierry Ardisson, Télé-Zèbre. Bruno était dans le public où je l'ai repéré. Je trouvais qu'il avait une bonne tête et beaucoup de tchatche. J'avais besoin d'un arbitre et c'est lui que j'ai pris. Je me disais que ce gars-là se mélangerait bien avec moi. Aussi, lorsqu'on nous a proposé de rester ensemble, j'ai accepté. La quatrième rencontre, c'est celle des amis gitans de Ma guitare s'appelle Reviens.
Vous avez abordé de multiples genres : télé, radio, théâtre, cinéma, musique. Où le plaisir est-il le plus intense ?
Je ne vais pas mettre de curseur, mais j'adore le contact immédiat avec le public lorsque je suis sur scène. C'est pour ça que je vais refaire du théâtre à la rentrée, ça me plaît trop. On voit tout de suite si on passe la rampe ou pas. Et puis dans le spectacle vivant, il y a toujours de l'inattendu sur lequel on peut rebondir, ça c'est formidable.
Quel rapport entretenez-vous avec la Bretagne ?
Je suis né à Brest, j'ai passé mon enfance dans les Côtes-d'Armor, vers Tréguier, Port-Blanc, et puis aussi un peu du côté d'Audierne. Et comme j'adore le surf et la planche à voile, j'ai bien sillonné les spots du coin : La Torche, Quiberon, Le Dossen... Je reviens en Bretagne quand je peux, mais pas suffisamment à mon goût, évidemment. Quand j'arrive à Brest, c'est comme si j'avais un turbo aux fesses, j'ai envie de tout faire ! Filer à la plage, manger des crêpes, aller dans les rades, déconner ! C'est le surplus d'iode qu'on reçoit quand on arrive là-bas. C'est vraiment mon pays !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
12:57 Publié dans Musique,humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : yvan le bolloc'h









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