06.03.2008

Michel Delpech. "ça rafraîchit la mémoire"

Blog-delpech.gifInterview parue le 6 mars 2008 dans Le Télégramme

Depuis son grand retour, les amateurs de chansons tendres, fines et sincères sont toujours partants « Pour un flirt » avec Michel Delpech. Lors de sa tournée bretonne, le chanteur populaire ne manquera pas d'entraîner le public « Chez Laurette », en passant forcément par « Le Loir-et-Cher ».

 


Qu'allez-vous chanter pendant votre tournée bretonne ?
Le spectacle s'inspire de l'album de duos que j'ai fait avec mes petits camarades et qui a bien marché. Évidemment, je reprends les très grands succès que tout le monde connaît. Il y a aussi des morceaux des années 60 qui, sans être des tubes, étaient un peu connus. Ça rafraîchit la mémoire des gens lorsqu'ils les redécouvrent. Ils revisitent une partie de leur vie grâce aux petits cailloux blancs que sont ces chansons-là. J'interprète également des titres plus récents. Le spectacle reprend 40 ans de chansons. On n'a pas de décor particulier, juste de beaux éclairages. C'est un spectacle festif marquant des retrouvailles : c'est pour moi le mot le plus approprié. Et j'adore ça ! Le public tient souvent le rôle de partenaire des duos.

Dans votre album « Michel Delpech & », puis dans le live au Grand Rex, vous avez repris vos succès avec de nombreux invités. Lesquels vous ont le plus surpris ?
Je veux d'abord les remercier tous parce que cela a été une affaire plus amicale que commerciale. J'ai pris beaucoup de plaisir avec chacun d'eux. Question surprise, je dois citer Christophe. Avec lui, on s'attend toujours à être étonné mais au Grand Rex, je l'ai été plus encore que je ne le pensais ! Je me souvenais que lorsque j'avais créé la chanson « Loin d'ici » en 1985, il m'avait dit combien il l'aimait. J'ai pensé à lui aussitôt pour la reprendre sur scène. Il est arrivé au dernier moment et s'est approprié la chanson de façon très forte. Ce qui était marrant, c'est que nous avons quasiment improvisé.

Comment voyez-vous la chanson française en 2008 ?
Déjà, je suis fier et heureux qu'elle existe encore. Parce qu'au cours de ces vingt dernières années, la chanson européenne a perdu beaucoup. Je ne sais pas s'il existe encore une chanson allemande... À part l'Angleterre qui dirige le troupeau, que reste-t-il ? Ce qui sauve la chanson française de l'hégémonie anglo-saxonne, c'est que c'est une chanson à textes. La voilà, notre identité. Les gens aiment bien entendre des histoires en chansons. Des jeunes comme Bénabar ou Renan Luce, pour ne citer qu'eux, s'inscrivent dans cette tradition en racontant des histoires très axées sur le quotidien. Comme le faisait déjà Aznavour.

Vous-même perpétuez cette tradition. Souhaitez-vous que les histoires que vous racontez soient aussi les témoins de votre temps ?
J'ai toujours souhaité que mes chansons s'inscrivent dans la société, mais pas que ça. J'essaie aussi de développer des thèmes intemporels. Ce qui est remarquable dans le spectacle - je crois ! - C'est qu'il n'est pas invraisemblable de chanter des chansons qui ont 20, 30 et même 40 ans. Elles restent, Dieu merci, dans le monde d'aujourd'hui. À part quelques morceaux qu'on fait pour s'amuser, on essaie quand même de ne pas se situer dans une époque trop marquée.

Avant, après et surtout pendant les années 70, vous avez sorti un nombre incroyable de tubes. Aviez-vous une méthode ?
Non. J'écris mes chansons pour les gens. Donc j'essaie de trouver quelque chose de séduisant, de percutant, tout en respectant l'idée que je me fais de la chanson. On espère toujours un succès, parce que c'est la vie même d'une chanson, mais on ne cherche pas à faire un tube. D'ailleurs, la plupart du temps, ce n'en est pas un. Et ce ne serait pas aussi épatant si ça arrivait à chaque fois. J'ai toujours essayé de séduire le public dans sa globalité. Je ne m'adresse pas à une chapelle : je chante pour tous.

Vous avez connu dans votre parcours des hauts très hauts et des bas très bas, décrits notamment dans votre livre « L'homme qui avait bâti sa maison sur le sable ». Rétrospectivement, quelles ont été les périodes les plus enrichissantes ?
C'est cette période de parenthèses qui a été la plus enrichissante. Lorsqu'on a connu une longue phase d'obscurité comme ça a été mon cas et que le soleil se remet à briller, on le savoure autrement. Ce qui n'est pas enrichissant, c'est de vivre le succès de façon vorace, exclusive, parce que là, on n'apprend rien du tout. Ça semble normal alors qu'on est en train de se perdre, tant il est certain que le succès n'est pas un état naturel. Si on le vit de façon purement égoïste, centré sur soi, sans s'occuper du reste du monde, je pense que là, on est très mal embarqué.

Avez-vous craint dans cette période d'obscurité d'être perçu comme un chanteur ringard ?
Jamais ! Je sais qu'il y a des gens qui peuvent être ringards sans s'en apercevoir, mais je ne sais pas du tout ce qu'ils ressentent (rires) ! Je savais, qu'étant donné ma longue absence, mon image pouvait apparaître à certains comme ringarde, mais je ne m'en suis pas occupé. Je restais informé, je continuais à écouter de la musique, je ne me sentais pas transformé en vieux papy décroché. J'avais cette envie de retrouver l'étoile du berger. Alors je n'ai pas cessé de travailler à ça, tranquille, en me disant que les goûts tournent et que les trains passent, et qu'un jour ou l'autre, mon point d'honneur serait de retrouver une place digne. Quel que soit le temps que ça prendrait. Comme dans la chanson de William Sheller lorsqu'il dit : « Quel que soit le temps que ça prenne, je veux être un homme heureux ».

Votre plus grand bonheur n'est-il pas que tout le monde ait des chansons de Michel Delpech dans la tête ?
Si, c'est merveilleux ! Et que tout le monde ait un sourire pour moi dans la rue, les restaurants ou le train... Les gens sont vraiment charmants avec moi. Le rapport que j'ai avec le public désormais me plaît énormément.

Il y a 42 ans, vous faisiez la première partie de Jacques Brel à l'Olympia où lui faisait ses adieux. Quels souvenirs en conservez-vous ?
J'étais trop jeune pour véritablement apprécier. On était sur deux planètes tellement différentes ! Lui, immense star, faisant ses adieux et moi, petit rien du tout, qui commençais mon ascension. Mais je n'ai apprécié Brel pleinement que beaucoup plus tard. Quand même, lorsqu'il a créé « Amsterdam », je me rendais compte que c'était absolument gigantesque. On savait qu'il se passait quelque chose d'exceptionnel. Seulement moi, j'étais alors dans la musique américaine et même les standings ovations dantesques qu'il recevait ne m'amenaient pas les larmes aux yeux. J'étais dans un autre monde.

Avez-vous des affinités avec la Bretagne ?
Je vais de temps en temps en Bretagne nord, à Carantec, me ressourcer quelques jours dans la maison que me prête un ami peintre. J'aime beaucoup cette région de rêve. La Bretagne, c'est une beauté fatale !

 

Propos recueillis par Frédéric Jambon

Repères

1946 : naissance le 26 janvier à Courbevoie.
1964 : participe à la comédie musicale « Copains-Clopants ». S'y fait remarquer en interprétant « Chez Laurette ».
1966 : son « Inventaire 66 » le propulse au rang de grand artiste populaire. Il va enchaîner les tubes pendant dix ans.
1976 : après un nouveau hit, « Le Loir-et-Cher », traverse une longue période de morosité artistique et psychologique.
2004 : l'album « Comme vous » marque son véritable grand retour.
2006 : album « Michel Delpech & » où il reprend ses succès dans des duos avec Cabrel, Souchon, Voulzy, Bénabar, Cali...
2007 : CD live « Le Grand Rex 2007 », toujours sur le principe de duos avec des grands artistes de plusieurs générations.

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