05.06.2008

Yann Tiersen. "Un portrait musical de Tabarly"

blog_tiersen.gifInterview parue le 5 juin 2008 dans Le Télégramme

Le film « Tabarly » sera mercredi prochain sur les écrans. Pierre Marcel l'a réalisé à partir d'images retraçant la vie du navigateur de légende, disparu il y a tout juste dix ans. Yann Tiersen a accepté de composer la musique du long-métrage. La version vinyle de l'album « Tabarly » sort aujourd'hui. Le CD sera disponible lundi prochain.


La composition de l'album « Tabarly » n'était pas à votre programme. Qu'est-ce qui vous a convaincu d'écrire la musique de ce film ?
Je travaillais sur mon album et c'est vrai que la proposition est tombée un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais j'ai regardé le reportage. Ça m'a permis de redécouvrir le bonhomme. Du coup, je me suis mis à fond dans la composition de ce qui est devenu une sorte de portrait musical de Tabarly.

Né en 1970, vous étiez trop jeune pour pouvoir vivre les premiers exploits d'Éric Tabarly en direct...
En 1976, je n'avais effectivement que six ans, mais je me rappelle très bien de sa victoire dans la Transat anglaise avec Pen Duick VI. Ça marque. Et plus encore quand on est gamin parce que justement, ça fait rêver. Je me souviens aussi de l'inquiétude pendant la course quand plus personne n'avait de ses nouvelles.

Qu'est-ce qui vous a séduit chez lui en le redécouvrant ?
Son nom était devenu tellement énorme, - la grande figure de la voile et tout ça -, que j'en avais oublié l'homme derrière. Dans le film, c'est Éric Tabarly qui parle. J'aime son côté intègre et assez provoc' en fin de compte. Quand je dis provoc', je parle de son aspect sans concession. En voyant les images, j'ai été touché. Il m'a ému.

Avez-vous travaillé sur une version du film déjà montée ?
Je n'ai pas bossé sur des images. Je me suis imprégné de la personnalité de Tabarly, à tel point que pendant un mois, je n'ai vraiment pensé qu'à ça. J'ai lu beaucoup de trucs. Quand j'ai accepté, je trouvais ça génial. Mais très vite, je me suis demandé ce que j'allais bien pouvoir faire... Parce que finalement, sur une course à la voile, on peut mettre n'importe quelle musique, on s'en fiche (rires). Enfin je veux dire qu'il n'y a rien de spécifique. C'est pour ça que je me suis imprégné de son histoire. J'ai fait les morceaux et puis voilà. Je les ai composés à Ouessant. Et ce qui est troublant, c'est que c'est à Ouessant que Tabarly a pris son dernier repas en France. Il y a eu des signes comme ça.

Quelles scènes du film préférez-vous ?
J'aime beaucoup son discours sur les interviews (rires). Là où il dit que s'il avait la réputation de rester silencieux, c'est parce que des journalistes lui avaient posé des questions tellement sans intérêt qu'il ne trouvait rien à y répondre. Ça me fait rigoler. Mais il y a beaucoup d'autres scènes : dont celles de 1976, bien sûr.

Pourquoi dédiez-vous votre album « À la mémoire d'Éric Tabarly et de Bernard Moitessier » ?
J'y tenais parce que Bernard Moitessier était vraiment un mec génial, qui a fini un peu oublié de tout le monde. Son bouquin « La longue route » m'a vachement marqué, ça dépasse la voile. Tabarly le compétiteur et Moitessier qui a préféré embrayer sur un deuxième tour du monde plutôt que d'aller remporter la victoire à Portsmouth étaient presque opposés. Quand tu vois Tabarly qu'on informe de l'attitude de Moitessier répondre : « Oui, c'est intéressant », tu saisis bien la différence entre les deux bonshommes. Mais ils se rejoignent en fin de compte.

Faites-vous de la voile ?
J'en ai fait un peu, mais non, pas vraiment, je n'ai pas trop le temps. Et puis je n'aime pas faire les choses à moitié. Si c'est pour faire trois petits tours dans la rade, ça ne me dit rien. J'aimerais naviguer, mais alors, ce serait pour partir longtemps. J'ai déjà pensé à enregistrer quelque chose en mer. Alors oui, la voile, ça me plairait bien, mais je la garde pour plus tard (rires).

Pourquoi avez-vous choisi de privilégier le piano, avec neuf morceaux sur quinze en solo, dans l'album « Tabarly » ?
Pour être tout à fait franc, la vraie réponse est que je n'avais pas vraiment le temps de faire autre chose (rires). Mais ça ne veut pas dire que j'ai baclé le travail ! En plus, ça cadrait bien. Je travaille sur mon propre album où il n'y a pas beaucoup de piano. Ce projet m'a permis d'en refaire et j'y ai pris beaucoup de plaisir.

À quoi ressemble le prochain album que vous préparez ?
C'est un boulot d'assez longue haleine. Il y avait de grands contrastes dans mes albums précédents entre les plus acoustiques et les plus électriques. Dans le prochain, on retrouvera les deux aspects au sein d'un même morceau. Il y a également plus de travail sur le son, je le triture. La voix sera présente dans tous les morceaux, pas forcément pour faire une chanson. Elle pourra apparaître comme un instrument. Je suis là-dessus depuis le mois de septembre. Je n'ai jamais travaillé ainsi auparavant : je peux rester un mois sur un morceau, ça prend du temps.

La date de sortie est-elle déjà prévue ?
Ça pourrait être en février. D'ailleurs, Je vais peut-être sortir deux albums en même temps.

Votre dernière tournée a traversé le monde : la réponse du public à votre musique est-elle partout la même ?
C'est plus facile à l'étranger parce que les gens ont moins subi le phénomène « Amélie Poulain ». À un moment, un gros succès peut aussi devenir un peu un fardeau. Moi, je viens plutôt de la musique indépendante. Et sur la tournée, ce qui était génial, c'est que c'est ce qu'attendaient les gens.

Où les réactions ont-elles été les plus enthousiastes ?
En Amérique du sud. Je n'ai jamais vécu ça dans aucun pays, même en France. C'était hallucinant : les gens connaissaient toutes les paroles, même de morceaux qui n'étaient pas sortis ! C'est le phénomène internet.

Votre année 2008 est-elle consacrée à la composition ?
Je ne fais quasiment pas de concerts cette année, à part celui à Ouessant. Ce sera l'occasion de répéter la tournée que j'aimerais bien faire en 2009. Sinon, j'ai un projet de résidence en décembre aux Transmusicales de Rennes avec un groupe des îles Féroé vachement bien, qui s'appelle Orca. Autrement, je travaille également avec Christophe Miossec sur son prochain album. On fera une création au Quartz de Brest en janvier 2009, je crois. Et du coup, on fera une petite tournée. C'est vraiment l'année des projets, il y a plein de trucs en fin de compte !

L'album du film « Tabarly » sort en vinyle avant d'être disponible en CD. Restez-vous attaché à ce support ?
Moi, je n'écoute pas de CD, je n'achète que du vinyle, déjà parce que le son est meilleur. À côté, il y aura le MP3. Même si je trouve le téléchargement illégal un peu dégueulasse, c'est un support qui permet de faire plein de découvertes. Et puis c'est bien de pouvoir écouter de la musique en voyageant. Par contre, le son du MP3 sur une chaîne est ultra-pourri. Je crois qu'à terme devraient ne rester que le MP3 et le vinyle.

 

  • Frédéric Jambon

Commentaires

Ce que j'apprécie concernant tes billet c'est que ceux-ci sont clairs, ceusés et instructifs !
Si tu souhaites qu'on continue cette discussion hors lieu ouvert à tous, j'ai laissé mon adresse e-mail.
En tout cas, très bonne continuation.

Écrit par : Site web | 10.02.2012

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