03.07.2008
Michaël Youn. "M'amuser en amusant les gens"
Interview parue dans Le Télégramme le 3 juillet 2008
Avec Scorpions, Boy George et autres Sex Pistols, Fatal Bazooka est l'une des grandes attractions du Festival des Terre-Neuvas, qui se déroule du vendredi 4 au dimanche 6 juillet 2008 à Bobital. Samedi, Michaël Youn incarnera le rappeur savoyard le temps d'un concert joyeusement déjanté, rythmé par les tubes « Fous ta cagoule », « Parle à ma main »... Même « Stach, Stach » serait au programme !
Fatal Bazooka a-t-il l'habitude de jouer dans des festivals ?
Au départ, on avait très envie de faire une tournée dans les Zénith. Mais à cause de mon emploi du temps compliqué, en tant qu'artiste multicartes, ça n'a pas été possible de monter un véritable show - parce qu'évidemment, il faut faire les choses bien. Je me console en faisant un gros festival comme celui des Terre-Neuvas.
Quel spectacle avez-vous préparé ?
Je suis sur scène avec deux amis et un Dj. C'est un show de hop-hop, c'est-à-dire de hip-hop rigolo. J'ai inventé le terme, que je trouve assez mignon. Le concert dure une heure et quart, une heure et demie en fonction de l'ambiance. Je ne fais pas que des chansons de Fatal Bazooka. J'intègre le magnifique répertoire de Michaël Youn ! Avec des succès mémorables tels « Alphonse Brown », « Comme des connards », voire peut-être même « Stach Stach » !
Le contexte des Terre-Neuvas peut effectivement sembler propice à la résurrection des marins des Bratisla Boys...
Exactement ! Même si c'est un peu compliqué de chanter au deuxième degré quand vous avez quelques dizaines de milliers de personnes devant vous. Quand vous êtes face à des gens qui aiment vos chansons, qui les chantent donc, vous avez envie d'être généreux et de donner le maximum. Même si ce sont d'abord des chansons parodiques, il y a un moment un peu schizophrène pour moi où je ne sais plus si je dois les interpréter au premier ou au deuxième degré.
Combien d'exemplaires de « T'as vu », l'album de Fatal Bazooka, avez-vous vendus ?
On est double disque de platine, soit dans les 400.000 exemplaires. On s'était retrouvé troisième vente française de l'année, je crois, derrière Christophe Maé et Christophe Willem. Peut-être que si j'avais choisi de m'appeler Christophe Bazooka, les scores auraient été encore meilleurs ?
Pour parodier, il faut aimer. Quels sont vos modèles en hip-hop ?
Aux États-Unis, je citerais Method Man et Redman, en France, Booba, NTM... Mais j'aime toutes les musiques alors je ne veux pas me limiter en parlant juste de mes modèles en matière de hip-hop. J'adore aussi le rock, l'électro, j'ai des goûts éclectiques.
Comment vos « inspirateurs » réagissent-ils ? Par exemple, votre morceau « Mauvaise foi nocturne », où vous parodiez sa chanson « Confession », plaît-elle à Diam's ?
Je lui ai fait écouter la chanson avant même qu'elle ne sorte, pour m'assurer qu'elle serait d'accord. Au début, ça l'a bien fait rigoler même s'il y a eu un moment où elle m'a dit qu'elle en avait un peu marre, et que ça l'arrangerait si on l'arrêtait... Le but n'était absolument pas de la clasher. L'idée, c'était de faire une réponse masculine à cette chanson ultra-féministe (rires).
Comment écrivez-vous les chansons de Fatal Bazooka ?
On a besoin de codes à détourner. Et pour ça, le hip-hop est pratique parce qu'il est plein de stéréotypes. Le rap est une musique assez sexiste, parfois même homophobe. C'est pour ça qu'on a fait un morceau qui s'intitule « J'aime trop ton boule », où un mec kiffe les fesses des hommes. Il y a un peu de provocation, mais on cherche surtout à s'amuser !
Yelle chante dans votre tube « Parle à ma main ». Qu'est-ce qui vous a donné envie d'inviter l'artiste briochine ?
On l'avait découverte sur le net, bien avant que ça buzze. On lui a proposé cette chanson parce qu'elle est un peu électroïsante. Yelle fait partie de ces quelques filles qui ne se prennent pas trop au sérieux en faisant de la chanson. Sa musique n'est pas plaintive : on était ravi qu'elle accepte !
Parmi les expressions que vous avez inventées, lesquelles marchent le mieux dans les cours d'école ?
« PI », pour « Pas intéressé » fonctionne bien, « FBI » pour « Fausse bonne idée » encore mieux. Et « Parle à ma main » fait un gros carton. Ça m'arrive de demander quelque chose à des commerçants et de me faire répondre « Parle à ma main ». C'est un peu l'arroseur arrosé !
Quelle est la part de Fatal Bazooka dans vos activités ?
En ce moment, c'est 100 % du temps, parce que je suis en train d'écrire un film sur Fatal Bazooka. C'est une fiction qui raconte l'histoire d'une star, de son ascension et de sa disgrâce. J'essaierai de tourner le film l'année prochaine pour qu'il sorte autour de l'hiver 2010.
Dans « Pédagogies Magazine » de mai 2008, vous êtes présenté comme l'une des huit personnes influençant le plus les ados. Ça vous fait plaisir ou ça vous inquiète ?
Ça me fait un petit peu peur parce que je n'ai pas l'intention d'être un bon exemple. Moi, mon but, c'est de faire rigoler, de m'amuser en amusant les gens. Des personnes peuvent estimer que ce que je fais est bien ou pas, que c'est de bon ou de mauvais goût parfois. Maintenant, je ne pense pas non plus être un mauvais exemple. Je ne vends pas d'armes, pas de drogue, je ne pique pas dans les caisses de l'État, je ne conduis pas à 250 sur le périphérique avec ma Formule 1. Donc je pense, grosso merdo, que je suis toujours mieux qu'à peu près la moitié des hommes politiques de ce pays.
Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent votre vulgarité ?
Si des gens me trouvent vulgaire, ça semble normal qu'ils me le reprochent. Mais personnellement, je trouve que le journal de 20 heures est beaucoup plus vulgaire que moi.
Comment vous définissez-vous : humoriste, agitateur ?
Je suis un entertainer, un comédien avec peut-être une spécialisation d'humoriste. Mais la base de mon métier, c'est d'incarner des rôles, jouer des personnages. Je ne fais d'ailleurs pas que du comique. Récemment, j'avais un rôle plus dramatique dans le film de Bruno Merle, « Héros ». En tout cas, c'est un métier que je fais très sérieusement. Avec autant de dévouement ou de passion que les gens aux activités artistiques considérées comme « sérieuses ». J'y mets toute mon âme.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
13:54 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michaël youn









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