16.07.2008

Thomas Dutronc. "Fier de mon prénom"

Blog-DutroncThomas.gifInterview parue le 16 juillet 2008 dans Le Télégramme

La 17e édition du Festival des Vieilles Charrues va embraser Carhaix de jeudi à dimanche. Thomas Dutronc figure parmi la constellation de stars à l'affiche. Porté par le tube « J'aime plus Paris », un seul album aura suffi à donner au musicien le statut de chanteur. Avec lui, l'esprit manouche de Django Reinhardt soufflera sur le site de Kerampuilh.


Comment se prépare-t-on à jouer devant 50.000 personnes ?

 

Heureusement, ce ne sera pas notre premier festival, même si le chiffre est vraiment impressionnant. Je suis myope, alors je ne vais pas mettre de lunettes (rires) ! Non, ce n'est pas parce qu'on sera devant 50.000 personnes que je vais me lancer dans un discours à la Mussolini. On est là pour faire notre truc, il faut rester soi-même. On commence à avoir accumulé assez d'expérience pour savoir ce qui marche le mieux dans ce contexte. Il ne faut pas trop de ballades ou de morceaux de jazz. Le choix se portera sur les choses les plus énergiques possibles.

 

Y a-t-il de grosses différences entre votre spectacle et l'album « Comme un manouche sans guitare » ?

 

Le spectacle va plus loin dans la « performance musicale », si je puis dire, dans la surprise aussi. On jouera des morceaux qui ne sont pas sur l'album, deux ou trois qui sont prétextes à faire un peu de Django. Il y a aussi des passages pop, rock, disco, des moments un peu rigolos. Je joue avec une bande d'amis. On se connaissait bien avant le disque, avant que je ne sois chanteur. On était plutôt dans le jazz manouche, au temps des bars et des petites salles. Nous sommes cinq sur scène et chacun est mis à l'honneur pendant le spectacle. Ce n'est pas Thomas Dutronc avec des mecs derrière qui se font chier à l'accompagner !

 

Vous vous êtes d'abord imposé en tant que guitariste de jazz manouche. Qu'est-ce qui vous a attiré dans cet univers ?

 

J'ai commencé la guitare assez tard, mais en m'y mettant, ça a vraiment été un coup de foudre. Je me suis rendu compte qu'en fait, j'avais toujours aimé cet instrument. Dans le rock, dans le funk, même dans le rap, dès qu'il y avait un solo de guitare, j'étais content ! J'ai commencé par le blues à la Clapton, ou plutôt à la Stevie Ray Vaughan, en sachant faire deux accords. J'ai essayé aussi un peu les chansons, de Brassens à Bob Marley... Et puis un jour, j'ai découvert Django Reinhardt. Et là, il n'y a pas photo, c'est le plus grand guitariste de tous les temps ! De 1930 où il a commencé d'enregistrer à sa mort en 1953, son changement de style est époustouflant. C'est le signe que ce n'était pas le musicien d'une seule époque. Il est à la guitare l'équivalent de Chopin au piano. Jouer des instrumentaux comme le faisait Django, sans que ce ne soit jamais ennuyeux, en faisant parler ainsi une guitare, c'est miraculeux !

 

Vous avez alors fait votre apprentissage au côté de musiciens manouches ?

 

Oui, et ça a été pour moi une expérience haute en couleur, aussi fantastique sur le plan humain que sur le plan musical. Quand vous voyez la dévotion qu'a un fabuleux guitariste comme Biréli Lagrène pour la musique, vous entrez dans un monde qui n'a plus rien à voir avec la chanson. Sa musique est très difficile, avec un côté prodige, c'est quasi mystique ! Les manouches m'ont probablement poussé à chanter, parce que, à la guitare, ils sont vraiment trop forts (rires) !

 

Même si vous avez attendu l'âge de 34 ans, pouviez-vous échapper à votre destin de chanteur ?

 

Je ne sais pas... J'ai essayé pourtant ! Je n'avais jamais rêvé de faire ça. J'étais parti dans un trip de guitariste, pas de chanteur. Maintenant, c'est difficile d'avancer dans cette musique avec Django qui plane au-dessus de vous. Faire la même chose que d'autres en moins bien n'est pas très enrichissant... Alors, assez récemment, je me suis senti prêt pour monter un projet personnel. Un vrai spectacle musical où des gens chantaient mais pas moi. Pour la première fois je me disais : ça y est, les gens peuvent voir ce que tu fais. J'étais fier de mon prénom, c'était quelque chose de personnel. Seulement, le projet, mis en scène par Matthieu Chedid, était un peu lourd à faire tourner avec le matériel, les décors et tout ça. Pour séduire de plus grandes salles, on s'est dit qu'il fallait un disque qui assurerait la promotion du spectacle. Donc, avec des chansons originales. J'ai tenté d'en faire une ou deux. J'y ai pris goût et finalement j'en ai écrit beaucoup. Et puisque ça aurait été compliqué de faire appel à plein de chanteuses comme je l'avais d'abord imaginé, je m'y suis mis, et j'en suis ravi !

 

Votre diction nonchalante peut évoquer celle de votre père. Est-ce un clin d'oeil ?

 

Pas du tout ! J'ai ce timbre-là. Quand j'ai enregistré l'album, je n'avais pas beaucoup d'expérience, j'ai simplement fait ce que je pouvais.

 

L'humour occupe une belle place dans vos chansons. Est-ce une composante indispensable ?

 

Pas forcément. C'est de la pudeur aussi. Au contraire même : je pense que pour faire une bonne chanson, il faut surtout de la poésie, de la tendresse, et, plus que tout, de l'émotion. Après s'il y a un peu d'humour, tant mieux ! Par contre, dans un spectacle, je trouve l'humour indispensable. Il ne faut pas se prendre au sérieux. C'est pour ça que j'ai fait une chanson comme « Les frites ».

 

« J'aime plus Paris » est vite devenu un tube. Quelle est l'histoire de cette chanson ?

 

À l'origine, ce devait être un duo avec Antoine Tatich. Lui devait parler de la Corse et moi de Paris. On a démarré, seulement le résultat faisait un peu trop private joke. Dans mon coin, j'avais trouvé les mots et l'air de « J'aime plus Paris », comme ça, en grattant quelques accords. La formule m'a sûrement été inspirée par un gars qui me dit, quand je reviens en Corse - c'est-à-dire dès que je peux - avec son accent et sa grosse voix : « Toi, Paris tu n'aimes pas ! Tu es mieux ici ! ». Voilà, ça m'est venu comme ça. Mais à aucun moment, je n'ai raisonné en terme de single. C'est bête, mais je n'y pensais pas du tout, j'avais la tête à la confection d'un album entier. Pour moi, ce n'était pas cette chanson plus qu'une autre. Sinon, j'aurais peaufiné ses arrangements et ses guitares (rires) !

 

Vous jouez dimanche aux Vieilles Charrues. Matthieu Chedid aussi, puisqu'il accompagne Vanessa Paradis. Un boeuf est-il envisageable avec votre copain ?

 

Je ne sais pas... Dans mon spectacle, on reprend un morceau que j'avais joué avec Matthieu pour la bande originale du dessin animé « Les triplettes de Belleville ». C'est un moment marrant, avec une mini-chorégraphie un peu disco. On pourrait effectivement se retrouver là-dessus. Seulement, nous menons tous les cinq nos premières expériences de gros festivals et nous aurons peut-être envie de montrer que notre petite cellule fonctionne bien toute seule, sans invité, même si c'est un pote comme Matthieu. C'est comme pour mon album, je n'ai pas fait appel à quelqu'un de connu. Parce que ce que je voulais avant tout, c'était faire mes preuves moi-même.

Propos recueillis par Frédéric Jambon

Repères

Naissance. Le 16 juin 1973 à Paris. Thomas est le fils des chanteurs Françoise Hardy et Jacques Dutronc.
Cinéma. Deux expériences en tant que comédien : dans « Le Derrière » de Valérie Lemercier (1999) et « Confession d’un dragueur » d’Alain Soral (2001).
Gipsy Project. En 2001, Thomas Dutronc intègre le groupe de Biréli Lagrène pendant un an.
Spectacle. Création en 2005 du spectacle musical « Thomas Dutronc et les esprits manouches », mis en scène par Matthieu Chedid.
Album. Sorti fin octobre 2007, son premier album, « Comme un manouche sans guitare », est déjà disque de platine.

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