13.08.2008

Sébastien Tellier. "Pitié, aimez-moi"

blog_tellier.gifInterview parue le 13 août 2008 dans Le Télégramme

Doyen français des festivals électro, Astropolis invite jeunes pousses et vedettes internationales à faire danser et rêver Brest d'aujourd'hui à samedi. Sébastien Tellier, ambianceur dont le talent est aussi rayonnant que son humour est décalé, est programmé vendredi à la soirée Bunker Palace 2. Les chansons pop synthétiques de notre dernier représentant à l'Eurovision réinventent les années 80 en appelant à l'amour.

 


« Sexuality » est sorti en début d'année. Qu'est-ce qui vous a amené à consacrer tout un album à ce sujet ?
J'ai toujours été en quête de vérité. Admettons : je suis une marionnette, nous sommes tous des marionnettes. Mais qui est le maître, en fait ? Voilà ce que je recherche. Au début, je pensais que c'était la famille, puis j'ai cru que c'était la politique. Aujourd'hui, je suis arrivé à la conclusion que le vrai marionnettiste, c'est le sexe. Nous sommes les jouets de notre sexualité. Plus tard, je trouverai peut-être d'autres réponses encore plus intenses, plus intéressantes. Mais pour l'instant, je ne vois pas plus haut que le sexe.

Vous expliquez utiliser dans votre album des « notes sexuelles ». Comment les trouvez-vous ?
Je fais confiance au destin. Le matin, au lever, je vais directement à mon piano et joue, les yeux fermés, comme si je continuais à dormir. Et là, j'attends que le hasard m'offre des notes sexuelles. Ce sont des notes qui au mieux excitent et au pire ne perturbent pas l'amour. Elles diffèrent probablement selon les gens. Moi je livre les miennes. Quand je trouve par bonheur une suite de bons accords de dix ou quinze secondes, je me mets alors au travail pour chercher ce qui pourrait les enrober. Ma méthode est empirique : j'essaie tous les accords possibles et, à la fin, je choisis les meilleurs. Voilà.

Finalement, c'est tout simple. Et pour les paroles de vos chansons, comment procédez-vous ?
J'essaie de faire de l'impressionnisme lyrique. Le but ultime de ma musique, c'est de faire voyager les gens. Alors, je n'aime pas trop qu'on comprenne mes textes, ça enlève du rêve. Je veux que les gens se racontent leur propre histoire sur mes morceaux. Il ne faut pas être trop précis, mais j'ouvre quand même quelques pistes en glissant des mots comme « sun », « girl » ou « love ». J'écris allongé sur le canapé en me laissant divaguer.

Guy-Manuel de Homem-Christo, la moitié de Daft Punk, a participé à votre dernier album. Que vous a-t-il apporté ?
Sa contribution est extrêmement importante puisqu'il est le producteur de l'album. Il choisissait les instruments, décidait que telle partie serait jouée par telle boîte à rythmes ou tel synthé. Il déterminait la structure et l'angle de chaque morceau. Moi, j'avais composé les musiques et écrit les paroles avant l'enregistrement. Du coup Guy-Man travaillait, moi j'écoutais. C'était comme si j'étais parti en vacances dans une grande Rolls blanche, installé à l'arrière sur le canapé en cuir tandis que lui conduisait. J'avais juste à dire : oh, un peu à droite ! Ah, tout droit, j'aime bien ! Ici on va aller un peu un gauche !

Conduit-il bien ?
Très bien ! C'est dingue tout ce qu'il m'a appris ! Guy-Man est un maître de la musique européenne.

En mai dernier, vous avez représenté la France à l'Eurovision. Est-ce que ça été une bonne expérience ?
Fabuleuse ! Bon, j'aurais bien aimé terminer en meilleure place que 18 e parce qu'il y a des gens qui me demandent de me justifier et que je ne sais pas quoi leur répondre... Évidemment, je n'ai jamais espéré gagner l'Eurovision. Pour moi, c'était à moitié sérieux et à moitié une blague. C'était un gros soleil ! Ma musique est underground alors si j'ai envie de la faire connaître j'ai besoin d'énormément de lumière ! En plus, j'ai adoré Belgrade et la Serbie. Et puis, à moins de jouer à la finale du Super Bowl aux États-Unis, on n'a jamais l'occasion de participer à un grand show télé devant cent millions de personnes.

Qu'avez-vous pensé de la polémique née du fait que « Divine », le titre que vous interprétiez, soit chanté en anglais ?
J'aurais adoré être assez bon stratège pour la mettre en place, mais elle n'a pas été de mon fait. C'était complètement fou d'introduire de la politique là-dedans. Le résultat, c'est que l'Eurovision m'a beaucoup servi en terme de notoriété et pour remplir les salles.

Combien de dates faites-vous par an, et dans quels pays ?
En ce moment, il y a beaucoup de demande et comme j'accepte tout, ça me fait voyager ! J'ai environ 150 dates cette année. C'est la première fois que je fais une aussi grosse tournée. Les concerts en France en représentent un petit quart. Les autres destinations sont les États-Unis, le Japon, la Russie, les autres pays d'Europe, le Liban aussi. De toute façon c'est simple, dès qu'on m'appelle je dis, oui, je viens !

Vous jouez vendredi à Brest au festival Astropolis qui fête les vingt ans des raves. Avez-vous fréquenté ces rassemblements ?
J'ai commencé à aller en rave vers l'âge de seize ans. À l'époque, je n'éprouvais aucun intérêt pour la musique électronique, parce que je ne la comprenais pas. J'y allais pour l'ambiance générale : le plaisir de s'éclater avec des potes sans être surveillés ! C'était comme aller en boîte de nuit sans le côté cigare. J'ai vécu les raves comme les ados des années 80 ont dû le faire avec le punk : pas de quartier avec le passé ! C'était vraiment nouveau, puissant. On sentait une vraie force.

Que recherchez-vous dans vos concerts ?
Il y a des concerts électro où l'on va pour danser et des concerts rock où l'on va pour se déchaîner. Moi, j'attends que les gens qui viennent à mes concerts s'embrassent et flirtent sur ma musique.

Est-ce là votre quête d'artiste ?
Ma quête est celle de tous les artistes. Une personne crée parce qu'elle veut plaire, elle a envie qu'on la trouve bien. On peut peindre, tourner ou enregistrer n'importe quoi, c'est toujours la même histoire, celle d'un mec qui crie : « Pitié, aimez-moi ! ».

 

  • Frédéric Jambon

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