24.09.2008
Julien Clerc. "Demeurer créatif et vivant"
Interview parue le 24 septembre 2008 dans Le Télégramme
40 ans après « La cavalerie » et trois ans après son attachant « Double enfance », Julien Clerc livre un nouvel album en forme de question poétique : « Où s'en vont les avions ? ». Pas de réponse, mais des histoires d'amour et de fée efficaces, portées par le vibrato unique d'un artiste au-dessus des modes.
Dans quel état d'esprit êtes-vous à la sortie de votre 21e album ?
Un peu inquiet, forcément. On se demande toujours si son travail va plaire, si les gens ne vont pas être déçus. Et puis, dans ce moment difficile pour l'industrie du disque, on s'interroge. Notre métier change, mais nous ne savons pas où tout ça va aller. Alors, je continue à l'exercer comme je le fais depuis 40 ans. Je recherche de bons textes, j'essaie de composer de bonnes chansons puis de les interpréter pour les gens. En tâchant de me garder frais et de demeurer un artiste créatif et vivant.
Comment composez-vous l'équipe artistique d'un nouveau disque ?
J'essaie de travailler avec les gens qui m'ont toujours entouré, mais aussi de faire appel à de nouvelles plumes. C'est ma façon de servir ma langue que j'aime tant. Et puis cela permet de faire découvrir des auteurs nouveaux. Dans cet album, c'est le cas de Gérard Duguet-Grasser, un homme qui trimballe avec lui un vrai univers poétique. Les mots m'aident beaucoup dans mon inspiration musicale. Sur un album, je fais moitié-moitié : 50 % de textes que je commande à des auteurs sur lesquels je vais écrire des musiques, et 50 % de musiques que je dispatche, forcément au feeling, pour recevoir des textes qui devront leur correspondre au pied près.
Dans le deuxième cas, donnez-vous un thème à vos auteurs ?
Pratiquement jamais. Sauf dans cet album-là où j'en ai suggéré un à Le Forestier. Je lui ai dit que s'il pouvait me faire une berceuse sur cette musique, je serais content. C'est tout. Il m'a écrit « Dormez », qui est à mon sens une berceuse pour les petits et les grands.
Pourquoi ce choix de titre : « Où s'en vont les avions » ?
Petit ou grand, tout le monde se pose un jour cette question. Il suffit de lever les yeux au ciel. La chanson qui a donné son titre à l'album est une bonne illustration de l'art de Gérard Duguet-Grasser. Quand il demande, « Où s'en vont les avions, je crois qu'ils vont chez moi », on comprend que la personne qui chante est un déraciné. Et puis c'est un joli titre, poétique et mystérieux puisqu'on ne donne pas la réponse.
Deux chansons de votre disque, « Déranger les pierres » et « Restons amants », sont déjà parues sur les albums de leurs auteurs respectifs. Avez-vous déjà vécu une telle situation ?
Jamais. La règle non écrite qui voulait que quand un auteur m'écrit une chanson, c'est pour mon disque, a été transgressée (rires) ! En même temps, c'est si difficile de nos jours de faire connaître un morceau... C'est une sorte de retour à une vieille pratique de la variété française. Dans les années 50, il arrivait très souvent que plusieurs personnes reprennent la même chanson. Ici, ce sont l'auteur et le compositeur qui livrent chacun leur propre version. Finalement, ça fait vivre les chansons et j'en suis très content. Surtout que la façon dont Maxime Le Forestier interprète « Restons amants » est carrément différente de la mienne.
« Déranger les pierres » est de Carla Bruni. Est-il plus compliqué de la chanter aujourd'hui qu'en 2000, au moment de votre album « Si j'étais elle » ?
Non, pour moi ça ne change rien. Je pense qu'elle est un auteur de talent qui doit continuer à écrire. Pour le reste, ce sont ses histoires d'amour. C'est une amie, alors ce qui compte, c'est qu'elle soit heureuse dans la vie.
Le piano est plus mis en avant que dans vos précédents albums. Pourquoi ?
Le choix appartient à Benjamin Biolay. Quand je prends un producteur, c'est, par définition, pour qu'il imprime sa patte sur l'album. Il a eu l'idée d'organiser la production autour de l'axe piano-voix, je l'ai bien sûr respectée.
Vos chansons accompagnent nos vies depuis 40 ans. Comment vivez-vous le fait d'appartenir à l'intimité de tant de gens depuis si longtemps ?
C'est une chance inouïe, et un privilège parce que ça n'arrive pas à beaucoup. Donc, à chaque spectacle, ce sont des retrouvailles. Je n'ai pas envie de paraphraser Barbara en disant « Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous », parce que j'ai eu de belles histoires d'amour par ailleurs. Mais enfin, je peux dire sincèrement : ma plus belle histoire d'amour, c'est vous... entre autres (rires) !
Comment expliquez-vous que vos chansons et mélodies traversent le temps ?
Je peux parler de chance là aussi : dès les premiers jours où je me suis assis à un piano pour composer, sont apparues des chansons qui n'ignoraient ni le passé, ni l'air ambiant, mais dont l'inspiration n'était pas vraiment marquée par la mode. À moins qu'elle n'ait été une synthèse de toutes les modes, je ne sais pas (rires) !
Est-ce le secret de la longévité d'un artiste : être à la fois de son temps et hors des modes ?
Certainement. Et s'il fallait chercher un secret dans mon parcours, ce serait d'avoir opté pour une philosophie de la vie au départ et de m'y être tenu. J'ai choisi de faire des chansons et de les chanter pour les gens. Ce sont des termes très simples, mais c'est la description de notre métier. En dehors de ma vie privée qui a été très importante, je n'ai pas eu d'autres centres d'intérêt. Je n'ai jamais eu envie de me lancer dans l'immobilier, d'ouvrir des restaurants ou que sais-je encore (rires) ! Ce qui m'intéresse depuis le premier jour, c'est de faire ce que je fais. Il me semble que quelques autres, comme Souchon ou Cabrel, partagent la même philosophie que moi.
Allez-vous faire respirer l'air breton à Léonard, votre fils de cinq mois ?
J'espère ! J'ai des gens dans ma vie qui sont très proches de la Bretagne. Comme Miou Miou et les deux filles que nous avons eues ensemble. Miou Miou vient d'ailleurs de trouver une maison dans le Finistère nord avec son compagnon : elle va faire son vrai retour en Bretagne ! Nous lui rendrons visite avec Léonard. Ce qui est étrange dans l'histoire qu'on a avec les enfants, c'est à quel point on oublie vite l'état de nourrisson. Alors, il est bon de se le remettre en mémoire de temps en temps !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
17:29 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : julien clerc









Écrire un commentaire