26.11.2008

Tryo. "Nous sommes des chansonniers"

Blog-Tryo.gifInterview parue le 26 novembre 2008 dans Le Télégramme

Depuis une douzaine d'années, le quatuor Tryo réchauffe la chanson française de son vent de reggae acoustique. Le groupe présente les titres engagés et festifs de son nouvel album, « Ce que l'on sème », dans le cadre d'une tournée qui se révèle triomphale. Comme les autres, le concert du samedi 6 décembre à Brest affiche complet depuis longtemps. Entretien avec Guizmo, le plus breton de la bande puisqu'il a élu domicile entre Rennes et Saint-Malo.

 


Votre tournée nationale affiche complet quasiment partout. Espériez-vous un tel accueil ?
C'est une surprise très agréable de voir les fans au rendez-vous. Parce qu'on n'est jamais sûr de rien lorsqu'on repart pour une nouvelle aventure avec un nouvel album. Le disque a de l'importance dans l'histoire de Tryo, mais le métier, c'est quand même d'aller jouer sur scène. Le super accueil dont on bénéficie est un excellent stimulant pour donner le meilleur de nous-mêmes.

Quel est votre public ?
Il s'est élargi au fil des années. Il y a toujours beaucoup de jeunes, mais aussi des gens qui viennent en famille. J'aurais envie de dire que le public devient populaire. C'est très agréable de constater qu'il réunit des personnes d'origines et de classes différentes.

Pendant un moment, n'étiez-vous pas le groupe symbole d'une génération ?
Apparemment, on a accompagné une certaine génération dans ses années lycéennes. Une partie de ses représentants vient encore aux concerts et nous dit : « ça fait maintenant dix ans que je vous écoute et je ne m'en lasse pas ! ». D'autres ont lâché le truc et sont passés à autre chose.

Quelles chansons du nouvel album marchent le mieux en concert ?
Je ne sais pas quoi répondre. On en joue une dizaine tous les soirs et les gens sont contents de découvrir d'autres titres. Certaines chansons sont dans le festif, d'autres dans l'émotionnel, elles ne sont donc pas reçues de la même façon. Personnellement, je n'ai pas de préférée, et je ne sais pas si les gens en ont une.

Vous êtes l'auteur de « Toi et moi », un titre que les radios ont tout de suite adopté. Quelle idée y défendez-vous ?
La chanson incite à prendre un peu de recul par rapport à cette masse d'informations qu'on reçoit et aux peurs qu'elles peuvent engendrer. Elle dit que c'est bien aussi de s'accrocher à des choses simples et de prendre du temps pour soi. C'est une chanson d'amour : l'appel à un peu de tendresse dans ce monde de brutes (rires) !

Et quels titres plus anciens le public réclame-t-il ?
Les incontournables sont « L'hymne de nos campagnes », « Sortez-les », « Déchire-moi », « Désolé pour hier soir »...

Comment réagissez-vous à l'ampleur du succès de « Désolé pour hier soir » ?
On ne soupçonnait pas que la chanson aurait un tel impact parce qu'on l'a écrite d'abord pour se marrer. Finalement, on se rend compte qu'elle parle à tout le monde (rires). Nous avons tous vécu des lendemains de fête difficiles avec de sérieux maux de crâne... Tant mieux : ça veut dire qu'on est dans un pays où les gens font encore la fête. Rien n'est désespéré !

N'auriez-vous pas préféré que ce soit un de vos textes plus profonds, plus engagés, qui remporte une telle adhésion ?
« L'hymne de nos campagnes », sur l'environnement, a eu aussi un très beau succès. D'ailleurs, Greenpeace l'a adopté.

Pourquoi trouve-ton un bulletin d'adhésion à Greenpeace dans votre dernier album ?
Depuis une dizaine d'années, nous avons une vraie histoire d'amitié avec cette organisation. On a eu envie d'aller plus loin avec elle. Déjà, on a sorti le nouvel album en label FSC, ce qui veut dire que le carton et le papier viennent de forêts durablement entretenues. Greenpeace calcule avec nous l'impact écologique de notre tournée, qu'on va essayer d'améliorer. Et puis, si on a mis un bon d'adhésion à Greenpeace, c'est parce que c'est la seule source de revenu de l'association. Les adhérents lui garantissent sa liberté d'action. Le comportemental, c'est bien, mais le travail de Greenpeace consiste aussi à faire pression sur les politiques pour que les lois changent. Ce sont eux qui ont un rôle à jouer si l'on veut que les choses bougent vite. Et c'est primordial qu'elles bougent vite !

Quand vous avez enregistré « Ce que l'on sème », les membres de Tryo venaient de vivre des expériences différentes. Est-ce pour cela qu'il apparaît plus comme un album de voyages et d'ouverture que ses prédécesseurs ?
Certainement. C'est un album plus coloré où on sent effectivement des empreintes de voyages. Par exemple, la chanson « Abdallâh » parle de la situation terrible des Touareg et évoque la présence d'Areva au Niger pour y exploiter l'uranium. Dans cette chanson, on a essayé d'adopter les sonorités blues des Touareg. Dans « Mrs Roy », qui est un hommage à l'écrivain et activiste pacifiste indienne Arhundati Roy, l'idée était d'apporter des ambiances de là-bas. C'est pour cela qu'on a introduit des tablas. Nous avons aussi fait appel à Florence Comment, une bonne amie qui pratique le chant indien depuis longtemps. Mali et Manu sont allés en Inde. C'est Mali qui a fait le texte sur « Mrs Roy » dont il est un grand admirateur.

En quoi l'écriture de Tryo évolue-t-elle ?
Elle est peut-être moins djeun's et plus léchée. Même si dans un morceau comme « Travailler plus », on retrouve l'esprit Tryo des débuts. Mali et Manu interviennent davantage que sur d'autres albums où j'amenais plus de textes. Nous avons trois écritures très différentes. Moi, j'y vais frontalement. J'aime dire les choses cash.

À partir d'un texte apporté par l'un des membres, comment faites-vous pour qu'une chanson « sonne Tryo » ?
C'est artisanal. On commence par faire écouter sa chanson aux copains, en étant généralement dans un état fébrile. Si ça mord, la suite va vite. Tout le monde commence à chanter. Parce que si la base reggae a toujours été là, le lien chez Tryo, ce sont les voix.

Comment travaillez-vous vos harmonies vocales ?
Depuis « Grain de sable », nous avons un coach vocal, Hélène Bohy. On a fait tout un travail de préparation avec elle avant l'enregistrement. On essaie toujours de peaufiner, avec l'envie d'inventer et de surprendre ! Pour « Ce que l'on sème », après un premier maquettage, nous sommes allés au studio La Fabrique à Saint-Rémy-de-Provence. On y a posé les bases rythmiques et les percussions. Ensuite, nous sommes retournés en studio à Paris finir les voix et recevoir nos invités, nombreux sur le disque. Comme Vincent Ségal, qui a eu la générosité de nous faire des arrangements de cordes sur plusieurs titres.

Votre dernier disque tient des propos plus graves que ses prédécesseurs, tout en conservant un son à dominante festive. Est-ce la politesse de Tryo d'aborder des thèmes durs sans pour autant plomber l'atmosphère ?
Nous sommes des chansonniers. Bien sûr, nous avons des questionnements et quelquefois des revendications, mais l'idée première est de faire la fête. Desproges et Coluche font partie de nos influences. Ils savaient dire beaucoup de choses importantes en se marrant. On écoute d'abord de la musique pour se détendre. Et tant mieux si dans le fond, il peut y avoir des valeurs communes à partager. La vie est assez compliquée et difficile comme ça. Notre point de vue est que, dans le spectacle, on n'est pas là pour remettre une couche de haine. La tendresse et l'humour nous semblent plus efficaces que le passage en force.

 

Propos recueillis par Frédéric Jambon

 

Repères

Le groupe.- Guizmo, Manu Eveno et Christophe Mali (tous chanteurs et guitaristes) fondent Tryo en 1995, rejoints plus tard par le percussionniste Daniel « Daniel Ito » Bravo.

Discographie.- «Mamagubida» (1998), «Faut qu'ils s'activent» (2000), «Grain de sable» (2003), «De bouches à oreilles...» (live, 2004), «Fête ses dix ans...» (CD/DVD, 2006), «Ce que l'on sème» (2008).

Site internet.- www.tryo.com

22:53 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tryo

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