21.01.2009
Christophe Miossec et Yann Tiersen. "A deux, on peut pousser plus loin les idées"
Interview parue le 21 janvier 2009 dans Le Télégramme
Ce sont deux fortes personnalités artistiques. Et des amis. Christophe Miossec et Yann Tiersen ont eu envie de s'inventer un répertoire commun. Ils le présentent au public jeudi chez eux, à Brest, et enchaîneront sur une quinzaine de dates. À terme, les morceaux joués formeront l'ossature du nouvel album de Christophe Miossec, réalisé par Yann Tiersen.
Le public ne sait pas ce qui l'attend puisque vous n'allez jouer que des nouvelles chansons. Pourtant votre tournée affiche presque partout complet. Qu'est-ce que cela fait de susciter une telle envie ?
Christophe Miossec. Je crois que je suis plus mégalo que Yann, alors du coup, je suis très flatté (rires) !
Yann Tiersen. Je suis super content mais on ne s'y attendait pas. Après coup, je me dis que, même si, hélas, d'un côté le disque se casse la gueule, de l'autre, on vit aussi une super période où les gens sont de plus en plus curieux. Dès que les propositions sortent des sentiers battus, ils viennent. Alors que quand les choses sont fainéantes et formatées, ils restent chez eux. C'est plutôt positif.
Pour satisfaire l'ensemble des demandes, le Quartz de Brest où vous créez votre concert jeudi vous aurait bien gardés toute une semaine à l'affiche...
CM. Oui, alors que moi j'ai un ukulélé à une corde et que Yann s'essaie à la trompette (rires) !
Sérieusement, combien de chansons allez-vous jouer et avec quels musiciens ?
YT. Pour les chansons, on ne sait pas encore exactement. On en a travaillé quatorze pour le prochain album de Christophe, mais on ne jouera pas tout. Il y aura aussi sûrement d'autres nouveaux morceaux à moi. On va voir. Comme membres de mon groupe, avec nous, il y a Marc Sens à la guitare, Stéphane Bouvier à la basse, Christine Ott aux ondes Martenot.
CM. Moi j'ai amené le tam-tam.
YT. C'est Arnaud Dieterlen, le batteur, qui va être content (rires) !
Le son sera-t-il rock ?
CM. C'est devenu un drôle de truc, le mot rock. Les sons de Marc Sens ne sont pas ceux d'un pur guitariste de rock'n roll classique.
YT. Il y a pas mal de morceaux calmes aussi. Mais ce n'est pas parce qu'ils sont calmes qu'ils ne sont pas électriques.
De quels instruments Yann va-t-il jouer sur scène ?
YT. Surtout de la guitare, un peu de piano, peut-être du violon mais ça m'étonnerait. De toutes façons, j'ai amené plein de pédales pour traiter le son.
CM. Oui : tout à l'heure, il m'a fait un son d'hélicoptère ! Du coup, il va falloir que j'aille chercher un modèle réduit dans un magasin de jouets pour le faire tourner autour de la scène...
Depuis quand vous connaissez-vous ?
YT.
On s
e posait la question tout à l'heure sans trouver la réponse. On s'est croisé pendant longtemps avant de vraiment se connaître.
CM. J'ai découvert la musique de Yann dans la compilation «Ici d'ailleurs».
YT. Et moi celle de Christophe autour de la sortie de son album «Baiser».
Est-ce votre amour partagé pour Ouessant qui vous a réunis ?
YT. Il y a sûrement de ça, on aime bien tous les deux aller à La Boulange. Au Vauban de Brest aussi. Christophe chantait sur un morceau de mon album «Les Retrouvailles», mais l'idée de travailler sur un projet commun est plus récente. Elle est née il y a un an, en mangeant chez Christophe, un soir assez tard.
CM. On s'est juste dit : tiens, ce serait bien de faire un disque ensemble. Et voilà, fin de la conversation. On n'a absolument pas abordé quel genre de disque ce pourrait être.
YT. Et on a ça en commun qu'en général, quand on dit des trucs, on les fait.
CM. J'ai parlé de cette idée au Quartz. Tout de suite, ils ont dit que ce serait sympa de monter une création. Alors qu'il n'y avait pas de disque !
Quelle a été la toute première pierre à l'édifice ?
CM. Yann m'a envoyé une musique enregistrée alors qu'il était aux Philippines. C'était génial : tu es à Locmaria dans le crachin, tu entends des musiques toutes simples à la guitare acoustique avec le bruit des vagues, tu imagines la chaleur et le décor... On a ça sur les maquettes. Ça a été le point de départ de la chanson «Les chiens de paille», je crois.
De quoi parle cette chanson ?
CM. Des milieux ouvriers, ou même plus simplement des gens qui travaillent. En bossant avec Yann, je n'avais pas envie de revenir à mon petit fonds de commerce, ma petite épicerie : je suis malheureux, ma nana m'a quitté, je t'aime, je ne t'aime plus trop...
Avez-vous convenu des thèmes que vous souhaitiez développer ?
CM. Non, il n'y a pas eu de débats d'idées. Mais il s'avère que, sans tomber dans la chanson contestataire, le contenu est un peu social.
Pourriez-vous citer d'autres titres de chansons ?
CM. «Fortune de mer», «Les joggeurs du dimanche»... En fait, comme on leur donne entre nous des noms de code, on ne se rappelle plus trop des titres exacts.
Yann a apporté les musiques et Christophe les paroles ?
YT. Et inversement aussi pour la musique. Christophe m'a fait écouter chez lui des morceaux qu'il jouait à la guitare, au piano aussi. Je lui ai dit qu'il fallait prendre ces musiques.
CM. Seulement quand tu es avec Yann, tu fais vite des complexes. Mais ce qui a été très bien, c'est que si je lui montrais un truc qui l'intéressait, on partait tout de suite là-dessus sans se poser de questions.
YT. La facilité de jouer d'un instrument n'a rien à voir avec la création. De la même façon que ce n'est pas parce qu'on ne fait pas de fautes d'orthographe qu'on écrit bien. Par exemple, le piano et le violon sont les instruments que je maîtrise le mieux. Pourtant, c'est à la guitare que je trouve le plus de morceaux. Il n'y a qu'à voir Marc Sens. Quand je l'ai rencontré, il ne jouait de la guitare que depuis six mois. Seulement, déjà, ce qu'il faisait était génial ! Il avait la finesse. La technique est venue après.
Où avez-vous travaillé ?
CM. Comme c'est Yann qui réalise le disque, on a enregistré les maquettes dans son studio à Paris. On n'était que tous les deux. C'est un choix radical de Yann.
YT. J'avais vécu ça une fois en travaillant avec Shannon Wright. Je trouve qu'à deux, on peut pousser plus loin les idées.
CM. Ce qui est bien, c'est que quand tu fais quelque chose à deux, tu n'as pas envie de décevoir l'autre. Par fierté vis-à-vis de Yann, je ne me serais pas permis de présenter un texte baclé.
YT. À chaque fois que l'un ou l'autre avait des trucs dont il n'était pas content, ils ont fini par disparaître naturellement, sans même qu'on ait à se le dire.
Quels sont vos autres projets pour 2009 ?
YT. Terminer les deux albums : celui avec Christophe et le mien sur lequel je travaille depuis un an et demi et qui est quasi fini. C'est marrant parce que les deux disques devraient sortir en même temps : fin août ou septembre. Sinon, je pars en tournée en avril avec le groupe. On ira aux États-Unis, en Angleterre et en Chine. Il y aura aussi quelques festivals. Mais on se concentre sur l'étranger.
CM. J'envie ça chez Yann. C'est fabuleux de pouvoir faire un tour du monde avec de la musique. Personnellement, à la demande générale, j'ai fait la Belgique et la partie francophone de la Suisse (rires) !
À quoi va ressembler le nouvel album de Yann Tiersen ?
YT. Il n'y a que huit morceaux, sans instrumentaux, basés sur les choeurs. Ils sont sans coupure et racontent une histoire. Il y a une seule vraie chanson, en français, le reste est en anglais. Les textes parlent beaucoup de guerre, mais de manière abstraite, ça ne se sent pas forcément. Je me suis aperçu petit à petit à quel point j'avais été influencé par le fait d'avoir terminé une précédente tournée à Gaza. J'ai mis trois ans à m'en remettre et, dès que ce sera possible, j'aimerais retourner jouer dans ces territoires.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
18:10 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christophe miossec, yann tiersen









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