01.04.2009

Birdy Nam Nam. "De la musique aventureuse"

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Interview parue le 1er avril 2009 dans Le Télégramme

Samedi prochain à Morlaix, le concert de Birdy Nam Nam constituera l'une des grandes attractions du festival Panoramas. Dj Need est l'un des quatre fondateurs de ce nouveau groupe-phare de la scène électro française et internationale. Rencontre.


Où les membres de Birdy Nam Nam se sont-ils rencontrés ?
Nous venons tous les quatre du milieu des Dj's hip hop. On s'est rencontré en participant à des compétitions, face à des juges qui vous évaluent sur un certain nombre de facteurs : performance, technique, musicalité... Dj Pone et Crazy B ont lancé Skratch Action Hiro, un crew de DJ's auquel je participais. On a disputé les championnats du monde et fini troisième en 1999 et 2001. En 2002, Skratch Action Hiro a splitté et nous nous sommes retrouvés tous les quatre. Nous avons alors fondé Birdy Nam Nam. La même année, nous avons remporté à Londres le titre de champion du monde en équipe des Dj's : le plus prestigieux, le titre DMC (Disco Mix Club), après lequel on courait depuis plusieurs années.

Comment avez-vous choisi un tel nom ?
Il fait référence au film «The Party» de Blake Edwards, avec son acteur-fétiche Peter Sellers. Ce dernier y joue un hindou invité par erreur dans une soirée mondaine du cinéma hollywoodien de la fin des années 60. Il tombe devant la cage d'un oiseau. Il se met alors à le nourrir, en lui disant à plusieurs reprises « birdie num num ». C'est le nom qui était inscrit sur la gamelle de l'oiseau. Peter Sellers avait un sens du burlesque qui a inspiré Louis de Funès entre autres.

Quelles ont été les conséquences de votre obtention du titre de champion du monde des Dj's en équipe ?
De faire connaître le nom de Birdy Nam Nam dans ce milieu des Dj's. Ça a été incontestablement une expérience bénéfique pour la suite parce que ça nous a habitués à jouer sur scène et à gérer la pression d'interpréter un programme. Mais ça n'a conditionné en rien notre «réussite» actuelle. Parce que le milieu des compétitions est très fermé. Il ne réunit que des aficionados.

Comment avez-vous évolué vers le statut d'un véritable groupe donnant des concerts ?
Le titre de champion du monde a sonné la cloche finale de notre motivation pour la compétition. C'est un environnement quand même formaté. Il y avait plein d'idées qu'on mettait de côté depuis deux ou trois ans. On s'est dit qu'il était temps qu'on s'enregistre. Parce que jusque là, on travaillait comme lors de répétitions dans un local. Il y en avait un qui lançait un gimmick sur sa platine et on le faisait tourner pendant une heure, le temps que les autres trouvent leurs parties respectives. À partir de 2002, on s'est dit qu'il ne fallait plus lâcher certains plans qu'on avait abandonnés parce qu'ils n'auraient pas été efficaces ou cohérents dans un show de compétition. On a mis six mois à faire le premier album de Birdy Nam Nam, qui est sorti deux ans après qu'on l'ait achevé, en 2005. On a perdu pas mal de temps avec des labels qui se déclaraient enthousiastes avant finalement de se rétracter. Au bout du compte, il est sorti chez UWe et on a pu le défendre sur scène en donnant 200 concerts environ. D'avoir joué aux Transmusicales de Rennes fin 2005 a été très important. Ça a permis à des programmateurs de partout de nous voir. Cela nous a donné la chance de pouvoir ensuite jouer dans le monde entier : Japon, Russie, Scandinavie, Espagne...

Existe-t-il d'autres formations similaires à la vôtre, avec quatre garçons aux platines ?
Dans le milieu des compétitions, oui. Mais en tant que groupe ayant franchi le cap de l'album et partant le défendre sur scène, il n'y a que nous.

D'où la claque autant visuelle que musicale que se prend le public lorsqu'il vous découvre sur scène ?
On ne s'en est pas rendu compte au début. Pour nous qui venions du milieu des compètes, c'était presque banal. On pensait que ça allait même être un peu monotone de se présenter comme ça, derrière un praticable, tous les quatre à la même table. Du coup, on se disait que ce serait peut-être bien d'occuper l'espace comme un groupe, à des niveaux différents tant en termes de hauteur que de profondeur. Finalement, pour un côté pratique, on est resté comme ça. Et, sans avoir une gestuelle extravagante parce que les mouvements sont quand même limités par la platine posée sur la table, on a constaté que cette disposition participait au succès!

Est-on plus libre aux platines qu'en pratiquant un instrument de musique traditionnel ?
Il y a des avantages et des inconvénients. Pour peu que le disque sur la platine contienne leur son, on peut jouer de tous les instruments. Ça, c'est un avantage. Le premier album nous a permis de prendre conscience de tous les terrains qu'on pouvait explorer en travaillant comme ça. Il nous a servi de laboratoire, comme dit Crazy B. Aucun de nous quatre ne sait lire ni écrire la musique, ni jouer d'un instrument à la base. On fait tout à l'oreille. En réalisant un album, nous avons prouvé que, même si on ne passe pas par les voies académiques, le fait d'être profane n'empêche pas d'inventer une musique qui sonne juste. On a d'ailleurs des morceaux qui ont été depuis repris par des formations utilisant des instruments traditionnels.

Comment définissez-vous le style de Birdy Nam Nam, au-delà du simple qualificatif d'électro un peu fourre-tout ?
Notre nouvel album, «Manual For Sucessful Rioting», est plus hip hop que le précédent. Nous avons tous les quatre des influences très larges, et pour moi, le hip hop, c'est d'abord une culture de l'ouverture. Même si ce n'est pas ce chemin-là qu'a pris le rap en France. Alors, peut-être qu'on peut dire qu'on fait de l'électro hip hop. Disons que c'est de la musique instrumentale aventureuse, expérimentale aussi un peu. On n'est pas hyper fort avec les mots en fait, on ne sait pas vraiment poser d'étiquettes.

Vous faites une musique à danser, à écouter, à rêver ?
Je ne trouve pas que ce soit une musique à danser, même s'il y a effectivement deux morceaux dans le disque «Manual For Successful Rioting» qui doivent tourner à 130 bpm (battements de pied par minutes). Ils pourraient être joués en clubs, mais je pense qu'ils demeurent avant tout des morceaux de Birdy Nam Nam. Le reste de l'album évolue. On trouve des morceaux à 100 bpm. Il y en a également un plutôt rock, qui tourne à 160 bpm : «Bonne nouvelle».

Vous brillez par votre absence sur les télés et radios, et pourtant vous remplissez les salles. Comment le public vous connaît-il ?
La génération des jeunes qui vient au concert communique par le bouche à oreilles et sur internet. Nous ne sommes pas beaucoup joués par les chaînes hertziennes et les radios parce que notre musique n'est pas ciblée pour les ondes. Elle reste une musique de scène avant tout.

Après Panoramas et Art Rock en Bretagne, serez-vous à l'affiche des grands festivals d'été ?
Oui, on peut le dire ! On va faire le Main Square à Arras, les Eurockéennes de Belfort, les Vieilles Charrues à Carhaix, Rock en Seine, Montreux en Suisse, les arènes de Nîmes où on partagera une soirée avec Prodigy... Et j'en oublie ! Dans le passé, on avait eu des opportunités mais il y avait toujours quelque chose qui finissait par ne pas coller. Là, en 2009, on fait vraiment tous les grands festivals dont on avait toujours rêvé. C'est la bonne surprise !

  • Propos recueillis par Frédéric Jambon

Repères

Discographie. "Birdy Nam Nam" (2005), "Manual for a successful rioting" (2009). 

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