22.04.2009

Franck Dubosc. "Jamais méchant"

blog-dubosc.jpgInterview publiée le 22 avril 2009 dans Le Télégramme

Comment, grâce au Monstre, le petit Kikito est-il devenu l'un de nos humoristes et acteurs les plus populaires ? C'est ce que raconte le spectacle «Il était une fois... Franck Dubosc».


Un spectacle qui commence par «Il était une fois...», c'est un conte de fées ?

Oui, et c'est d'ailleurs en expliquant cela que je termine le spectacle. Il raconte comment un petit garçon qui rêvait devant sa télévision d'arriver à être un acteur, une vedette, finit par le devenir. Mon histoire a ce côté conte de fées. Le titre du spectacle, c'est aussi ma manière de dire à tous les petits garçons et les petites filles qu'en commençant une histoire par «Il était une fois», tout est possible !


Des noms récurrents traversent votre one-man-show : Kikito, Jean-Claude, Le Monstre... De qui s'agit-il ?

Kikito est le surnom que m'a donné ma mère quand j'étais petit. Elle m'appelle d'ailleurs encore comme ça. Ce que je dis dans le spectacle, c'est que, quand il est tout petit, Kikito cherche sa Kikita désespérément. Jean-Claude, eh bien, c'est le nom que je donne à mon sexe. J'ai baptisé ma quéquette en hommage à un copain chauve. Et Le Monstre, c'est moi, ou plutôt le personnage que j'ai fabriqué : mythomane, prétentieux, frimeur.


Comment avez-vous choisi les ingrédients qui composent Le Monstre ?

Le personnage s'est constitué au fur et à mesure. Lorsque j'ai commencé à faire de l'humour, il était un peu naïf. Je jouais dans un bar tous les mercredis soir où on m'avait demandé de raconter ma vie. Au bout d'un moment, il n'y avait plus rien à raconter, alors, j'ai décidé d'inventer. C'est là que le mythomane est né. Quand on est mythomane, on est forcément un peu frimeur. Puis j'ai commencé à lui mettre des femmes dans les pattes, il est donc devenu dragueur. Mais comme je ne voulais pas qu'il réussisse avec les femmes, je l'ai rendu ringard. Tout s'est composé comme cela, petit à petit. Les ingrédients que j'ai pris sont un peu des travers communs à énormément de personnes... En tout cas, j'ai aussi toujours essayé de le rendre sympathique, Le Monstre. Le revers de la médaille, c'est que pour vendre ce personnage, disons à la télévision, je ne pouvais mettre en avant qu'un ou deux ingrédients, qui pouvaient être le dragueur ou le frimeur. Je comprends qu'ils puissent être un peu lassants à la longue. Par contre, sur scène, où tous les éléments sont présents, cela passe bien. Mon spectacle «Il était une fois... FranckDubosc» explique comment Le Monstre s'est fabriqué : le petit garçon, l'adolescent, l'arrivée à Paris...


Kikito est-il fier de son parcours ?

Je ne sais pas, parce qu'en fait, ce que je dis souvent, c'est que je ne suis pas devenu différent des autres, du public, mais que j'ai fini par devenir différent de moi-même. C'est bien pour cela que j'ai écrit ce spectacle : pour que Kikito puisse se retrouver. On grandit, on vieillit, on s'éloigne de ce qu'on était à la base. En jouant ce one-man-show, je reviens à ce que je suis fondamentalement.


Qu'est-ce qui est vrai et qu'est-ce qui est inventé dans votre spectacle ?

Honnêtement, pratiquement tout est vrai. Bon, bien sûr, quand je raconte que je vais chez une bourgeoise du XVIe arrondissement et que je me sauve en courant avant de faire l'amour parce qu'elle me fait peur, c'est une synthèse de différentes expériences avec les femmes (rires). Par contre, mon arrivée à Paris - avec la même valise que celle que j'emporte sur scène ! -, ou encore la description de ma chambre de bonne, c'est la vérité. Dans la boum de Carole Martin, je n'ai changé que les noms ! La seule chose que j'ai vraiment imaginée, c'est mon retour à 84 ans.


Comment vous voyez-vous alors ?

Seul ! En fait, c'est Le Monstre que je vois seul, parce que s'il a aimé les fesses et les seins des femmes, il n'a pas su conquérir leurs bras pour pouvoir s'y appuyer. C'est ma manière de rendre hommage aux femmes. Au public également : je le remercie de m'avoir fait vivre aussi longtemps. Mais attention, dans la vraie vie, j'espère bien ne pas finir tout seul !


Faites-vous participer le public à votre one-man-show ?

Oui, je le fais monter sur scène. Il y a d'abord une fille qui devient mon écuyère d'un soir, parce que, quand je jouais au cow-boy, j'avais un cheval. Plus tard, dans mes années d'ado disco, je fais danser des gens sur scène : je les emmène au Macumba ! Ils aiment ça, ils rigolent. Je ne les prends jamais pour des bouc-émissaires, je fais toujours très attention à ce que ça se passe bien.


Pourquoi tutoyez-vous le public ?

C'est venu comme ça. Un jour où je jouais, sans le faire exprès, j'ai dit «tu sais» au public. Et les gens ont ri ! Dans le spectacle, il y a des moments où j'emploie le vouvoiement. Mais à la fin, je dis : «Et puis un jour de mai 1999, il y a eu vous, enfin, toi, public !»


À quoi correspond cette date ?

À ma première scène en tant qu'humoriste. Bon, avant, il y a eu mes parodies du Petit Rapporteur que faisais gamin, les castings, «Coronation Street» où je jouais le French lover à la télé anglaise, mais tout ça, je n'en parle pas dans le spectacle. J'avais seulement envie de montrer le jeune homme bien ordinaire qui, tout à coup, va se retrouver dans un monde extraordinaire.


Où situez-vous les limites du vulgaire dans vos spectacles ?

J'essaie de ne pas l'être trop même si je le suis parfois un peu. Mais comme ça fait toujours beaucoup rire, c'est des fois tentant... En tout cas, j'essaie de ne jamais me moquer des autres. Je ne me moque que de moi-même. Je trouve bien plus vulgaire de se moquer des autres que de dire le mot bite, par exemple. Comme il y a souvent beaucoup d'enfants dans la salle, j'essaie toujours de faire une petite moue pour rattraper une vulgarité. Il faut que je fasse attention à ça...


Quelle est votre définition de l'humour ?

Fin le plus souvent possible, vulgaire de temps en temps, jamais méchant.


Le film «Incognito» sort mercredi prochain. Qu'est-ce qui vous attiré dans ce rôle d'acteur raté ?

D'abord, ça me plaisait de rencontrer Bénabar et de tourner avec lui. Et puis le scénario était extrêmement drôle ! J'aimais bien aussi l'idée de jouer un second rôle : par rapport à «Camping», «Disco», ou «Cinéman» qui sortira au mois d'octobre, ça me retire une grosse pression. Voilà : je me suis dit, je n'aurai pas à subir la promotion intensive, le tournage va être cool, et ça l'a effectivement été.


À quand la suite de «Camping» ?

Je viens de finir de l'écrire. On tournera «Camping2» cet été, à Arcachon. Même endroit et même casting, sauf Anconina qui apparaît dans un nouveau personnage, à la place de celui de Gérard Lanvin qui partait à la fin du premier film.


Quels sont vos plaisirs comparés entre le one-man-show et le cinéma ?

Jouer sur scène, c'est se faire plaisir : c'est comme manger un bon steak haché avec des frites ! Acteur de cinéma, ce serait plutôt aller au restaurant gastronomique : on a l'impression qu'il nous en manque un peu quand on sort (rires) ! Moi, j'ai besoin du public. Le one-man-show, je le vis de l'intérieur, le cinéma, un peu plus de l'extérieur. Et je trouve paradoxalement qu'il y a plus de pression au cinéma, avec l'argent que ça représente et tout ça. En spectacle, je ne peux pas parler de pression parce que le public est aimant. J'ai le trac, bien sûr, mais c'est autre chose. Dans le one-man-show, c'est moi qui écris les textes, on est une équipe sur la route, on se suit pendant deux ou trois ans. C'est une vraie famille, comme le cirque!

Propos recueillis par Frédéric Jambon

REPÈRES

 Naissance. Le 7 novembre 1963 au Petit-Quevilly (76).

Filmographie. Depuis «À nous les garçons» (1985), Franck Dubosc a tourné une dizaine de films. Le nouveau, «Incognito» d'Éric Lavaine, sort officiellement mercredi 29 avril 2009. 

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