10.06.2009
Gérald Dahan. "Le parti d'en rire"
Interview parue le 19 juin 2009 dans Le Télégramme
L'humoriste Gérald Dahan présente «De gauche à droite» dimanche à Landerneau. Son nouveau one-man-show est la suite naturelle de «Sarkoland». L'imitateur s'y appoprie une cinquantaine de voix pour mieux faire chavirer de rire son public.
Quels liens y a-t-il entre votre nouveau spectacle «De gauche à droite» et son prédécesseur, «Sarkoland» ?
C'est sa suite. J'ai conservé quelques éléments de «Sarkoland» : le sketch «Sarkocision» où j'imite Nicolas Sarkozy ; le personnage de Charles Pasqua présenté en parrain de la mafia ; et la revue de presse faite par Patrick Timsit.
Comment avez-vous construit votre one-man-show ?
C'est une longue revue de presse, intégrée à un numéro de music-hall. Il y a quatre grands chapitres : le cinéma, la chanson, la télévision et la politique. Côté cinéma, j'imite Fabrice Luchini se livrant à une étude approfondie du phénomène «Bienvenue chez les Ch'tis». Il pousse le délire jusqu'à en imaginer une suite : «Les Bronzés font du Ch'ti». Ce qui donne lieu à un casting où l'on croise Dany Boon, mais aussi Christian Clavier, Gérard Depardieu et Jean-Pierre Bacri. Ils se disputent le rôle de Nicolas Sarkozy, présent dans le film. Côté chanson, j'introduis des voix nouvelles comme celles des BB Brunes et de Renan Luce. Pour la télévision, les dysfonctionnements successifs de Jean-Luc Delarue m'ont inspiré un nouveau sketch. Dans la galerie de portraits, j'ai ajouté celui du journaliste-chroniqueur Éric Zemmour. Côté politique, je réserve un traitement très spécial à Barack Obama, dont je fais une imitation tout en anglais (rires). Je laisse la surprise aux spectacteurs. Le dernier quart d'heure est consacré à l'autre président du monde : le nôtre ! Je me lâche un peu, c'est ma récréation.
Pourquoi Nicolas Sarkozy vous inspire-t-il tant ?
Parce qu'il possède les trois qualités essentielles du burlesque : petit, excité, et de mauvaise foi. Avec lui, on n'a pas à aller chercher trop loin, il se met tout seul en scène au quotidien. Finalement, il fournit la meilleure caricature de lui-même. Enfin, ça n'engage que moi (rires)... Mais je ne fais pas un réquisitoire anti-sarko. Mon seul parti, c'est le parti d'en rire ! Il se trouve juste que c'est Sarkozy qui incarne le pouvoir en place, donc ma cible d'humoriste. Ce ne sont ni mon style ni mon fusil qui changent d'épaule, ce sont les pigeons (rires) !
Quels qualités ou défauts une personnalité doit-elle posséder pour que vous l'imitiez ?
Il faut qu'il y ait un décalage entre son image voulue et son image perçue. C'est le déclic qui m'inspire tout de suite le rire.
Vos imitations sont vocales et gestuelles. Comment prenez-vous possession d'un personnage ?
Je ne pourrais pas l'expliquer d'une manière rationnelle, c'est de l'ordre du réflexe. Je lis beaucoup la presse, je m'informe sur la psychologie du personnage... C'est un travail de comédien, d'incarnation de l'autre, basé évidemment sur l'observation.
Est-ce que vous vous filmez ou vous enregistrez pour vérifier la qualité de votre imitation ?
Jamais. Et je ne travaille pas devant une glace. Je la trouve déformante et n'arrive à y voir que moi-même essayant de faire l'autre... C'est plus un travail intérieur.
Vous le menez depuis longtemps puisque, à l'âge de 12 ans, vous aviez été élu plus jeune imitateur de France au championnat d'Angoulême. Qui jouiez-vous à l'époque ?
Mes références artistiques d'alors qui sont encore celles d'aujourd'hui : Laurel et Hardy, Charlie Chaplin... Quand on est enfant, on travaille plus sur le mime. On sait bien qu'avant d'avoir mué, on ne pourra pas s'approcher du timbre exact d'une personne, même si on en a déjà compris le débit et la syntaxe.
Quels humoristes vous font le plus rire ?
Au millième degré, Nicolas Sarkozy ! Ségolène Royal me fait aussi beaucoup rire. Et plus sérieusement, Stéphane Guillon, Guy Bedos, Thierry Le Luron, Alain Chabat...
Et Nicolas Canteloup ?
Je ne vois pas qui c'est.
Vos canulars téléphoniques sont célèbres, au point de vous valoir le surnom de «L'Imposteur». Quelle est votre cible privilégiée?
Ceux qui se croient intouchables. Je n'ai pas de liste parce qu'elle ne pourrait pas être exhaustive. Ce n'est pas moi qui vais chercher les personnages, ce sont plutôt eux qui viennent à moi, et à nous plus généralement, en essayant de se faire remarquer un maximum.
Quand vous piégez quelqu'un, que recherchez-vous ?
J'essaie de gratter pour découvrir la vraie personnalité de l'autre, parce que les gens se cachent sous beaucoup de masques. C'est intéressant de découvrir l'humanité de quelqu'un, ou son honorabilité. Ou à l'inverse, sa connerie (rires).
Vous souvenez-vous de votre premier canular ?
Je n'en ai pas de souvenir précis, parce que j'en fais depuis que je suis gamin. C'est un truc de gosse qui m'est resté : j'ai gardé mon âme d'enfant (rires). À l'époque, je faisais des blagues à ma famille, aux professeurs, enfin, à tous les «intouchables» de ce moment-là !
Quelle est votre plus belle réussite ?
Le jour de septembre 2005 où, croyant que la demande venait de Jacques Chirac, l'équipe de France de football a mis la main sur le coeur pendant «La Marseillaise», avant un match décisif contre l'Irlande.
Indéniablement, c'est le canular qui restera toujours mon plus grand fou rire. Il y avait une vraie interaction, quelque chose de réel, accessible à tous. Ce n'était plus une simple conversation téléphonique, mais un résultat visible en live dans le monde entier (rires) !
Vous attendiez-vous vraiment à ce que les joueurs fassent le geste ?
La seule raison qui l'aurait empêché, ça aurait été qu'entre-temps, Zinédine Zidane appelle le vrai président Chirac pour s'assurer que c'était bien lui qui le lui avait demandé. Mais comme il m'avait promis de le faire, je m'attendais effectivement à ce que ça marche...
Avez-vous aussi connu des grands bides, des fois où vous avez été reconnu trop tôt?
En piégeant des gens après avoir imaginé des scénarios sur mesure, on se met une forte pression et le pourcentage d'échec est faible. Par contre, il y a des canulars que je n'ai jamais diffusés pour la simple raison que je ne me suis finalement pas dévoilé à la personne que j'appelais : parce que, croyant parler en toute confiance, elle m'avait dit des choses trop intimes, que je n'estimais pas forcément drôles pour le grand public.
Êtes-vous surpris de la naïveté des gens ?
Je ne pense pas qu'ils soient naïfs. Sinon, ce serait beaucoup plus simple de monter des canulars. Je crois au contraire que les gens connus sont souvent très paranos - à juste titre d'ailleurs parce qu'ils sont sollicités pour tout et n'importe quoi. Il faut donc redoubler de ruse pour passer à travers les mailles de leur filet. Mais à coeur vaillant, rien d'impossible (rires) !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
Repères
Naissance. Le 17mai 1973 à Cognac.
One-man-show. 1992 : «Imitator». 2004 : «En direct de la planète Plucon». 2005 : «L'Imposteur». 2007 : «Érection présidentielle». 2008 : «Sarkoland». Mars 2009 : "De gauche à droite".
Radio. 1993 :intègre l'équipe de Laurent Ruquier dans "Rien à cirer". 2003 : commence ses canulars téléphoniques sur Rire et chansons.
23:01 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gérald dahan









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