10.07.2009
Renan Luce. "De surprise en surprise"
Interview parue le 10 juillet 2009 dans Le Télégramme
Un seul album aura suffi à installer le Morlaisien Renan Luce au sommet de la chanson française. Ses histoires malicieusement troussées, où l'humour le dispute à l'imagination et à la tendresse, touchent le grand public. Les ventes atteintes par «Repenti» sont un vrai pied de nez à la crise du disque. L'artiste est à l'affiche du Festival des Vieilles Charrues à Carhaix. Samedi 18 juillet, il interprétera quelques-unes des nouvelles créations qui composent «Le Clan des Miros», son nouvel opus attendu à l'automne.
Samedi 18 juillet, vous chanterez sur la scène Glenmor du Festival des Vieilles Charrues à Carhaix. Est-ce un rendez-vous particulier pour vous ?
C'est mon grand rendez-vous de l'été ! Je l'attends avec impatience, parce que j'en rêve depuis longtemps, d'une certaine manière. Ayant grandi pas très loin, j'ai suivi l'ascension de ce festival qui est devenu incontournable autant pour son ambiance que pour ses affiches. Cela me fait vraiment plaisir d'y revenir - même si la fois précédente, c'était en hiver dans le cadre des «Vieilles Charrues remettent le son». J'avais aussi beaucoup aimé ! Cette fois, ça coïncide avec le redémarrage de la tournée. Ce que j'aime aussi dans les festivals, c'est justement le fait qu'il y a d'autres artistes sur scène, cela développe un côté rencontre et partage. L'ambiance dans le public est différente : c'est plus festif, plus détendu même.
Que pensez-vous de la participation de Bruce Springsteen au festival ?
Je l'adore ! Je l'ai vu il y a quelques mois à Paris au Parc des Princes et j'ai pris une bonne claque: il a un rapport hyper communicatif avec le public qui vous prend tout de suite, que vous soyez connaisseur ou non.
Votre deuxième album sort en octobre. Allez-vous interpréter quelques-unes de vos nouvelles chansons ?
Oui. Comme je joue une heure et quart, j'en ferai cinq ou six nouvelles, j'imagine. Ce sera une des toutes premières fois, avec les Francofolies quelques jours plus tôt.
«La fille de la bande» en fera-t-elle partie?
Tout à fait. C'est effectivement la seule chanson de l'album diffusée pour l'instant, et je ne pense pas qu'il y en aura d'autres. Après, il faudra attendre la sortie du disque (rires).
Ce morceau illustre une fois de plus votre capacité à raconter de grandes histoires en peu de mots.
C'est gentil. C'est vrai que, dès le moment où je les écris, j'apprécie ces histoires qui m'embarquent dans un quotidien qui n'est pas le mien, sans savoir d'avance où elles me mèneront. Ça me plaît de m'évader à travers une histoire comme celle-là. Elle me permet d'incarner des personnages. Et puis il y a cet aspect un peu bandit dont j'aime bien faire des chansons.
Ici, une belle blonde va amener le malheureux héros en prison...
Effectivement. C'est l'histoire d'une bande de potes qui errent et qui finissent par se laisser entraîner plus loin qu'ils ne l'auraient souhaité. Mais par amour, bien sûr ! J'avais envie d'une chanson sur l'amitié, sur une vie en bande où l'on sait qu'on pourra compter sur l'autre. Il y a ce petit côté : à trois ou quatre, on a moins peur !
Quels sont les autres thèmes de vos nouvelles chansons ?
Il y en a quelques autres dans l'esprit de «La fille de la bande», qui racontent des histoires. Le titre du disque, «Le Clan des Miros», est aussi celui d'une chanson. D'une façon un peu plus abstraite, elle parle de moi, de ma manière d'envisager la vie. En fait, elle évoque le fait qu'on est parfois balotté, sans trop maîtriser ce qui se passe. On n'a aucune prise sur les rencontres qu'on va faire et qui peuvent changer le cours de sa vie. J'ai choisi le titre de cette chanson pour l'album parce qu'il me semble qu'elle représente bien ma façon de faire lorsque j'écris : en me laissant un petit peu porter par les événements.
Quelles couleurs musicales privilégiez-vous?
J'ai travaillé de nouveau avec Jean-Louis Piérot sur cet album. Nous avons pas mal de points communs et c'est quelqu'un avec qui j'aime bien partager mes idées d'arrangements. Ce n'est pas toujours facile d'exprimer ce qu'on a dans la tête, sauf avec lui. Les musiques sont des coréalisations à deux. L'envie, c'était d'avoir quelque chose de très acoustique et chaleureux, même s'il y a des morceaux énergiques. Cela correspond à mes influences qui sont nord-américaines et années 70. J'aime les sonorités chaudes avec des guitares bien présentes.
Barclay annonce que «Repenti» s'est déjà vendu à 750.000 exemplaires, un score rarissime dans le contexte actuel. Vos fans sont des gens honnêtes qui achètent encore leurs disques préférés ?
Sûrement (rires). Mais c'est vrai que ces ventes, étalées sur deux ans, étaient complètement inattendues. Je suis allé de surprise en surprise dans cette aventure-là. Je ne sais pas si elle se reproduira une autre fois dans ma vie. En tout cas, c'est assez magique !
Par rapport à la suite, un tel succès vous met la pression ou bien il vous libère ?
Un peu des deux. J'ai terminé la tournée du précédent album très heureux de tout ce qui s'était passé avec l'envie de pouvoir revivre de pareilles émotions. J'étais regonflé. Ma peur concernait plus ma capacité à continuer à écrire des chansons qui me satisferaient. C'est ce qui m'inquiétait, plus encore que ce que les gens allaient en penser. Bon, maintenant que l'album va bientôt sortir, je ne peux évidemment pas nier une petite appréhension sur la façon dont il va être accueilli.
Vous avez composé la chanson «On n'est pas à une bêtise près», qui sert de générique au film de Laurent Tirard «Le Petit Nicolas», sur les écrans fin septembre. Le personnage est-il un des héros de votre enfance ?
Oui, «Le Petit Nicolas» fait partie des livres que je dévorais quand j'étais petit, alors que ça n'avait pas du tout été écrit pour ma génération. Mais cette bande de garnements a un côté un peu éternel. Je garde une certaine nostalgie de l'enfance : dans ce que j'écoute, dans les livres aussi, comme les romans d'aventure style «Les trois mousquetaires» qu'on lit pendant les vacances. Le fait d'avoir grandi à la campagne, la vie dehors, les cabanes et tout ça, ont été de bons stimulants pour mon imagination.
Vous avez intégré l'équipe des Enfoirés, des imitateurs comme Gérald Dahan vous pastichent, des enfants apprennent vos chansons au collège : quelles marques de reconnaissance vous touchent le plus ?
La reconnaissance des enfants ! Parce que mon goût pour la chanson s'est forgé à l'enfance, par l'intermédiaire de chorales, d'animations à l'école. Récemment, j'ai passé un moment délicieux près de Bourges avec une chorale d'élèves qui reprenait mes chansons. J'aime bien ce genre de rencontres. Autrement, les marques de reconnaissance... Si, j'aime celles du quotidien, les saluts dans la rue, les gens qui me disent de vive voix qu'ils apprécient mes chansons. J'aime les petits mots gentils des gens. J'y suis bien plus sensible qu'à des récompenses organisées.
Vous avez acquis une maison dans la région morlaisienne. Allez-vous effectuer votre retour en Bretagne ?
Pour l'instant, ce n'est pas encore trop le cas, mais j'espère que ça le sera vite. Cela fait quelques années que je ne vis plus en Bretagne. Je ne m'attendais pas spécialement à ressentir un tel manque mais voilà, j'ai besoin de me rapprocher de mes racines. Je réalise qu'elles ne vous quittent pas.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
Repères
Naissance. Le 5 mars 1980 à Paris. Vit son enfance et son adolescence à Plourin-lès-Morlaix (29).
Albums. «Repenti» (2006), «Le Clan des Miros» (sortie le 12 octobre 2009).
Distinctions. "Meilleur premier album 2006" au Grand Prix du Disque du Télégramme. Deux Victoires de la Musique en 2008 : "album révélation de l'année" et "révélation scène de l'année".
17:52 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : renan luce









Écrire un commentaire