17.07.2009

Karen Matheson. "Je chante depuis mes cinq ans"

blog-matheson.gifInterview parue le 17 juillet 2009 dans Le Télégramme

Ses interprétations de «Diwanit Bugale» ou de «Left in peace» avec L'Héritage des Celtes ont permis au grand public breton et français de découvrir la voix divine de Karen Matheson. Dans son Écosse natale, elle est l'une des figures majeures de la musique d'inspiration traditionnelle. Elle l'a fait évoluer depuis un quart de siècle au sein de son groupe Capercaillie dont son mari, le brillant compositeur, accordéoniste et claviériste Donald Shaw, est le co-fondateur. Les huit membres de Capercaillie sont à l'affiche du Festival de Cornouaille à Quimper mardi prochain. On les retrouvera le 14août à L'Été en Fête de Bénodet.

 


Cet été, Capercaillie se produit à Quimper et Bénodet. Le fait de jouer en Bretagne représente-t-il quelque chose de spécial pour votre groupe?
Oui, nous adorons y jouer, parce que notre musique est proche de la musique traditionnelle bretonne et que, depuis tout ce temps où nous venons dans les festivals, nous nous y sommes fait beaucoup d'amis.

Capercaillie a 25 ans d'existence. Quel était l'esprit du groupe en 1984? Et aujourd'hui?
C'était une époque bien différente en 1984! Nous n'avions pas idée que notre musique deviendrait populaire. Nous jouions seulement ensemble pour le plaisir. L'immense renouveau d'intérêt pour la culture gaélique de ces dernières années est quelque chose d'incroyable! L'esprit de notre groupe n'a jamais changé. Le but est de toujours bien s'amuser ensemble sur scène et en studio.

Quelles ont été les principales évolutions du groupe?
Elles concernent le son, je suppose. À l'origine, nous jouions très acoustique, puis après quelques albums, nous avons introduit du synthé et encore plus tard, une batterie, des percussions et des samples. Le son a aussi évolué en fonction des changements de musiciens et des arrangements qu'ils apportaient. Si bien qu'au bout du compte, je pense que l'évolution a été constante.

Quelle part réservez-vous à la tradition dans vos morceaux?
Il y a eu une période au début où toutes nos chansons étaient traditionnelles. J'interprétais celles que j'avais apprises d'autres chanteurs, dont ma grand-mère, et les airs que jouait le groupe étaient tous trad'. Plus tard, nous avons introduit des chansons en anglais (surtout Manus et Donald) et composé des mélodies (signées Donald, Charlie et Michael). Nous avons également collaboré avec des poètes de langue gaélique qui nous ont écrit de nouveaux textes. Par contre, notre dernier album présente une majorité de chansons traditionnelles anciennes: la boucle est bouclée!

Approuvez-vous votre compatriote, le critique Michael Hubbard, lorsqu'il affirme que Capercaillie introduit des «histoires, de la sagesse et des mots anciens dans une identité moderne mais résolument écossaise»?
J'espère effectivement que c'est ce que nous faisons. Mais nous cherchons plus à créer une musique riche en émotion et écossaise que «moderne».

Dans votre album le plus récent, «Roses and Tears», vous jouez une musique actuelle aux profondes racines écossaises et chantées essentiellement en gaélique. Pourquoi priviligier cette langue?
C'est plus naturel pour moi de chanter, et même parfois de penser, en gaélique. Ces vieilles chansons traditionnelles qui constituent l'essentiel de «Roses and Tears» ont des mélodies superbes et des rythmes intéressants. Ils correspondent parfaitement au son et à l'instrumentation du groupe tel qu'il est aujourd'hui.

Comment avez-vous appris le gaélique? Et quelle proportion d'Écossais le parle encore de nos jours?
Moi, j'ai appris la langue en entendant parler ma mère et ma grand-mère, mais malheureusement, je ne la parle pas assez couramment pour tenir des conversations. Même si le nombre de locuteurs a chuté à moins de 100.000, il y a un grand intérêt des jeunes autour du gaélique que je trouve encourageant.

Sean Connery dit de votre voix qu'elle est «sûrement touchée par la grâce de Dieu». Quand avez-vous commencé à chanter? Et avez-vous développé une technique particulière?
Je chante depuis que je suis toute petite. J'ai dû commencer à le faire dès l'âge de 5 ans dans les «ceilidhs», qui sont notre équivalent d'un fest-noz. Sinon, je n'ai jamais suivi de cours de chant d'aucune sorte.

Pour revenir à Sean Connery - dont le jugement n'est évidemment pas contestable -, fait-il partie de vos amis?
Pas vraiment, bien qu'on se soit rencontré lors d'événements divers. Mais il est le bienvenu à la maison quand il veut (rires)!

Vous enregistrez également des disques sous votre propre nom. Quelles différences y a-t-il entre un album de Karen Matheson et un de Capercaillie?
Un album sous mon nom tend à être plus dépouillé. Et j'y fais des expériences avec une matière anglaise plus contemporaine. Sur un plan stylistique, c'est moins celtique.

Dan Ar Braz viendra-t-il jouer avec vous à Quimper et Bénodet?
Ce n'est pas sûr, mais ce serait fantastique s'il le pouvait! En tout cas, on espère vraiment pouvoir passer un moment avec lui et partager ensemble une bière ou deux!

Quels souvenirs conservez-vous de votre expérience au sein de L'Héritage des Celtes?
On a passé un moment merveilleux: c'était un groupe de gens tellement extraordinaires, la musique était superbe et bien sûr, les shows en eux-mêmes étaient fantastiques. C'est grâce à tout cela que je suis tombée véritablement amoureuse de la Bretagne. Merci Dan!

Combien de concerts Capercaillie donne-t-il par an? Où, et pour quelle sorte de public?
Nous faisons un peu moins de tournées que par le passé à cause de nos vies de famille. Mais rien que cet été, nous allons quand même donner des concerts dans six pays. Cela ne s'arrête jamais. Nous nous produisons principalement dans des festivals à l'étranger où le public apprécie toutes les formes de la world music.

  • Propos recueillis par Frédéric Jambon

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