31.07.2009
Laurent Garnier. "Un passeur de musique"
Interview parue le 31 juillet 2009 d
ans Le Télégramme
Le festival Astropolis reçoit une centaine d'artistes de la galaxie électro du 5 au 9 août à Brest. Laurent Garnier est l'une
des étoiles à l'affiche de cette quinzième édition annoncée « cosmique ». Pionnier et pilier des musiques électroniques, il est l'emblème international de la « French touch ».
Le compositeur, producteur et Dj présentera en version concert les titres de son nouvel album, « Tales of a Kleptomaniac ».
Sa tournée mondiale fait escale à Brest vendredi prochain. Rencontre.
Vous êtes à l'affiche du festival Astropolis à Brest. Heureux de ces retrouvailles ?
Oui, vraiment ! Les organisateurs d'Astropolis sont des gens que j'aime beaucoup, qui m'ont toujours fait confiance et avec qui je travaille depuis très longtemps. Ils sont ouverts et passionnés : avec eux, j'ai un peu l'impression d'être en famille. En plus, il y a le public breton. J'ai toujours dit que c'était l'un des meilleurs de France. Comme ça fait longtemps que je n'ai plus joué à Astro, je suis vraiment excité de revenir cet été. La dernière fois, pour les dix ans, j'avais fait un set de douze heures où il avait plu pendant dix ! C'était un moment incroyable.
Qu'allez-vous jouer ?
Le nouvel album, « Tales of a Kleptomaniac ». Nous serons cinq sur scène : moi et Scan X aux machines, mon vieux briscard Philippe Nadaud au saxophone, Benjamin Rippert aux claviers et Philippe Anicaud à la trompette.
Vous avez trouvé le groupe idéal ?
Je fais de la scène depuis une bonne dizaine d'années et depuis trois ans, j'ai effectivement l'impression d'avoir constitué le groupe que je cherchais depuis toujours. Auparavant, je ne trouvais pas les mots pour diriger tout le monde, si bien qu'on n'allait pas aussi loin que je l'aurais voulu. Depuis que j'ai rencontré Benjamin Rippert et Philippe Anicaud, j'ai le sentiment d'être avec les bonnes personnes. On s'est tout de suite compris sur scène. Un regard, un mouvement suffisent pour se dire qu'on va faire quelque chose de plus musical ici, parce qu'on est dans un festival de jazz, là une séquence plus énergique... Ils sont prêts à tout donner, dans tous les sens. De pouvoir les diriger comme ça, tout en leur laissant de la place, m'a libéré des frustrations d'avant.
Techno, jazz, dub, drum'n bass, rock, hip-hop : « Tales of a Kleptomaniac » brille par son éclectisme...
Je connais l'histoire de la musique électronique et de la techno : je sais que cette musique est la synthèse de cultures très différentes. Alors, pour rendre aujourd'hui à César ce qui lui appartient, l'idée était de faire un disque à la fois ancré dans la techno et pluriel.
L'album offre ainsi de nombreuses entrées aux gens qui ne sont pas forcément familiers des musiques électroniques.
Oui, même si ce n'était pas le but recherché. Je sais d'où je viens. Gamin, j'écoutais de la funk, du blues, du jazz, de la musique africaine, et je le fais encore aujourd'hui. Seulement à 40 ans, je ne mets plus des albums techno du matin au soir, ça me semble tout à fait normal !
Le fait d'écouter d'autres choses, de vivre différemment aussi - je suis papa, je ne passe plus cinq nuits par semaine dans les clubs comme il y a dix ans - fait que ma musique évolue. Pour moi, un album est une espèce de Polaroïd de notre vie de tous les jours et de ce qui nous entoure.
Avez-vous une méthode de travail pour composer ?
Absolument pas, je n'ai aucune logique de travail (rires) ! Souvent d'ailleurs, quand j'essaie de partir sur une idée, j'arrive complètement à l'opposé. Un morceau peut naître de n'importe quoi : un sample, un film dont une scène m'inspire, une nouvelle machine que j'achète où je découvre un son, une boucle qui me plaît...
MicFlow, Tumi et Winston Mc Anuff interviennent dans votre nouvel album. Pourquoi avez-vous fait appel à ces chanteurs ?
Tumi, c'est le résultat d'une rencontre à France Inter. On s'était retrouvé dans l'émission « Le pont des artistes » où il avait improvisé un freestyle sur un de mes instrus. Comme ça c'était vachement bien passé, je l'ai recontacté pour qu'on transforme l'essai en morceau.
Winston Mc Anuff est un artiste que je suis depuis longtemps. Son album « Paris Rockin' » est un de mes disques de reggae de chevet. Son producteur Nicolas, du label Makasound, m'a suggéré un featuring avec lui. J'ai envoyé une maquette à Winston Mc Anuff en Jamaïque, mais son premier essai ne me plaisait pas trop. Du coup, j'ai fait un second envoi où j'ai mis ma voix, en lui expliquant ce que j'attendais. Et là, ça a marché !
Et puis MicFlow, je l'ai rencontré par le biais du graphiste de l'album qui connaît bien la scène hip-hop de Marseille. J'avais envie de travailler avec un petit jeune. Beaucoup d'artistes prennent des invités connus en se disant qu'ils vont les crédibiliser auprès d'un certain public. Pas moi. Mon featuring n'a rien de « putassier » parce que beaucoup de gens ne connaissaient pas mes invités.
Qui écrit les paroles ?
Je laisse les artistes libres de ce qu'ils chantent. J'ai juste écrit les paroles de « Dealing with the man » parce que c'est moi qui les interprète. Les textes des morceaux peuvent être aussi bien en français qu'en anglais.
Que recherchez-vous avec votre musique : faire danser, rêver, surprendre ?
D'abord me surprendre et me faire rêver. Je ne pense absolument pas aux autres quand je compose. Je sais que si je faisais tout écouter à des tierces personnes, je ne sortirais jamais rien, parce que certains aiment un morceau que d'autres détestent. Les goûts de tout le monde, c'est un enfer !
Alors même si c'est toujours un casse-tête chinois de sortir un disque, je sais qu'au moins tous les morceaux que j'y mets me touchent et veulent dire quelque chose pour moi. Ils me ressemblent. Et pour me surprendre, j'essaie toujours d'éviter de me recopier.
Astropolis vous présente comme « L'icône mondiale de la scène électronique ». Qu'en pensez-vous ?
C'est lourd à porter (rires) ! Je préfère me définir comme un Dj musicien. Disons un passeur de musique un peu touche à tout.
Comment jugez-vous l'évolution de la musique électronique depuis vos débuts il y a une vingtaine d'années ?
Ce qui a énormément évolué, c'est la technologie. Aujourd'hui, on pourrait dire que les plus grands musiciens en électronique sont les développeurs de software, les gens qui sont passés derrière les ordinateurs et construisent des machines.
La musique elle-même n'a pas changé tant que ça. On se rend compte aujourd'hui que même la scène à la mode - je pourrais citer MSTRKRFT (NDLR : prononcer Master Craft), Yuksek, Justice - réinjecte dans ses créations une musique qui a une bonne vingtaine d'années en la reformant différemment. Quand j'écoute les Dj's en vogue, ils font ni plus ni moins ce qu'on écoutait dans les raves il y a vingt ans : de la new beat. La nouvelle scène allemande minimale n'est pas loin de ce qui se faisait à Detroit dans les années 80.
La musique est un éternel recommencement. Par contre, le son a énormément évolué avec les machines. Ce qu'on entend aujourd'hui aurait été infaisable il y a vingt ans.
Cette année, vous vous produisez en concert. L'année prochaine, vous repartirez en tournée comme Dj. Avez-vous une préférence entre les deux ?
C'est complètement différent, mais le sentiment est un peu pareil. Ce que j'adore en live, c'est qu'on crée tous les soirs. L'interactivité avec le public, c'est très fort. Enfin, si ça se passe bien (rires). Parce qu'un concert qui ne marche pas, où on ne peut pas vraiment changer le set, c'est l'enfer ! En tant que Dj, on est plus versatile, c'est plus facile d'aller chercher les gens différemment. Mais quand la satisfaction est au rendez-vous, c'est aussi fort dans les deux cas.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
Repères
Naissance. Le 1er février 1966 à Boulogne-Billancourt.
Discographie. Une dizaine de CD depuis le premier, « Shot in the dark » (1994). Obtient la Victoire de l’album de musique électronique dance pour « 30 » (1997). « Tales of a Kleptomaniac » (PIAS) est sorti le 11 mai 2009.
Scène. En 2009, Laurent Garnier effectue une tournée mondiale passant par une grande partie de l’Europe, les États-Unis, le Brésil, l’Australie et le Japon.
14:07 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laurent garnier









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