14.08.2009
Anaïs. "Pour l'amour du risque"
Interview parue le 14 août 2009 dans Le Télégramme
«Mon Coeur, Mon Amour» a révélé le beau tempérament de la chanteuse Anaïs il y a trois ans. Abandonnant le minimalisme qui caractérisait son «Cheap show» joué en solitaire, l'auteur-compositeur- interprète défend désormais en groupe les titres de son nouvel opus, «The Love album». Il fera «Du Bruit dans Landerneau» demain où Anaïs partage l'affiche du festival avec Tryo, Bernard Lavilliers, Ridan, Caravan Palace et Archimède.
Vous êtes plutôt petite salle ou festival ?
Bizarrement les deux. Je me sens très à l'aise devant 200 personnes et devant 4.000 aussi. Par contre, j'ai plus de mal entre les deux. Ce que j'adore dans les festivals, c'est que les gens viennent juste pour se régaler les oreilles. Ils sont hyper dynamiques. Mais pas là forcément pour vous ! Du coup, il faut aller les choper, parce que j'aime avoir un public qui répond ! On doit jouer dans un temps limité, pas besoin de gérer comme lors d'un concert de deux heures : ça donne des sets hyper péchus où on peut tout lâcher. Une grosse explosion d'énergie !
Comment êtes-vous passée de votre longue échappée en solitaire du «Cheap show» à l'expérience «Love album» en groupe ?
C'est vrai que ça change... Le «Cheap show», c'est le minimalisme à fond. Il y a un côté stand up. C'est un peu le pendant musical d'«Une journée chez ma mère» de Charlotte de Turckheim (rires). Avec le «Love album», j'ai eu envie de faire un bel album en studio, moins violent, où je pourrais partager beaucoup plus de douceur avec les gens.
Le disque ouvre sur une chanson devenue un tube, «Le premier amour». Votre amoureux concerné a-t-il apprécié votre affirmation : «c'est n'importe quoi» ?
Aujourd'hui, on est copains comme cochons ! D'ailleurs, on est même allé ensemble à Roland-Garros l'année dernière : c'est lui qui m'avait initiée au tennis. Bon, on a bien eu une petite période de froid, parce que si on n'est pas dans la passion et qu'on ne souffre pas, ce n'est pas le premier amour (rires) ! Qui est effectivement n'importe quoi.
L'autre titre de l'album qui cartonne, c'est «Peut-être une angine». Comment l'avez-vous écrit ?
C'est un assez vieux morceau. Je l'ai commencé avant même le «Cheap show». On était en pleine période Louise Attaque, avec des chansons françaises martelées sur des guitares rock. Alors moi, je me suis amusée à faire : «J'ai attrapé le mal de toi!» (NDLR : elle chante fort). Puis un enchaînement m'est venu comme ça : «Peut-être une angine ?». Voilà, après j'ai déliré là-dessus.
Pourquoi avez-vous demandé au Californien Dan the Automator de réaliser votre album ?
J'avais adoré son album «Lovage», en oubliant même que Dan the Automator était le producteur de Gorillaz ! Parce que son disque avait ce côté très sensuel et organique que je recherchais pour «The Love album». J'aime aussi sa façon de magnifier les voix féminines. Alors, j'étais aux anges quand il a accepté de travailler avec moi. Pour la couleur musicale dont j'avais envie, je lui ai donné en référence la bande originale du film de Brian de Palma, «Phantom of the Paradise». Elle mélange un petit peu tout d'une façon qui me plaît. Dan en est un grand fan lui aussi, alors on est parti sur cette base de couleurs-là.
Vous faites même des clins d'oeil au yéyé...
Ce que je peux dire, c'est que j'adore le twist, même s'il y en a eu beaucoup à l'époque qui étaient très nuls. Ceux qui sont restés sont plutôt d'humeur légère. Moi, dans la chanson «Malheureux», je me suis amusée à faire un twist triste. J'ai quand même réussi à placer dedans «traumatisme de ton enfance». Il fallait le faire, non, dans un twist (rires) ?
Vous vous lancez comme ça le défi de replacer des mots ou des formules dans vos chansons ?
Une fois, j'ai casé dans une chanson «beau comme un centurion», ce qui n'était pas facile (rires). Et dans «Qui c'est la fille sur la photo», j'ai été fière de placer «mojito». C'est dans la phrase «avant j'avais le coeur à rire et je buvais des mojitos» (rires) !
Au rayon insolite, vous interprétez dans votre nouveau disque un duo rêvé «avec Chris Isaak», aussi pratique qu'économique, puisque c'est vous qui faites les deux voix... Vous en avez d'autres en vue ?
Cela fait un moment que j'ai très envie de travailler avec Chris Isaak, mais il s'est révélé beaucoup plus compliqué d'accès que Dan the Automator. Donc, je n'ai pas réussi. Seulement, je l'avais tellement en tête pour la chanson «Si j'avais su que notre amour», que je n'ai pas pu me résoudre à faire appel à un autre chanteur. Même si la possibilité d'avoir d'autres artistes intéressants pour ce duo existait. Donc, j'ai choisi de garder la fibre Chris Isaak. Finalement, je ne trouve pas ça plus mal de faire les deux voix : ça donne un petit côté rêveur au morceau ! Sinon, non, je ne prévois pas d'autres duos avec moi-même. Ou alors peut-être en faisant Shakira (rires) ? Seulement je ne sais pas danser...
Sur scène, vous avez toujours ce rapport frais et direct avec le public. Comment protégez-vous votre spontanéité ?
Ce n'est pas si facile. Cela demande à s'échapper un peu d'un contexte où des gens auraient parfois tendance à vous «lécher», pour garder le contact avec mes vieilles relations. Ces personnes que je connais depuis des années me maintiennent en phase avec la vraie vie, tout bêtement. Mon écriture est liée à la spontanéité : l'instinct, le feeling sont importants à préserver.
Êtes-vous fâchée quand on vous qualifie de «déjantée» ?
Par rapport à des spécimens que moi je qualifierais de déjantés, j'ai l'impression d'être une personne bien tranquille ! Il y a des gens, comme Nina Hagen par exemple, qui sont nettement plus fous. Disons que moi, je n'ai pas d'ego, ce qui me permet de m'amuser beaucoup, et qui serait impossible si j'avais une image à défendre. Quand je suis arrivée aux Victoires de la Musique en espèce de Calamity Jane, je me suis dit que j'avais une chance sur deux de me casser la gueule en descendant du cheval... Mais je l'ai fait quand même, pour l'amour du risque (rires) !
Depuis vos débuts comme rockeuse au sein du groupe Opossum, dix années se sont écoulées. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
J'en suis très fière, parce que j'ai porté mon premier album toute seule à bout de bras, en faisant des rencontres petit à petit. Avec mon manager, on est parti de rien. J'ai baladé mon spectacle sur les routes de France, en trouvant moi-même les dates. Je faisais mon ingé son, j'étais la chauffeuse aussi puisque mon manager n'avait pas son permis. Ça m'arrivait de passer dix heures au volant pour aller chanter. J'ai mouillé ma chemise pour y arriver ! Auparavant, mes années passées avec Opossum possédaient toutes les caractéristiques de la vie de groupe : l'énergie, l'envie, l'amour commun de la musique avec en même temps les egos qui se télescopent... On a appris à travailler ensemble, on a fait l'expérience de la scène en écumant tous les bars de France. On dénichait nos dates nous-mêmes. Avant de se séparer, on avait quand même réussi à faire le Printemps de Bourges !
Avez-vous beaucoup tourné en Bretagne ?
Oui ! Comme je savais que c'est une région qui aime beaucoup la chanson et la musique, j'ai essayé d'y trouver des dates dès que j'ai lancé mon «Cheap show». Ça a marché et ça a vraiment fait boule de neige, grâce à la Bretagne. C'est d'ailleurs au festival Mythos de Rennes que j'ai rencontré mon manager.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
Repères
Naissance. Anaïs Croze est née le 20 août 1976 à Grenoble.
Discographie. "The cheap show" (2006), vendu à plus de 300.000 exemplaires, "The love album" (2008).
18:43 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anaïs









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