20.08.2009

Gwennyn. "En prise directe avec le coeur"

Interview parue le 20 août 2009 dans la page Musiques du Télégramme

blog-gwennyn.gifRévélée par un duo avec Alan Stivell, la chanteuse Gwennyn apporte du sang neuf à la scène bretonne. Sa pop a résonné jusqu'en Suède où elle a défendu les pays celtiques avec brio lors du dernier Festival des langues minoritaires. L'artiste, dont le brodeur Pascal Jaouen signe la tenue de scène, est la nouvelle invitée de notre série «Bretagne multisonore».


Comment vous présenteriez-vous à quelqu'un qui ne vous connaît pas ?
Je suis chanteuse, auteur-compositeur-interprète. Je suis de la presqu'île de Crozon. Je parle breton depuis que je suis toute petite et ma musique est une pop rock bretonne, avec des côtés folk.

Pourquoi ce choix de chanter en breton ?
Parce que c'est ma langue maternelle ! Je n'ai démarré le français que vers l'âge de quatre ou cinq ans. Lorsque je chante en breton, c'est un peu ma madeleine de Proust : la langue réveille les émotions les plus pures de mon enfance. Elle est en prise directe avec le coeur. Je sens aussi que les sonorités du breton épousent à merveille les mélodies que j'ai dans la tête et qui me transportent. De plus, le breton a des phonèmes très intéressants, qui le rapprochent de l'anglais, autre langue dans laquelle j'aime bien chanter. Les mots coulent de source. C'est beaucoup moins rigide que le français. Mais ce n'est pas qu'une affaire de sonorité. Le simple fait d'utiliser le breton est une affirmation de l'existence de cette langue. Et même si je ne m'inscris pas dans la tradition, j'ai le sentiment d'être le prolongement d'un milieu culturel dynamique, qui fourmille d'idées.

Votre second album, sorti en juin, s'appelle «Mammenn»/«Matrice». De quoi y parlez-vous ?
De la transmission, de la mère, puisque dans «Mammenn» on trouve Mamm, qui veut dire maman. Il y a aussi une chanson sur l'émancipation de la communauté noire aux États-Unis. La grande émotion de l'élection d'Obama a déclenché son écriture. Je l'ai appelée «We can plinn».

Patrice Marzin est le co-compositeur de vos chansons. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
J'ai écrit mon premier album «En tu all» fin 2006, essentiellement avec Yann Honoré. J'ai rencontré Patrice Marzin lorsqu'il en a assuré le mixage dans son studio de Quimper. Il a flashé sur cet univers de chansons en breton non traditionnelles. Patrice Marzin est le guitariste régulier de Gérard Manset, et il devait partir en tournée pendant six mois avec le chanteur. Coup de bol pour moi, la tournée a été annulée et je me suis retrouvée avec un guitariste-compositeur disponible pendant six mois ! Patrice m'a rejointe sur les gros festivals que je devais alors assurer : Vieilles Charrues, Kann al Loar, etc. Ils représentaient un sacré défi pour moi qui n'avais pas une grande expérience de la scène... C'est alors qu'est née l'idée du deuxième album. On a commencé à co-composer les morceaux avec Patrice dès la fin de l'été. «Mammenn» aura mis un an et demi à se faire.

Propos recueillis par Frédéric Jambon

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