27.08.2009
Pascal Lamour. "Je préfère l'être à l'avoir"
Interview parue le 27 août 2009 dans la page Musiques du Télégramme
Le musicien et producteur Pascal Lamour est le dernier invité de notre série d'été «Bretagne multisonore». Riche d'une formation classique et moderne, ce sonneur émérite maîtrise aussi l'électro. Il crée une musique onirique enracinée, flattant l'imaginaire et l'esprit de transe, comme dans son dernier opus, «Avais-je rêvé».
Comment vous présenteriez-vous à quelqu'un qui ne vous connaît pas ?
Je souscris complètement à l'appellation d'«électro-shaman» que m'a donnée un journaliste de RFI. Parce que je présente un mélange de musique électronique et de musique traditionnelle bien ancrée dans la terre bretonne. C'est peut-être la musique traditionnelle de demain...
Votre nouvel album «Avais-je rêvé» en offre une illustration pleine de magie. Cherche-t-il à ouvrir l'imaginaire de ses auditeurs ?
Voilà ! On a un imaginaire extraordinaire en Bretagne mais il peut aussi être mal compris. Parce que je me rends compte que le cinéma ou la télé tendent à imposer leurs propres images à des gens qui, lisant moins, n'auraient pas encore développé leurs visions personnelles. Alors, je souhaitais attirer l'attention sur cet élément particulier : c'est important de savoir créer ses propres rêves à partir de l'imaginaire collectif de Bretagne.
Vos morceaux ont un effet hypnotique. Recherchez-vous la transe ?
Oui, depuis plusieurs albums déjà, et sur scène également. La composition particulière de mon groupe y prédispose avec trois joueurs de caisses claires de bagad qui utilisent aussi des toms, un batteur, et Dédé Le Meut aux biniou et bombarde, à mon côté, où je chante et joue de divers instruments.
C'est une formation de scène étonnante, sans basse, sans guitare...
Je n'en connais pas d'autres comme celle-là. Je dis souvent que ce sont les caisses claires qui nous servent de guitares. Nous jouons ensemble depuis plusieurs années et même plus de vingt dans le cas de Mourad, le batteur. Cela nous a permis de trouver un son de groupe. Il illustre le côté personnel, «électro-shaman», d'une musique correspondant à mes influences artistiques, mais aussi à mes propres recherches en médecine traditionnelle par exemple.
Chantez-vous en vannetais en raison des sonorités de la langue ?
Je défends le fait que la langue bretonne soit universelle pour tous les Bretons. Mais il y a des dialectes dans toutes les régions. Le nôtre, le vannetais, a un côté très fluide. Son chuintement donne une couleur avec laquelle on peut créer facilement des rythmiques.
Quand avez-vous commencé à unir machines électroniques et musique bretonne ?
En 1986. Nous avons été précurseurs avec le groupe Arkan, au temps des rave-noz. Mais pour moi, les machines ne sont rien d'autre qu'une lutherie, un instrument aux possibilités de synthèse et de rythmiques incroyables, qui s'étudie et se travaille au même titre que les autres.
En plus de vos activités de musicien, vous avez fondé le label BNC. Que signifie ce sigle ?
«Bénéfice non commercial ». C'est une façon d'affirmer que le bénéfice de la musique ne se comptabilise pas forcément d'une manière commerciale. Le label fonctionne par coups de coeur et rencontres. Comme en période de crise du disque, le nombre de producteurs diminue, je suis de plus en plus sollicité. Il y a actuellement une douzaine d'artistes sur le label BNC. Et j'ai dû réaliser une centaine d'albums dans mon studio d'enregistrement. La dernière production est l'album de Myrdhin, «D'île en île».
N'avez-vous jamais regretté de quitter le confort de votre pharmacie pour le monde plus aléatoire de la musique ?
Non, parce qu'un revenu monétaire, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant. Je ne suis, de toute façon, pas quelqu'un qui nourrit des regrets et j'aurais été beaucoup plus malheureux de ne pas tenter l'expérience. Disons que je préfère l'être à l'avoir.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
18:27 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal lamour









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