01.10.2009
Da Silva. "La tendresse des fous"
Interview parue le 1er octobre 2009 dans la page Musiques du Télégramme
Troisième album de Manu Da Silva, «La tendresse des fous» compte onze chansons teintées de mélancolie, mais traversées d'espérance. L'orchestration riche et subtile se met au diapason de la poésie des mots. Un disque sensible, qui ne livrera tous ses secrets qu'écoute après écoute.
Après deux albums faits à la maison, vous avez élaboré «La tendresse des fous» entièrement en studio. Pourquoi ce changement de méthode ?
J'avais envie de tirer un trait sur le minimalisme en proposant un album plus orchestré. L'idée de travailler avec le grand arrangeur Joseph Racaille et les réalisateurs Bénédicte Schmitt et Dominique Blanc-Francard m'a aussi attiré. Ils ont apporté des cordes, des cuivres, une rythmique basse-batterie que je n'utilisais pas auparavant. Cela donne un album plus dynamique.
Les amateurs de l'atmosphère Da Silva ne sont pas pour autant dépaysés...
Je ne ferai jamais rien d'autre que ce que je sais faire. Même si j'avais envie de casser le moule, j'ai mon univers, avec - c'est ce que les gens me disent - une patte particulière à la guitare.
La phrase «Si la vie est terrible, les journées peuvent être si belles» est le refrain de votre chanson «Carnaval». Résume-t-elle l'esprit du disque ?
Oui, parce que si notre société est quand même assez dure, et même de plus en plus, cela reste un disque d'espoir, avec tout ce que cela implique de hasard et d'inconnu. L'album parle beaucoup de la vie. Il aborde les questions existentielles que tout le monde peut se poser : est-ce que les gens qui nous entourent seront encore là «Le jour de la défaite» ? Quelles différences y a-t-il entre les moments de tendresse et l'Amour ? Même s'il reste empreint de mélancolie, je trouve que c'est un disque moins noir que le précédent. Et ce dès le premier titre, «La route», qui est une chanson d'espérance.
L'absence est un thème récurrent de l'album. Pourquoi aller même jusqu'à lui consacrer toute une chanson, «Les inséparables» ? Ce n'est qu'en tapant mes textes pour le studio, que j'ai réalisé qu'il y avait le mot absence dans six chansons différentes ! Dans «Les inséparables», ce que je veux dire, c'est qu'il vaut mieux essayer de faire ami-ami avec ses peines, ses souffrances, pour réussir à les transformer en quelque chose de beau.
C'est aussi ce que vous dites dans la douce ritournelle «Les ricochets» : «J'ai souffert, j'ai souri». La formule n'est pas de moi. C'est ce que se tatouaient les bagnards, sur le front ou sur le cou. L'attitude correspond aussi à celle de la chanson «Carnaval». Une fanfare est un bon endroit où cacher sa peine.
L'album se termine quand même sur un morceau sombre, «La moisson». Qu'est-ce qui vous l'a inspiré ?
Je l'ai écrit pour rendre hommage à une jeune Chinoise qui s'était défenestrée à Belleville pour échapper aux CRS venus l'expulser. Mais bien sûr, je ne raconte pas l'histoire d'une manière aussi explicite. Je n'aime pas les chansons poing levé. Pas plus que celles construites autour d'une seule idée et qui perdent pour moi tout intérêt dès lors qu'on l'a comprise. Je suis quelqu'un de très compliqué qui préfère les doubles lectures et les voies détournées.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
«La tendresse des fous» de Da Silva (Tôt ou Tard)
17:47 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : manu da silva









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