25.11.2009

Sliimy. "Etre ouvert"

Interview parue le 25 novembre 2009 dans Le Télégramme

blog-sliimy.gifDandy cool de 21 ans, Sliimy colorie la bande-son de sa génération avec sa pétillante pop arc-en-ciel. Les chansons en anglais du Stéphanois à la voix haute ont trouvé leur écho sur internet des deux côtés de l'Atlantique. Sensible au buzz, la major Warner a signé «Paint your face», le premier album de l'artiste sorti au printemps. Il transportera son univers bigarré vendredi à Saint-Brieuc puis dans deux semaines à Brest.



Vous êtes souvent comparé à Prince et Mika. Ça vous plaît ?
Ce sont des gens que j'aime beaucoup, donc, c'est plutôt un compliment. Mais il ne faut pas rester coincé là-dedans et me prendre pour une copie. Je suis différent d'eux. Je n'en suis qu'à mon premier album et ça se verra avec le temps. De toute façon, la scène est le meilleur endroit pour juger un artiste.

Justement, vous allez vous produire à Saint-Brieuc et Brest. Le bachelier sections arts plastiques a-t-il monté un show riche en décors et couleurs ?
Non, c'est un spectacle assez simple. Le but est de faire découvrir ma musique. C'est ce que l'artiste dégage sur scène qui est le plus important : dans sa gestuelle, dans ce qu'il met dans ses chansons. En concert, nous sommes quatre avec mon guitariste Feed, un bassiste et un batteur. On se connaît depuis longtemps et on a travaillé un jeu ensemble. Je crois que le plus intéressant pour le public, c'est de découvrir les différences entre les versions album et scène des chansons.

Pop, rock, soul, électro, ballade : votre album «Paint your face» se nourrit avec légèreté de multiples courants. D'où vous vient votre culture musicale ?
J'ai commencé à faire du chant en chorale à partir de neuf ans environ. Dans ma chambre, j'écoutais plein d'artistes, comme Elton John, les Beatles... Je suis tombé amoureux de la musique quand j'étais petit et elle ne m'a plus lâché. Je n'ai jamais vraiment été attiré par un genre plus qu'un autre. Je suis quelqu'un de très sensible. Je ressens profondément la musique et suis toujours allé vers celle qui me touche. Ça peut être des choses dansantes, comme des choses plus tristes. Par exemple, j'écoute autant du Jimmy Scott que du Michael Jackson, du Blur ou de l'Oasis. J'ai aussi été influencé par la télé, les séries, MTV. Sans oublier les disques de mes parents qui écoutaient les Bee Gees, des groupes comme ça. Pas question d'être élitiste. Le plus important est d'être ouvert musicalement.

Le concours de chant que vous avez remporté en 2007 à Saint-Étienne en interprétant un titre d'Otis Redding a été déterminant dans votre parcours. Qu'a-t-il déclenché ?
J'ai gagné l'enregistrement d'une chanson dans un home-studio de la ville. C'est alors que j'ai rencontré Feed. Je suis arrivé avec ma première chanson, «When life», qu'on a mise sur mon site MySpace. Je me suis mis à écrire et composer à partir de ce moment-là.

«When life» a vite trouvé son public sur le net...
Exactement, grâce au bouche à oreille. J'avais choisi internet parce que le contact se crée facilement. Après, les gens parlent et font écouter ce qu'ils aiment à qui ils veulent. C'est ce qui est magique avec internet.

Votre histoire fait penser à celle de Yelle, révélée elle aussi d'abord sur la toile.
Oui, c'est une des premières artistes en France à avoir été révélée sur MySpace. Et je sais qu'elle est bretonne ! À l'étranger, il y en a beaucoup d'autres, comme Lily Allen, Kate Nash...

Pourquoi, dans vos textes, citez-vous MySpace, eBay, Facebook ?
Ils m'ont aussi influencé, comme beaucoup d'autres aujourd'hui. Ce sont des références de notre temps, je trouvais important de les citer.

Vous devez votre percée aux États-Unis à Perez Hilton. Qui est-il exactement ?
C'est un blogueur très connu, suivi par des millions de personnes. Il y a à peu près un an, il est tombé sur ma reprise de la chanson de Britney Spears «Womanizer» et l'a «postée» sur son blog. Cela m'a permis d'avoir énormément de visites. Perez Hilton m'a contacté après la sortie de mon album «Paint your face» qu'il a beaucoup aimé. Il m'a dit qu'il voulait le prendre sous son aile pour les États-Unis. Ça m'a permis de faire une tournée américaine de deux semaines. Là aussi, une belle aventure commence.

Vos mélodies sont légères, pétillantes, pleines de gaieté. Par contre, lorsqu'on traduit vos paroles de l'anglais, on découvre qu'elles sont souvent sombres. Pourquoi un tel contraste ?
C'est à mon image, je pense. Il ne faut pas se fier aux premières apparences. Mes textes traduisent ce que je suis : quelqu'un qui doute, qui n'est pas que positif. J'avais besoin de musiques joyeuses pour combattre la morosité d'où je venais. Par contre, je n'allais pas écrire que des paroles pétillantes, parce que ça n'aurait pas correspondu à ce que j'ai vécu, ça n'aurait pas été la vérité.

«Mum» est l'une des chansons bouleversantes de votre disque...
J'ai perdu ma maman quand j'avais sept ans et je ressentais le besoin d'écrire cette chanson. Elle n'est pas forcément la plus triste de l'album. C'est une sorte d'hommage. Tous les gens qui l'ont vécu savent à quel point c'est dur de perdre un proche. Seulement, c'est la vie, et voilà, il faut faire face. De mon côté, j'ai choisi la musique et j'en suis bien content. Comme je dis dans la chanson, j'espère que maman est fière de moi, tout simplement.

Un de vos autres titres est «Our generation». Pensez-vous être la voix de votre génération ?
Non, je représente un garçon de 20 ans qui fait de la musique, et qui est autant critiqué qu'aimé. Mais je suis quelqu'un qui vit avec son temps, qui va sur internet pour faire de la musique. En ça, je représente ma génération. Je ne prétends pas être à l'image de tout le monde : on est tous différents et c'est aussi ça qui est beau. J'ai envie de parler de ce qui me touche.

Dans «Magic game», vous chantez « I'm gay but I'm cool», - je suis gay mais je suis cool. Par souci de vérité ?
Le plus important, c'est d'être soi-même, tout simplement. Parfois, on se le voit reprocher parce que ça peut déranger certaines personnes qui vivraient comme une provocation, par exemple, le fait qu'on soit homosexuel. Moi, je ne vois pas en quoi ce serait une provocation. On est juste un être humain, avec ses propres qualités et ses défauts. Les gens doivent comprendre qu'il faut l'accepter. Beaucoup de personnes encore ont l'esprit fermé. Moi, je me battrai pour les aider à l'ouvrir. Pour l'avoir vécu, je me mets à la place de jeunes qui vivent ces rejets aujourd'hui. Il n'y a pas que pour sa sexualité, ça peut être aussi pour son poids, son physique, ses origines... Le problème de la «différence», c'est, qu'en fait, on ne se sent pas différent. C'est le regard des personnes qui nous jugent autrement qui nous amène à nous poser beaucoup de questions. Quand j'étais petit, ça a été dur pour moi : en maternelle, en primaire... Et c'est pour cela que j'ai écrit cet album, «Paint your face». Se peindre le visage, c'est aussi mettre un voile, se cacher. Je crois qu'il y a de petites subtilités à capter un peu partout dans mes chansons. C'est un jeu !

Propos recueillis par Frédéric Jambon

 

Repères

Naissance. Yanis Sahraoui est né le 16 septembre 1988 à Saint-Etienne d'une mère d'origine marocaine et d'un père d'origine algérienne. Le garçon longiligne se choisit le pseudo de Sliimy (slim veut dire mince en anglais) à l'âge de 14 ans. Les deux "i" sont là "pour faire sourire".

Discographie. Paint your face (2009).

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