09.12.2009

Olivia Ruiz. "J'ai besoin que ça bouge"

Interview parue le 9 décembre 2009 dans Le Télégramme

blog-ruiz.gifOlivia Ruiz avait déjà un riche passé de musicienne lorsque la première Star Academy l'a révélée au grand public.
Irréductible au formatage, la fille du sud a, depuis, enregistré des albums aussi personnels sur le fond que la forme.
En dépassant le million d'exemplaires vendus, « La femme chocolat » a installé Olivia dans le cercle réduit des chanteuses populaires.
Pas étonnant que son concert de vendredi à Plougastel affiche déjà complet.


Quel genre de spectacle réservez-vous au public breton ?
La construction du spectacle a été un beau chantier, parce que j'avais plein d'idées un peu folles !
Et surtout l'envie de remercier le public, qui m'a amenée là où je suis, en lui offrant un joli décor. C'est assez conséquent puisqu'on arrive avec trois semi-remorques, notre propre lumière et notre propre son. L'ambiance est plutôt nocturne... Mais je ne voudrais pas en dire trop.

Faites-vous de la balançoire sur scène ?
Oui, mais une balançoire un peu magique... C'est quelque chose d'excitant. Je pense qu'en rentrant dans la salle, les gens vont être transportés dans un autre monde. J'avais envie d'un vrai dépaysement.

Votre nouvel album, « Miss Météores », est le premier dont vous avez écrit toutes les paroles et musiques. Avant, vous n'osiez pas ?
Sur « La femme chocolat », j'avais quand même fait cinq titres toute seule. Cette fois, à l'inverse de ce qui se passait avant, j'ai eu envie de défendre mes propres chansons plutôt que celles reçues de certains amis.

Qu'est-ce qui vous a donné le plus de confiance : d'avoir vendu plus d'un million d'exemplaires de « La femme chocolat » ou que Juliette Gréco ait enregistré deux chansons que vous lui avez écrites ?
Les deux donnent confiance, mais pas de la même façon. Vendre un million d'albums, c'est quelque chose d'impossible à réaliser, ça reste des chiffres sur du papier. On mesure l'impact en voyant que les gens viennent au concert et que la salle est pleine, mais c'est tout. Alors que quand on reçoit un CD à la maison et que Gréco y chante une de vos chansons, pour le coup, c'est palpable. Je l'ai pris en pleine figure !

Le premier tube de votre nouvel album a été « Elle panique ». Partagez-vous les peurs du personnage de la chanson ?
Il y a du vécu là-dedans, c'est sûr ! Si elle a fini par atterrir sur le disque, c'est surtout parce que, quand je lançais des couteaux autour de moi, tout le monde me disait : mais c'est de moi dont tu parles, là ! Au bout de la troisième personne qui a fait la même remarque, je me suis dit que j'allais la garder pour l'album, parce qu'elle semblait finalement plus universelle que mes seules petites angoisses.

Qu'est-ce qui vous inspire ?
C'est varié. Par exemple, l'histoire de la chanson « Les crêpes aux champignons », c'est une femme que j'ai croisée un jour dans la rue qui me l'a inspirée. On ne s'est pas parlé. Mais elle avait une espèce de folie dans le regard qui m'est restée dans la tête. J'ai repensé plusieurs fois à elle dans la journée en me demandant ce qu'elle pouvait bien vivre pour avoir une expression aussi inquiétante et en même temps aussi passionnée. Voilà, c'est parti de ça pour prendre petit à petit la forme que la chanson a aujourd'hui.
Pour « La mam' », je me suis servie de l'exemple de l'arrêt du tabac de ma mère. J'ai pris en pleine tronche la difficulté de ce que ça représentait de cesser de fumer - une chose que je vais devoir affronter un jour, moi aussi, puisque je suis fumeuse.
J'ai créé ce personnage de jeune fille un peu cruelle qui au départ soutient sa maman parce que c'est politiquement correct et qui, au final,
égoïstement, ne pense plus qu'à la faire refumer pour avoir la paix, pour son propre petit confort.

Dans cette chanson, le refrain est en anglais. Vous vous exprimez aussi en espagnol. Qu'est-ce qui vous fait choisir une langue plutôt qu'une autre ?
Je ne réfléchis pas, ça se passe au fil de l'écriture. C'est la thématique de la chanson qui décide d'elle-même de la langue.
Côté musique, vous faites un vrai album de variétés puisque se côtoient et se mélangent rock, pop, rap, ambiances western, cordes
classiques...
Je ne m'empêche jamais d'aller creuser dans tel ou tel style pour m'amuser et servir la chanson. Et puis j'ai besoin que ça bouge, parce que je m'ennuie très vite à l'écoute d'un disque, comme dans ma vie en général. C'est pour ça que j'aime les albums de La Mano Negra et des Rita Mitsouko. Il peut y avoir un chacha suivi d'un morceau punk, enchaîné avec un tango, sans que l'ensemble manque de cohésion.

Pour créer vos chansons vous avez travaillé avec Mathias Malzieu. Est-ce difficile de collaborer avec son amoureux ?
Oh non, bien sûr que non, ça fait même gagner vachement de temps ! J'arrive avec mon petit texte et ma petite mélodie et je lui dis : « Prends ta guitare, ton ukulélé ou autre chose et accompagne-moi, trouve des accords, ici plutôt tristes, là plutôt gais... Avec une rythmique lente, avec des arpèges... » Comme il travaille en temps réel avec moi, ça me permet de lui demander de développer tel ou tel truc qui me plaît plus. Du coup, ça va super vite. Et il n'y a quand même rien de mieux que de travailler avec quelqu'un qu'on aime !

Et vous-même, contribuez-vous aux chansons de Dionysos ?
Non, pas du tout. Je lui donne mon avis comme lui me donne le sien, mais c'est juste pour apporter un regard extérieur. Quand il écrit ses romans, j'aime beaucoup le moment où je le relis à la fin d'une journée de travail et lui dis ce que je ressens. Je peux donner alors des petits conseils, mais sans mettre mon nez dans le corps du projet.
Chacun respecte l'univers de l'autre. Celui de Dionysos et le mien sont bien séparés. Et c'est bien plus enrichissant, parce que ça nous donne des choses à nous raconter !

Vous semblez aussi partager une même énergie...
C'est sûr qu'on n'est pas des calmes ni l'un ni l'autre. On est des piles électriques, on est des passionnés. Et des bosseurs. Nos vies foncent à 100 à l'heure et se rythment bien l'une à l'autre.
Dans « Belle à en crever », vous chantez : « Tu me donnes beaucoup mais ce n'est pas assez ». Vous êtes comme ça dans la vie ?
Non, là c'est une véritable chanson (rires). C'est une métaphore des passions dévorantes. J'ai l'impression que cela peut être compris de mille
façons. Avant tout, c'est une déclaration d'amour bien sûr. Sinon, c'est vrai que je suis une personne très entière.

Vous avez aussi de la gouaille. Acceptez-vous ce terme ?
Forcément, ça serait difficile à nier... C'est un truc que je ne m'explique pas mais qui transpire dans ma voix. Je ne peux ni l'enlever, ni le contrôler, ni le changer. La gouaille fait partie de moi, que je le veuille ou non !

Quel est votre meilleur souvenir de concert ?
Le meilleur concert de ma vie, en tout cas celui qui demeurera toujours un souvenir très fort, c'était aux Vieilles Charrues à Carhaix, l'été 2006. Parce que c'était inespéré pour nous d'être autant attendus ! J'ai hâte d'y revenir.
J'ai un autre beau souvenir de concert en Bretagne, cette fois au Vauban de Brest où j'avais passé un moment vraiment magique.

Propos recueillis par Frédéric Jambon

Repères

Naissance. Olivia Blanc est née le 1er janvier 1980 à Carcassonne (Aude). Ruiz est le nom de jeune fille de sa mère.
Parcours. Tremplins rock, bal, duos avec son père (le musicien-chanteur Didier Blanc) et au sein des « Amants » (chanson française)
avant d’intégrer la première Star Academy en 2001 (elle va en demi-finale).
Deux Victoires de la Musique en 2007 : artiste-interprète féminine de l’année et spectacle musical de l’année.
Discographie. « J’aime pas l’amour » (2003), « La femme chocolat » (2005), « Chocolat Show » (Live / 2007), « La chica chocolate
» (2008), « Miss Météores » (2009).

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