16.12.2009
Les Goristes. "Poil à gratter"
Interview parue le 16 décembre 2009 dans Le Télégramme
Aussi rituelle que la messe de minuit à Noël, la tournée des Goristes vient conclure l'année en beauté. Nos chansonniers bresto-brestois, - mais de portée universelle ! - vont l'effectuer «À fond la caisse». C'est le titre de leur toute nouvelle galette. Au programme, quatorze chansons et une fable pour réchauffer l'hiver.
Votre nouvel album démarre avec la chanson «À fond la caisse à la retraite». Les Goristes envisagent-ils de se retirer ?
HENRY GIROU. Non, ce n'est pas ça que ça veut dire. Seulement, comme on arrive à un âge qui tend vers la retraite, c'est peut-être notre dernier disque ! Alors il faut appuyer plutôt que freiner, et bien profiter des choses.
YVON ETIENNE. La seule retraite qu'on envisage, c'est la retraite aux flambeaux !
JACKY THOMAS. Beaucoup de gens qui avaient un autre métier profitent de la retraite pour faire de la musique. Nous, nous avons commencé bien plus tôt, pas question d'arrêter (rires).
Dans les paroles de cette chanson, il y a des rapprochements inquiétants : «l'arthrite, l'arthrose, la r'traite»...
HG. Et il aurait fallu ajouter l'ar-dèche ! Parce qu'en général, on ne touche pas grand-chose en retraite. «L'arthrite, l'arthrose», c'est parce que les raideurs se déplacent, comme dirait un camarade...
Les Goristes sortent un nouvel album original tous les deux ans. Pourquoi ce rythme, et comment l'élaborez-vous ?
FAÑCH LE MARREC. Le précédent album ayant été vendu, il faut bien en faire un autre.
CHRISTIAN DESNOS. Chacun écrit un peu dans son coin et le jour où il y a assez de chansons, si elles plaisent à tout le monde, on y va ! Les textes se font selon l'actualité et l'humeur.
PATRICK AUDOUIN. Il y a certains Goristes qu'on doit pousser à travailler. Henry, lui, il faut le freiner d'écrire des chansons parce qu'autrement, on pourrait sortir un album tous les mois !
CD. On lui cache son stylo.
HG. Ce sont des idées qui viennent comme ça. Ce dont on se rend tous bien compte, c'est que, sous de «bonnes raisons», notre société nous interdit d'être aussi libres qu'on l'était il y a 20 ou 30 ans. Pour le soit-disant bien de tout le monde, on minimise nos libertés. Nous, notre but, c'est d'être le poil à gratter, les Guignols du quartier, pour taper sur ceux qui se croient plus importants que nous et qui ne le sont pas !
CD. Et ça ne nous empêche pas de faire aussi des chansons «sérieuses».
Comme «Le 17 avril 1950, Édouard Mazé», où vous racontez le drame d'un ouvrier grèviste tué à Brest par la police ?
YE. Exactement. C'est un événement dont on va commémorer le soixantième anniversaire. J'ai pu rencontrer Pierre Cozien, un des grands blessés de ces manifestations puisqu'il y avait perdu une jambe. Six jours avant sa mort, il m'a raconté toute l'histoire dans le détail, avec des petites anecdotes qu'on a essayé de mettre dans la chanson. Un peu à la manière d'une gwerz moderne.
CD. Il y a toujours une ou deux chansons sérieuses par album des Goristes.
JEAN-PAUL FERREC. Il y a des sujets où tu n'as pas le choix. Moi, j'ai essayé de faire un truc rigolo sur l'amiante («Amiante blues», ndlr), mais je n'ai pas réussi.
HG. Mais on peut parler sérieusement aussi en rigolant !
Dans votre nouveau disque, vous évoquez aussi des menaces de disparitions. Comme celle du métier de «maître tailleur» de la Marine...
CD. On peut déplorer la perte de nombreux savoir-faire depuis qu'on a pratiquement fermé les arsenaux. Il y avait des talents incroyables à celui de Brest, et dans tous les métiers ! Y compris à l'atelier de couture de la Marine.
Votre chanson «Samedi fini le radada» déplore une autre disparition...
TOUS. Aaaahhh !!!
HG. Avant, le samedi matin, les enfants allant à l'école, on pouvait le passer tranquillement. On se mettait à jour avec maman, qui, extasiée, revenait après avec le casse-croûte... Maintenant, les enfants sont là.
JACKY BOUILLIOL. Les enfants sont vieux surtout.
HG. Et le pire, ce sont les magasins de bricolage qu'on trouve tous les cents mètres ! Comme maintenant, avec ce qu'on voit à la télé, internet et tout ça, tout le monde est censé savoir faire, faut y passer dès le samedi matin. Seulement, le gars de la pub, avec sa belle tenue, il a la visseuse, le merdier qui va dessus, tout est prêt ! Nous on prend la chignole et ça ne marche pas, y'a pas la vis, rien du tout ! Il n'y a plus que la solution d'attraper une hernie...
Il ne faudrait pas qu'elle vous empêche de danser la «Bourrée brestoise». À qui cette chanson enjouée est-elle dédiée ?
HG. Au bistro, parce que c'est un endroit de fraternité, de convivialité. On rencontre des potes, on déconne, on est de mauvaise foi : ce sont des moments qui nous font du bien. Y'a pas d'chef.
JB. On a pris l'habitude de faire une danse traditionnelle à chaque disque, même si elle n'est pas particulièrement brestoise. Avant, il y avait eu le «Sirtacuit»...
On devine dans votre nouveau répertoire, des chansons créées spécialement pour la scène. C'est bien le cas de «La gestuelle brestoise» ?
CD. C'est du pur visuel, parce que, pour être honnête, elle n'a pas grand intérêt en tant que chanson (rires).
YE. C'est son et lumière.
PA. Ce n'est pas le genre de morceau qu'un groupe peut placer dans un premier ou un deuxième album. Nous nous le permettons parce que des codes se sont installés entre notre public et nous.
Votre public est-il composé de gens de votre génération ?
JT. Pas seulement, il y a aussi des trentenaires, des plus jeunes aussi.
FML. Dans les salles de 400 places en plein hiver, on aura un public souvent plus âgé. Mais on fait aussi les grands festivals : Paimpol, Lorient, Cornouaille... Il y a alors un pourcentage de jeunes bien plus élevé.
HG. Il ne faut pas se leurrer, notre public comprend surtout des gens de notre génération. C'est d'ailleurs très bien parce que beaucoup ne savent pas télécharger (rires) ! Mais ils sont comme nous, ils se sentent toujours jeunes : la jeunesse du foie et la foi dans la jeunesse !
Votre public vous considère-t-il comme son porte-voix ?
FLM. Effectivement. Dans la rue, des gens nous demandent quand va sortir un nouvel album. Ils nous indiquent les sujets dont ils aimeraient qu'on fasse des chansons.
PA. C'est rigolo parce qu'au fil des années, on devient un peu une institution.
Quel est le programme de vos spectacles de fin d'année ?
CD. Comme à chaque fois qu'on sort un album, le spectacle est basé sur les nouvelles chansons.
JB. C'est énervant parce qu'on change de morceaux juste quand on commençait à bien connaître les anciens !
CD. Depuis le début des Goristes, on a dû composer 130 chansons originales. Alors, pour choisir les plus anciennes qui complètent le concert, on doit faire des sélections.
FML. Ce qui donne lieu à de belles engueulades !
Dans le nouveau disque, vous faites une reprise très personnelle de «Y.M.C.A.» des Village People, sous le titre «On est scié». Avez-vous concocté une animation particulière pour ce morceauen concert ?
TOUS. Secret défense !
JB. Je donne un indice : Village People / Village Picole... Après, à chacun d'imaginer !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
Repères
Albums. "La Penfeld aux Brestois" (1996), "A table" (1997), "Le Jean Rigole" (1999), "Bretagne is beauty fuel" (2001), "Sale temps pour les gros" (2004), "C' pas triste" (2005), "Kig ha farz mambo" (2007), "Joyeux Noël et bonne année" (2008), "A fond la caisse" (2009).
18:04 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : les goristes









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