06.01.2010
Fabienne Thibeault. "Peu obéissante"
Interview parue le 6 janvier 2010 dans Le Télégramme
Un mois après Lorient, «Âge tendre / La tournée des idoles» revient en Bretagne. Doubles escales vendredi à Rennes et samedi à Brest. Fabienne Thibeault est l'une des vingt stars des années 1960 à 1980 à l'affiche du grand show. Elle y reprend ses tubes de l'opéra-rock «Starmania» où elle avait créé le rôle de Marie-Jeanne. La carrière de la Québécoise a emprunté depuis des chemins de traverses, préférant l'authenticité des terroirs aux paillettes du showbiz. Rencontre avec une artiste atypique et épanouie.
Qu'est-ce qui vous a donné l'envie d'intégrer la saison 4 d'«Âge tendre » ?
L'originalité et l'intérêt du concept. Auprès des artistes, «Âge tendre » avait la réputation d'être LA grande tournée de ces dernières années. Donc, je suis allée moi-même voir le spectacle. Et j'ai été très touchée, renversée même, par la qualité de ce que j'y ai découvert : les gens qui chantent avec les artistes, le bonheur inscrit sur leurs visages... Et, surtout, les différentes générations qui s'y retrouvent. Parce que, lorsque j'entends dire qu'«Âge tendre / La tournée des idoles » ne touche qu'un public très mûr, je dois démentir, ce n'est pas vrai! Bien sûr que je vois des seniors, parce que le programme correspond à leurs souvenirs. Mais viennent aussi des petits-enfants avec leurs grands-parents, et des gens de 35/40 ans. Le spectacle touche tout le monde.
Parce qu'il n'est plus simplement ciblé sur les années soixante ?
Certainement. La capacité du concept à s'élargir est très intéressante. Michel Algay et l'équipe de production ont d'abord pris les années soixante comme coeur de cible. Cela relevait d'une totale évidence : il y avait un besoin, un manque. Ensuite, ça s'est «extensionné» - excusez-moi du terme - jusqu'aux années soixante-dix. Les trois heures trente de spectacle sont une façon de célébrer de 20 à 30 ans de culture populaire. C'est dans ces années-là que la chanson de variété est devenue le medium le plus populaire pour toucher le coeur des gens. Moi, en tant que fille du peuple, je trouve ce rôle de la chanson extrêmement important et valorisant, d'une grande dignité.
Y a-t-il une raison particulière à votre participation ?
Oui : le fait que 2009 marquait le trentième anniversaire de la création sur scène de «Starmania». Le disque de l'opéra-rock de Luc Plamondon et Michel Berger est sorti dès 1978, mais le spectacle date de l'année suivante. Dans «Âge tendre», je fais mon hommage à «Starmania» en deuxième position de la deuxième partie, tout de suite après La Bande à Basile et juste avant Christian Delagrange. Je chante «La serveuse automate», un petit medley avec «Besoin d'amour» et «Les uns contre les autres», ainsi que «Le monde est stone».
N'est-ce pas frustrant de voir votre carrière réduite au personnage de Marie-Jeanne dans «Starmania» ?
Non ! J'aurai peut-être l'occasion plus tard de chanter d'autres morceaux. Tous les artistes d'«Âge tendre» sont bien conscients qu'en un quart d'heure, on ne donne qu'un faible résumé de sa carrière. Mais personne n'est frustré. Nous sommes tous là pour chanter des tubes, pour donner au public la quintessence de ce qui symbolise notre parcours, en accord avec le concept de la production. De plus, même si elles ont trente ans, je trouve que les chansons de «Starmania» n'ont pas vieilli. Elles sont même encore plus d'actualité. La thématique qu'avaient dégagée Plamondon et Berger à l'époque était visionnaire : terrorisme, show-business, star-system, homosexualité, peur de vieillir, montée en flèche de la violence dans les banlieues, l'amour, la mort... Ils avaient senti tout cela avec beaucoup de prémonition et de sagacité.
Quels principaux temps forts retenez-vous dans votre parcours de chanteuse ?
«Starmania» demeure l'étape le plus importante. J'ai eu quelques tubes par la suite : «J'irai jamais sur ton island», et «Question de feeling» en duo avec Richard Cocciante. Je n'ai pas eu des millions de succès non plus, parce que je ne suis pas une acharnée. Je fonctionne en artisane, c'est ma mentalité. Disons que je suis participative, mais peu obéissante (rires) ! Lorsque j'ai confiance en quelqu'un, comme le régisseur d'«Âge tendre», je le considère comme mon patron et suis ses directives. Seulement je n'accepte d'ordres que de producteurs que je respecte et, au fil de mon métier, j'en ai rencontrés qui m'ont très peu inspiré ce respect. Mais comme j'aime beaucoup la scène, j'ai toujours travaillé régulièrement, en me penchant sur des choses un peu périphériques.
Quelles choses périphériques ?
Depuis une dizaine d'années, je travaille beaucoup en France avec le monde rural ou agricole. J'ai créé un label de communication et de création d'événements régionaux qui s'appelle les «Agriculturelles». En partenariat avec les offices de tourisme, des producteurs agricoles, des transformateurs et les collectivités territoriales qui les soutiennent, nous préparons des fêtes à thèmes : fête de la pomme, fête de l'élevage, fête des terroirs... J'ai déjà travaillé en Lorraine, en Poitou-Charente, en PACA. Au fil du temps, j'écris ainsi une forme de comédie musicale des terroirs que j'appelle «Notre terre», et dont chaque chanson est réalisée lors d'une fête particulière, souvent avec la participation d'artistes locaux.
Est-ce ce travail qui vous a valu votre décoration d'Officier de l'Ordre du Mérite Agricole ?
Oui : «Pour service exceptionnel rendu à l'animation du monde rural, à la communication des terroirs et la pédagogie». Avec «Les Agriculturelles», je suis une meneuse de revue rurale, la Line Renaud de mon terroir (rires) ! Parallèlement, j'ai aussi créé une école de spectacle itinérante. Je travaille alors avec des villes. Le but est que les citoyens deviennent acteurs et non plus seulement consommateurs culturels. Je vais dans une salle de répétition ou un conservatoire d'une ville. Des gens de tous âges et de tous talents s'inscrivent, seuls ou en groupes, et pendant un ou deux ans, nous montons des spectacles dans le droit fil de la vie communale. Ils seront joués dans le cadre de la fête de la musique, du téléthon, avec les scolaires ou feront l'objet d'une création au théâtre municipal.
Votre savoureux accent mis à part, quels liens conservez-vous avec votre Québec natal ?
Pour l'accent, je ne vais quand même pas scier la branche sur laquelle je suis assise (rires) ! Même si je suis installée en France depuis les années 80. Je suis d'ailleurs devenue officiellement française il y a deux ans, si bien que je possède désormais la double nationalité franco-canadienne. Je reste toutefois très attachée à mes racines et viens d'ailleurs d'achever un livre qui raconte, non pas mes mémoires de chanteuse, mais l'histoire des miens. Il s'intitule «Une famille canadienne française». J'y retrace la vie de trois générations de paysans, jusqu'à l'arrivée de ces gens à la ville au début des années cinquante. Je m'appuie sur une galerie abondante de personnages, assez remarquables malgré leur manque d'instruction, pour décrire le passage de la ruralité à l'urbanité.
Vous sentez-vous des affinités avec la Bretagne ?
La Bretagne est française, comme le Québec est canadien, ce qui ne nous empêche pas d'aimer ce que nous sommes, notre langue, et de vouloir défendre notre identité culturelle propre, tout en appréciant d'appartenir à une réalité nationale forte. Les Bretons me rappellent aussi les Québécois par leur faculté à être leaders dans de nombreux domaines. Je ne sais pas si c'est la conséquence d'avoir été un peu brimés, mais les difficultés semblent développer une meilleure aptitude au combat, un sens de l'initiative plus aigu et souvent des idées originales. Je suis aussi très consciente de l'importance de la Bretagne dans le monde agroalimentaire. Je vais régulièrement au Space, qui est un immense salon de l'élevage. Pour moi, c'est le plus important de France, supérieur au salon de l'agriculture de Paris qui est devenu une espèce de foire. Le Space a su conserver un réelle proximité avec les éleveurs et le monde professionnel que j'apprécie énormément.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
Repères
Naissance. Le 17 juin 1952 à Montréal.
Discographie. Une vingtaine d’albums sous son nom depuis « De laine et de bois » en 1976.
T h é â t r e . Débuts réussis en 2008 dans la comédie de Bruno Druart « Tout feu tout Femme ».
Site. www.fabiennethibeault.com
13:46 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fabienne thibeault









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