13.01.2010

Emilie Simon. "Aucune censure"

blog-esimon.gifInterview parue le 13 janvier 2010 dans Le Télégramme

Émilie Simon revient en France présenter les chansons de son nouvel album-studio, «The Big Machine», écrit, composé et enregistré à New York où elle a élu domicile. L'énergie de la mégapole irrigue ses compositions électro-pop, véritable feu d'artifice d'inventivité, de richesse mélodique et de charme. Brest et Rennes font partie des premières villes où s'arrête sa tournée internationale.


Que réservez-vous mardi prochain au public de La Carène de Brest ?
Le concert sera basé sur mon dernier album, «The Big Machine». Je suis accompagnée de deux musiciens que j'ai rencontrés à New York l'année dernière. Ils ont participé à l'enregistrement avec moi. Je les ai fait venir sur cette tournée pour que l'aventure continue. Ils sont à la basse et à la batterie. Moi, je suis au piano, aux machines, et bien sûr au chant.

Est-ce pour rompre avec le «Végétal» que vous avez créé votre nouveau disque dans la mégapole de New York ?
En fait, au départ, je suis partie à New York en vacances, pas spécialement dans le but d'y enregistrer un album. Je m'y suis sentie bien, j'ai eu envie de rester plus longtemps sur place. J'ai commencé à écrire de nouveaux morceaux : ils ont donné «The Big Machine».

Sans parler de votre chanson «Chinatown», quelle influence la ville a-t-elle eu sur votre musique ?
C'est difficile à mesurer. New York est une ville très pétillante où il y a beaucoup de surenchère artistique, de projets qui se montent, d'idées qui se lancent. À Brooklyn où j'habite, la scène musicale est très foisonnante, avec une électricité dans l'air spécifique. La petite planète New York a sa propre identité, sa propre énergie, des choses qui brillent : c'est quelque chose que l'on absorbe sans pouvoir l'expliquer exactement. Dès la pochette de «The Big Machine», avec son fond noir et blanc et puis toutes ces couleurs fluo en feux d'artifice, j'essaie de donner des indications sur l'énergie que je ressentais en écrivant l'album.

Dans plusieurs de vos nouveaux titres, vos lignes mélodiques et votre façon de chanter font penser à Kate Bush. Est-ce une influence que vous revendiquez ?
Je ne sais pas trop quoi répondre... J'ai grandi en l'écoutant et il y a des éléments qui sont ressortis sur cet album que je ne nie pas du tout. J'ai beaucoup d'admiration pour Kate Bush, comme pour Peter Gabriel que j'apprécie aussi depuis mon enfance. Simplement, allez savoir pourquoi les réminiscences de Kate Bush sont apparues sur «The Big Machine» plutôt, par exemple, que sur «Végétal» ? Surtout que je n'ai pas particulièrement passé ses disques ces deux dernières années... J'ai écrit l'album sans volonté de faire des clins d'oeil, mais également en ne pratiquant aucune censure. C'est venu naturellement.

Contrairement à vos habitudes, vous avez composé la trame de «The Big Machine» simplement piano-voix, avant d'habiller les morceaux d'arrangements chamarrés. Pourquoi ce changement ?
Parce que c'est bien de bousculer ses automatismes. «Végétal» était beaucoup plus écrit à la guitare. À part la basse, il n'y a pas de cordes dans «The Big Machine». On n'y trouve pas de guitare. C'est un album claviers, voilà.

Vos dernières chansons sont en anglais. Pour mieux toucher un public international?
Quand une chanson vient en français, je la garde en français, et quand elle vient en anglais, c'est pareil. Le fait d'être imprégnée de culture new-yorkaise a forcément joué. Mais je pense que l'anglais se mariait plus naturellement aux mélodies que je composais. Je me suis contentée de retranscrire ce que je ressentais sur le moment.
Autrement, dès mon premier album, je chantais déjà quelques morceaux en anglais.


Dans quels pays vos albums reçoivent-ils le meilleur accueil ?
Au Japon, mais aussi en Australie, aux États-Unis... C'est difficile à dire. Ce qui est étrange, c'est de faire parfois salle comble dans des pays où je n'étais encore jamais allée. Comme à Hong-Kong, par exemple, où je m'étais produite devant 2.300 personnes ! Avec internet, c'est très compliqué de savoir ce qui arrive réellement jusqu'aux oreilles des gens. Parce que ça ne se quantifie plus en ventes de disques. Je trouve d'ailleurs ça plutôt excitant !

Enfant, vous avez étudié le chant lyrique au Conservatoire de Montpellier. Comment avez-vous évolué jusqu'à la chanson pop électro ?
J'ai intégré le Conservatoire dès mes sept ans. On y dispense un enseignement qui peut être dur, qui est rigide, mais je suis quand même contente de l'avoir suivi. Plus tard, j'ai entrepris des études de musicologie. Pour l'électronique, je suis autodidacte. Je m'y suis intéressée parce que j'avais envie d'être indépendante dans le processus de création et qu'elle me permet de restituer aussi fidèlement que possible ce que j'ai en tête. Je me suis vite prise de passion pour les textures sonores. Je suis allée à l'Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique, ndlr) où j'ai rencontré Cyrille Brissot avec qui j'ai expérimenté un logiciel de synthèse sonore. L'électro m'a ouvert une porte en grand sur la créativité. Comme je travaille sur des sonorités d'instruments traditionnels, ce n'est pas de l'électro pure. Je trouve passionnant de voir à quel point tout peut se mélanger, comment les couleurs peuvent se combiner à l'infini !

Vos clips ludiques et oniriques sont très soignés. Quelle importance accordez-vous à l'image ?
L'élément central, c'est bien sûr la musique. Mais l'image peut donner aux gens les clés de ce qui se passe dans ma tête lorsque j'écris. Les photos, le site internet, les petites vidéos permettent d'ouvrir une porte sur ce qui se passe derrière les sons.

Le clip de votre chanson «Dreamland» montre un pays de rêve plutôt inquiétant...
Oui, à cause de son côté maison hantée où on passe à travers les murs. Mais il y a aussi un côté merveilleux. C'est un rêve-cauchemar (rires) ! Le clip de «Rainbow», par contre, n'a rien à voir. C'est la première réalisation de deux copines new-yorkaises. On a fait ça entre amies, à la maison, et je trouve le résultat super, avec tous ces décors en papier très colorés !

Vos trois premiers albums vous ont rapporté autant de Victoires de la Musique. Laquelle était la plus importante pour vous?
Elles m'ont toutes touchée parce que chacune récompensait un projet très différent, et qu'elles ont été consécutives ! La première, je n'avais même pas pensé que ça puisse m'arriver, surtout pour un premier album. La seconde concernait la musique du film «La Marche de l'empereur», un projet qui me tenait beaucoup à coeur. La Victoire du meilleur album de musiques électroniques, groove, dance pour «Végétal» m'a aussi vraiment émue.

« The Big Machine» va-t-il compléter le carré ?

Hum... Je ne pense quand même pas avoir une Victoire à chaque album toute ma vie (rires).

 

  • Propos recueillis par Frédéric Jambon

 

Repères

Naissance. Le 17 juillet 1978 à Montpellier.

Discographie. «Émilie Simon» (2003), «La Marche de l'empereur» (2005), «Végétal» (2006), «À l'Olympia» (live / 2007), «The Big Machine» (2009).

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