28.01.2010
Jacques Dutronc. Toujours le même bonheur
Parution le 28 janvier 2010 en dernière page du Télégramme
Après un très long silence, JacquesDutronc a renoué avec la scène. Le public l'attendait, manifestement ravi de pouvoir reprendre avec lui ses indémodables «Et moi, et moi et moi», «L'opportuniste», «Les cactus»... L'acteur redevenu chanteur nous a accordé un entretien, hier, dans sa loge du Liberté, à Rennes, juste avant ses concerts : Lorient ce soir (complet), Nantes vendredi (complet), Brest samedi.
Vous n'avez pas sorti de nouvel album depuis 2003, votre dernière tournée remonte à dix-sept ans, et pourtant, vous remplissez les plus grandes salles. Comment le vivez-vous?
C'est mieux que s'il fallait aller à l'abattoir et ramer! Je ne vais pas dire que ça tombe du ciel, mais, intuitivement, je sentais que ça serait comme ça, plus ou moins. Sinon, je ne serais pas allé jusqu'au bout de mes idées de rechanter. Tant mieux pour l'accueil, c'est toujours du bonheur. En plus, il me semble partagé.
Avez-vous suivi une préparation physique particulière pour affronter votre tournée-marathon?
Tout le monde m'a dit, c'est comme un sportif. C'est bien gentil, mais eux, ils ne paient pas d'impôts (rires). En fait, je ne fume plus: un cigare par semaine, et encore. Et pas d'alcool. Un verre de vin et c'est tout. Et puis, il faut que je marche. Mais ce n'est pas très pratique en voiture. Il faudrait que je prenne un TGV pour faire des allers-retours dans le train.
Comment avez-vous établi la liste des chansons?
Ça a été compliqué, parce que tout le monde s'en mêlait au début. Du coup, j'ai dit, faites-moi vos listes! Rien ne concordait, donc je me suis démerdé tout seul. Je ne sais pas si l'ordre est bon, mais pour l'instant, ça reste comme ça.
Une bonne partie des chansons que vous interprétez ont trente, quarante ans. Pourquoi n'ont-elles pas vieilli?
Elles ne se sont jamais accrochées à quoi que ce soit. Elles ont gardé leurs distances et sont toujours en bon état maintenant, sans être repassées par la tôlerie et la peinture. Si on compare avec la bagnole, les gens qui les conduisent et les piétons restent les mêmes: les gens ont les mêmes sentiments. Et il y a toujours autant d'hommes politiques bizarres.
Quelle est votre définition d'une bonne chanson?
Lorsqu'on l'écoute une fois, on a envie de la repasser encore et encore. Jusqu'à en être bourré et dire ça suffit, j'en ai marre. Mais hop, ça revient! Il y a des chansons préfabriquées où tout est fait pour séduire, mais ça, ça ne marche pas. Il faut une magie.
Maintenant, quand on dit Dutronc, les gens demandent: le père ou le fils? Ça vous fait drôle?
C'est pour Thomas que c'est drôle. C'est bien ce qu'il fait. Mais il faudrait qu'il refasse un disque: il ne peut pas travailler sur le même pendant quinze ans!
Comment trouvez-vous le public de 2010?
Je l'appelle un public de deux mille bis! Parce que quand on fait des salles, après, les organisateurs veulent absolument nous programmer pour une date supplémentaire. C'est chouette!
En 1967, vous affirmiez n'être heureux que quand vous faisiez des farces aux gens. Est-ce toujours pareil?
Non, j'ai changé heureusement. Je peux être heureux sans farces, et sans gens, et malheureux même en faisant des farces. Maintenant, les gens font tous une gueule... On a l'impression qu'ils sont tous constipés du cerveau. Alors, c'est vrai qu'il faut rigoler chaque fois que les circonstances le permettent!
À une époque, le président de la République Georges Pompidou faisait référence à vous en disant: «Comme dirait Dutronc, il y a un cactus». Imaginez-vous que NicolasSarkozy puisse aussi vous citer?
Je ne sais pas. Mais c'est vrai qu'à l'époque, Pompidou avait les sourcils du pouvoir, ça faisait plus sérieux que M.Sarkozy qui me citerait maintenant. Parce qu'il est marié avec une chanteuse... Surtout que je ne vois pas ce qu'il pourrait choisir comme chanson. «Merde in France», peut-être? Alors, la question serait: qui va faire la chorégraphie avec les balais? Je lui conseillerais de faire bien attention, de prendre des rétroviseurs, pour vérifier qu'il n'y a pas quelqu'un derrière, prêt à l'éjecter d'un coup de manche!
- Propos recueillis par Frédéric Jambon
«Joseph et la fille» bientôt au cinéma
«Le meilleur acteur» selon Spielberg
Un monde qui n'a pas eu peur de l'employer, c'est celui du cinéma. Avec une quarantaine de films à son actif, qui lui ont rapporté un César d'honneur en plus de celui obtenu pour son incarnation de VanGogh, sous la direction de Maurice Pialat, il est l'un des comédiens français les plus prolifiques. Les plus doués aussi. Dans le livre «La Bio» (au Seuil) qu'il lui consacre, Michel Leydier rapporte que Spielberg tient JacquesDutronc pour «le meilleur acteur au monde». Seul l'anglais déplorable de l'intéressé l'a empêché de le faire tourner... On le retrouvera bientôt sur grand écran, dans le deuxième long-métrage de Xavier de Choudens, «Joseph et la fille». Quel personnage JacquesDutronc y incarne-t-il? «Je ne me rappelle plus, lâche-t-il malicieusement... D'ailleurs, je ne l'ai jamais vu, le film... Bon, le début est simple. Je sors de dix-neuf ou vingt ans de prison. Et je vais droit à une planque où on allait de temps en temps, avec quelques autres voyous. Là, je tombe sur une jeune femme, que joue Hafsia Herzi. Elle est la fille d'un mec que je connaissais en tôle. Ensuite, un truc se monte avec elle...».
La date de sortie n'est pas encore programmée Interrogé sur les plaisirs comparés du cinéma et de la chanson, Jacques Dutronc balance: «L'un fait monter l'autre, juge-t-il. C'est comme des vases communicants. Mais ça fait du bien de faire un peu de musique quand même, rit-il. Pour le rapport avec les gens!».
23:36 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jacques dutronc









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