04.02.2010
Frères Morvan. Lauréats du septième Grand Prix du Disque du Télégramme
Parution le 4 février 2010 en dernière page du Télégramme
Les frères Morvan remportent la septième édition du Grand Prix du Disque du Télégramme avec leur album «Un demi-siècle de kan ha diskan». Le prix leur sera remis ce soir, à 18h30, en direct sur Tébéo.
«Puisque vous nous attribuez le Prix, on le prend de bon coeur. Nous sommes très honorés. Il nous fait comprendre qu'on a fait quelque chose de bien pour la région. Mais nous ne nous sentons ni plus grands, ni plus petits qu'avant». Ne comptez pas sur les frères Morvan pour perdre leur modestie, ni leur humour légendaires.
À respectivement 86, 78 et 75 ans, François, Henri et Yvon sont les symboles des traditions vivantes. Toutes les chansons qu'ils interprètent a cappella en breton, ils les tiennent de leur maman, Augustine. Elle-même les avait apprises de son père, Guillaume Creff, né en 1852. Dans l'album lauréat du septième Grand Prix du Disque du Télégramme, on entend avec émotion celle que les Morvan appellent toujours «la mère». La voix d'Yves, le frère aîné décédé en 1984, y résonne également.
Le titre choisi par la maison de disques Coop Breizh, «Un demi-siècle de Kan ha Diskan», n'est pas tout à fait exact. François a commencé à chanter, avec Yves, dès 1939, soit 70 ans avant la sortie du double CD. Et les 32 chansons présentées ne sont pas toutes du kan ha diskan (chant à répondre) destiné à donner la cadence aux danseurs. On y trouve aussi des gwerzioù (complaintes dramatiques) et d'autres bijoux comme ces fameux «kann a-bep eil poz» où, au lieu de reprendre ce que vient de dire son compère, l'autre interprète poursuit le chant.
Au présent et au futur
Toutes les paroles figurent sur le remarquable livret d'une soixantaine de pages, illustré de dessins et photos. Les plus anciennes chansons, comme le duo d'Henri et Augustine, datent du début des années 1960. Aux précieux collectages s'ajoutent des titres enregistrés spécialement pour l'album dans la ferme familiale de Botcol, à Saint-Nicodème (22).
Les frères y ont toujours vécu et chanté ensemble. C'est l'un des secrets de leur art, applaudi aux quatre coins de la Bretagne. Jamais au-delà. Les hommes à casquette et chemise à carreaux ont toujours refusé de chanter plus loin. «Si les gens d'ailleurs veulent nous voir, ils n'ont qu'à venir ici», rigolent-ils.
Yvon continue à sillonner la Bretagne avec Henri (François ne les suit plus), à raison d'une centaine de rendez-vous par an. Le couple de chanteurs joue aussi bien dans les festoù-noz que dans des maisons de retraite, ou sur les scènes des plus prestigieux festivals. Comme l'été dernier, où les deux frères, accompagnés par les Tambours du Bronx, ont offert un moment de magie aux 60.000 spectateurs des Vieilles Charrues de Carhaix (29). Chez les Morvan, le respect des traditions se marie très bien avec l'esprit d'ouverture.
Pour attribuer le septième Grand Prix du Disque du Télégramme, le jury, composé à égalité de représentants de lecteurs de notre journal et de professionnels, s'est réuni sous la présidence du précédent lauréat, l'Ensemble Matheus. Son délégué, Thierry Runarvot, a indiqué les critères retenus par l'orchestre: «Récompenser un album qu'on aura autant de plaisir à écouter dans vingt ans qu'aujourd'hui».
«Un demi-siècle de Kan ha Diskan» correspond parfaitement à la définition. L'héritage familial des Morvan est tellement affranchi des modes qu'il semble de toute éternité. En le transmettant, les frères offrent un trésor du passé au présent et au futur.
- Frédéric Jambon
21:05 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : frères morvan









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