24.03.2010

Christopher Wolstenholme. « Muse est toujours en progression »

Interview parue le 24 mars 2010 dans Le Télégramme

Blog-Muse2.gifEn dix ans, le trio britannique Muse s'est hissé au sommet du rock mondial. Il a vendu plus de dix millions d'albums et ses concerts remplissent les stades. Jeudi 15 juillet, il créera l'événement aux Vieilles Charrues à Carhaix.

Christopher Wolstenholme, bassiste et choriste du groupe, se réjouit de retrouver le festival breton.


 

Votre tournée mondiale ne comprend que trois dates en France : deux au Stade de France à Saint-Denis, les 11 et 12 juin, où vous jouerez à guichets fermés, et le jeudi 15 juillet au festival des Vieilles Charrues à Carhaix. Pourquoi Muse a-t-il choisi ces rendez-vous ?

Tourner dans des stades marque l'aboutissement d'un projet dont nous parlions depuis longtemps.

Il y a trois ans, déjà, nous avons joué au stade de Wembley en Angleterre, et au Parc des Princes à Paris. Cette première expérience nous a plu et nous avons eu envie de donner des concerts dans un plus grand nombre de stades, à travers l'Europe. Le Stade de France est un lieu tellement important qu'on s'est dit que ce serait vraiment bien de pouvoir s'y produire.

On a décidé de tenter le pari, mais sans certitude d'être un groupe suffisamment grand pour le gagner. Quand on a vu que les places du premier concert au Stade de France s'étaient toutes vendues en une seconde, on a mis une deuxième date en route. Ça va être tellement excitant de jouer dans un endroit pareil ! Nous sommes conscients que le succès pourrait ne pas durer éternellement, alors nous saisissons notre chance lorsqu'elle se présente (rires) !

 

Vous retrouverez le stade de Wembley en septembre ?

Oui, c'est un rendez-vous très spécial pour nous parce que c'est un endroit historique. Je sais que c'est un nouveau stade, mais c'est quand même à Wembley que l'équipe d'Angleterre a gagné la coupe du monde de football. Comme je suis un grand fan de foot, et que j'ai des tas d'excellents souvenirs de matches disputés là-bas que j'avais vus à la télé , je trouve que c'est un immense honneur de pouvoir jouer dans ce stade.

Je sais que le Stade de France est aussi un lieu historique pour les fans français de foot. Ce sera une autre expérience géniale de s'y produire !

 

Un concert dans un stade ne ressemble-t-il à aucun autre ?

C'est très différent du reste, même si ça me rappelle quand même un peu les concerts dans les festivals. Dans un stade, la pression est plus forte. Dans les festivals, en plein air, avec tellement de spectateurs, il y a un peu une ambiance de carnaval. Maintenant, on peut aussi la retrouver dans un stade. L'avantage des stades, c'est que, puisqu'il s'agit évidemment de notre propre concert, nous contrôlons mieux la situation.

Au début, je me demandais quelle allait être l'atmosphère dans les stades. Je craignais qu'elle ne soit froide. Mais je me trompais, parce qu'autant à Wembley qu'au Parc des Princes, l'ambiance a été incroyable !

Vous allez passer aux Vieilles Charrues pour la troisième fois. Le première remonte à 2000, dans la foulée de la sortie de votre premier album, « Showbiz ». La seconde date de 2004, juste après votre disque « Absolution ». Quels souvenirs en conservez-vous ?

Excellents ! Je me rappelle très bien de ces concerts. Carhaix est un très très gros festival. Pour beaucoup de gens, c'est l'équivalent français de Glastonbury en Angleterre. Il y a plein de plus petits festivals en Europe, mais Carhaix est formidable, il y a tellement de spectateurs ! Et puis la foule des Vieilles Charrues est très enthousiaste, j'ai le souvenir d'un public optimiste !

J'adore les festivals, je m'y amuse bien. C'est sûrement là qu'on donne nos concerts les plus relax. Comme il y a beaucoup d'autres groupes, la pression diminue.

Je me rappelle aussi que la première fois où nous avons joué à Carhaix, Beck était également à l'affiche. J'avais assisté à son concert. Ça avait été un super moment.

 

Comment analysez-vous la progression de Muse depuis dix ans ? Vous étiez-vous fixé pour objectif de devenir le meilleur groupe de rock du monde ?

C'est sûr que les choses ont beaucoup changé en dix ans. Quand un groupe se lance, qu'il sort son premier album, il a toujours des rêves, des ambitions : devenir la tête d'affiche de gros festivals, présenter son propre show dans des stades... Seulement, ces ambitions semblent souvent irréalistes.

Du temps de notre premier album, c'était très dur d'imaginer que notre petit groupe qui se produisait devant cent personnes ferait des concerts devant 70.000. Nous avons quand même toujours gardé dans un coin de notre tête que c'était possible, puisque des bands comme U2 et les Rolling Stones avaient atteint ce niveau.

Nous pouvions en rêver, mais nous n'envisagions absolument pas que cela puisse nous arriver. Lorsque nous étions plus jeunes, les formations dont nous allions voir les concerts se produisaient devant peut-être deux ou trois mille personnes. Et pour nous, c'était ça, un grand groupe ! Voilà le niveau que nous souhaitions atteindre.

 

Vos espérances ont été dépassées...

Oui, à l'évidence, tout est allé beaucoup plus loin que ce que nous avions jamais imaginé. Nous en sommes extrêmement reconnaissants. On ne sait pas combien de temps cela va encore durer. Mais il semble actuellement que nous gardions le bon cap. Le dernier album a très très bien marché, notre « live show » grandit sans cesse. Même l'Amérique accroche bien. Parce qu'auparavant, en terme d'intérêt pour nous, les États-Unis étaient loin derrière les autres pays et l'Europe en particulier. Désormais, on y joue aussi dans les plus grandes arènes.

Du coup, on sent que Muse est toujours en progression, ce qui est une très bonne chose au bout de dix ans ! Parce que je ne pense pas qu'il y ait tant que ça de groupes de notre âge capables de dire qu'ils continuent de monter.

 

Pour reprendre le titre d'une de vos nouvelles chansons, « Guiding light », quelle a été, selon vous, la lumière qui a guidé Muse vers le haut ?

Je crois qu'une chanson comme « Plug in baby » a changé beaucoup de choses. C'est la première qui nous a fait remarquer à une grande échelle.

Avant l'album « Origin of Symmetry », on avait un show qui marchait bien, mais sans plus. Quand on a sorti ce disque, avec « Plug in baby » comme premier single, tout un public nouveau s'est alors intéressé à notre travail. Surtout que parallèlement, nous nous développions vraiment en tant que groupe de scène. Oui, je crois que « Plug in baby » est LA chanson qui a vraiment changé la destinée de Muse, en nous poussant dans la bonne direction.

 

La jouez-vous jouez toujours en concert ?

Absolument. On joue très peu de titres du premier album, occasionnellement « Sunburn », peut-être « Unintended », très rarement « Showbiz ». Mais « Plug in baby » est une chanson qui semble vraiment hors du temps. Je ne peux pas l'imaginer devenir un jour ennuyeuse. Elle a beau avoir déjà dix ans, lorsqu'on l'interprète en concert, c'est la chanson qui rend les gens complètement « crazy ». Même aux États-Unis, alors que « Origin of Symmetry » n'y est pas sorti. Le morceau rend les Américains totalement dingues quand on le fait en live. Et j'ai l'impression qu'il produira encore le même effet dans vingt ans (rires).

 

Vous tournez dans le monde entier : les gens réagissent-ils partout de la même manière à votre musique ?

Non, pas du tout ! Rien qu'aux États-Unis, les foules réagissent très différemment selon l'état où l'on joue. En Europe, il y a des pays comme la France ou l'Espagne où les gens deviennent totalement « crazy ». Par contre, en Hollande ou en Belgique, ils sautent beaucoup moins dans tous les sens (rires). La foule y est plus sérieuse, elle vient d'abord pour écouter la musique et découvrir le show.

En Asie, peut-être parce que les bands qui viennent y jouer sont peu nombreux, les gens deviennent aussi vraiment fous pendant les concerts (rires). J'adore jouer en Asie !

 

Vous avez baptisé votre nouvel album « The Resistance ». Contre quoi appelez-vous à résister ?

Le titre évoque plusieurs choses. Il y a des passages lyriques dans l'album qui font référence à l'état actuel du monde, avec la crise bancaire par exemple. Je pense que les gens ont de multiples raisons de ne pas être très heureux de la société dans laquelle nous vivons. Ces dix dernières années, les gouvernements et les leaders ont pris de nombreuses décisions avec lesquelles la population en général n'était pas d'accord.

Des chansons comme « Uprising » abordent cette question en disant, unissons-nous et luttons ensemble contre cela. Organisons la résistance contre ce qu'on l'on veut nous imposer contre notre gré. Essayons de mener la vie que nous choisissons nous-mêmes, dès lors qu'elle permet de rester en harmonie avec les autres gens.

« Resistance » a aussi d'autres significations. La chanson qui porte ce titre invite à utiliser l'amour comme parade contre les agressions extérieures. Elle dit que lorsqu'on est amoureux, finalement, rien de ce qui peut arriver n'a vraiment d'importance.

 

À propos d'amour, dans la chanson « I belong to you », Matt chante quelques mots en français. Le morceau serait-il dédié à une Française ?

Je n'en suis pas sûr, il faudrait poser directement la question à Matt (rires). Il chante en français des extraits d'un opéra de Camille Saint-Saëns, parce qu'on trouvait que ça s'intégrait bien à notre chanson. Cela faisait longtemps qu'on avait envie d'introduire un peu de français dans un morceau.

 

« Exogenesis », qui clôt l'album « The Resistance », est une petite symphonie en trois parties. La jouez-vous sur scène avec un orchestre ?

On fait la partie 1 en concert, mais nous n'avons encore jamais joué les parties 2 et 3 sur scène. On travaille pour les interpréter dans les stades. Mais nous ne savons pas si nous ferons appel à un orchestre ou pas.

 

Les trois membres de Muse viennent de la ville de Teignmouth, dans le Devon, face à la Bretagne de l'autre côté de la Manche. Êtes-vous très attaché à votre région ?

Ah oui ! C'est là où j'ai grandi et où j'habite toujours. Je ne voudrais pas être ailleurs en Angleterre. Ma famille y vit, c'est là que mes enfants sont scolarisés : j'aime le Devon !

 

Propos recueillis par Frédéric Jambon

18:35 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : muse

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