31.03.2010
Pony Pony Run Run
Interview parue dans Le Télégramme le 31 mars 2010
Le public vient de décerner une Victoire de la Musique à Pony Pony Run Run. Morlaix (festival Panoramas), Saint-Brieuc et Quimper (Yakayalé) sont les prochaines dates bretonnes où le trio nantais va partager sa bonne humeur. Il la diffuse en enchaînant ses pétillantes chansons en anglais, emmenées par le tube «Hey you». Un régal pour les amateurs de pop ouverte et dansante. Amaël, le bassiste, a fait le point avec nous sur son groupe que les fans appellent P2R2, PPRR, ou tout simplement, les Pony.
Au début du mois, vous avez obtenu une Victoire de la Musique, dans la catégorie groupe ou artiste révélation de l'année. Comment vous étiez-vous retrouvés dans la sélection finale ?
Honnêtement, je n'en sais rien du tout. Nous avons été les premiers surpris de cette nomination, qui suffisait à nous combler. Le simple fait de pouvoir jouer un morceau, en plus avec orchestre, à la télé, équivalait déjà pour nous à une Victoire. Lorsqu'on a gagné, ça nous a sidérés. Surtout qu'il y avait en face Coeur de Pirate qui a beaucoup vendu d'albums, Grégoire, issu d'un label participatif lancé par les internautes et très présent sur les médias, ainsi que La Fouine, super représenté sur Skyrock et tout ça. On ne pensait pas une seconde rafler la mise. Si bien qu'en recevant le trophée, on était content comme des gamins !
D'autant plus que le trophée a été attribué par le public ?
Bien sûr. On doit cette histoire-là à notre petit public et à nos petits fans qui sont super actifs et super cool !
Cette Victoire a-t-elle déjà changé quelque chose ?
On ne peut pas encore le mesurer parce qu'on est en tournée depuis septembre et que ça se passe bien, avec environ 70% des salles qui sont déjà complètes. Mais c'est une forme de reconnaissance. Quand on voit que Birdy Nam Nam a aussi obtenu une Victoire, on se dit que ça bouge, qu'il y a une ouverture, que des choses s'installent dans le paysage musical français, différentes de la chanson à textes ou de la variété.
Jouez-vous de la musique depuis toujours avec votre frère Gaëtan, chanteur et guitariste de Pony Pony Run Run ?
Gaëtan est né avec des instruments dans les doigts. Je l'ai toujours vu faire de la musique. Moi, c'est venu plus tard. On a dû faire notre premier groupe ensemble lorsque Gaëtan avait douze ans et moi quinze. Plus tard, nous avons mis notre activité musicale de côté quand j'ai entraîné mon petit frère aux Beaux-Arts de Nantes. C'est là où il a rencontré Antonin. Ils ont d'abord fait un groupe avec un autre pote, auquel j'ai succédé. Je me suis mis à la basse, Antonin au synthé. Avec Gaëtan à la guitare et à la voix, on s'est très vite pris au jeu. Au bout de trois répètes, on avait déjà un morceau en ligne sur MySpace, qui nous a rapidement valu des propositions de concerts. Quinze jours plus tard, on jouait à Bordeaux, alors que nous sommes de Nantes. Et le mois suivant, on se produisait à Paris.
Ensuite, vous avez enchaîné les dates à travers l'Europe alors que vous n'aviez pas encore d'album à proposer...
On a vécu quasiment trois ans en postant régulièrement de nouvelles démos en ligne. Et grâce à internet, nous avons pu beaucoup tourner dans les réseaux indépendants. On aura fait 130 dates, de La Corogne à Varsovie ! C'étaient des «tournées-suicide», parce qu'on ne gagnait rien. Au début, on se déplaçait en voiture avec remorque. Jusqu'à ce qu'on nous la vole. Ensuite, on a pris un camion, qu'on a fini par casser sur une place de Bruxelles. C'était une existence carrément rock'n roll, où l'on vivait de rien du tout. Quand tu es sur la route comme ça, grosso modo, tu ne paies ni ta nourriture ni ton hébergement, mais tu ne reçois pas d'argent. Comme nous n'étions pas intermittents du spectacle, on faisait de temps en temps des petits boulots à côté. Personnellement, j'ai donné des cours de vidéo. Mais tout ce que nous avions, c'était pour le groupe. Heureusement que nos petites amies nous ont beaucoup soutenus. Nos parents aussi ont apporté leur pierre à l'édifice quand on était dans de grosses galères.
Quand votre situation s'est-elle améliorée?
Lorsque «Troisième Bureau» nous a proposé de travailler ensemble. Ça tombait bien parce qu'au bout de trois ans, même si on a toujours eu l'impression de franchir des étapes, on commençait à se lasser. Le label nous a donné les moyens de faire un album comme on le voulait, avec une diffusion derrière.
Pourquoi avez-vous choisi de jouer de la pop et de chanter en anglais ?
La pop n'est pas une musique sectaire. Si tu en as envie, tu peux mettre des arrangements rock, de l'électro, des rythmes de funk... Elle s'habille de nombreuses manières. Et puis la pop correspond[-------] bien à notre envie de jouer une musique positive, surtout pas dépressive. Elle colle à notre nature. Pour le choix de l'anglais, c'est simple. Avec Gaëtan, nos parents ne nous ont pas élevés à la chanson française. 95 % de notre discothèque est anglo-saxonne. Et puis l'anglais a une musicalité super pop. Le français est plus difficile à manier. [/-------]
Quelle importance accordez-vous aux textes ?
Il faudrait poser la question à Gaëtan, parce que je ne me vois pas dicter à mon frère ce qu'il va écrire. On le laisse s'exprimer sur les grands poncifs de la musique pop, à savoir des histoires d'amour simples, banales, qui se jouent à l'époque de l'adolescence et qui en fait résonnent chez tout le monde. Beaucoup de choses se jouent à cette période de la vie. C'est souvent là qu'on détermine son positionnement par rapport aux autres, à l'amitié, à l'amour. Dans ses petits textes, Gaëtan donne, selon ses humeurs, une vision sucrée ou acide des choses.
Quel âge a votre public ?
Les plus actifs, ceux qui font le plus de bruit aux concerts, ce sont les 15/25 ans, avec une grande majorité de demoiselles. Il y aussi des gens de 40, 50, 60 ans qui voient d'autres choses dans notre musique. Ils y trouvent des références aux groupes des années 70 et 80. Au total, nous avons un public assez large.
Le festival Panoramas de Morlaix, où vous jouez samedi, est à dominante électro. Vous sentez-vous bien dans cet environnement ?
On est un trio de pop, clairement , mais ça ne nous gène pas du tout de partager l'affiche avec des formations électroniques. Nous n'avons aucun problème à ouvrir ce genre de soirées. Par contre, c'est plus cohérent de nous programmer avant des groupes qui tabassent.
Vous jouerez ensuite le samedi 10 avril au Festival Yakayalé de Quimper, qui programme Iggy Pop la veille de votre passage et Archive le jour même. Qu'en pensez-vous ?
C'est énorme ! Cela prouve qu'on peut se retrouver sur des plateaux vraiment très différents. Cela nous permet d'assister à une grande variété de concerts, c'est super bien. Je suis très impatient de voir Archive sur scène.
Quels sont vos projets et vos envies pour la suite de 2010 ?
Déjà, boucler la tournée française qui s'achèvera a priori en décembre. Ensuite, l'objectif est de se développer à l'étranger avec en têtes de liste l'Angleterre, les États-Unis, l'Allemagne et le Japon. En en profitant pour découvrir la culture des différents pays. Il faudra également composer de nouveaux morceaux, qu'on intégrera progessivement dans des sets, tout en réfléchissant sereinement au deuxième album. Mais il ne se fera pas tout de suite, on est trop pris sur la route.
- Propos recueillis par Frédéric Jambon
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