05.05.2010
Marc Lavoine. «Aimer est la révolution ultime»
Interview parue le 5 mai 2010 dans Le Télégramme
Marc Lavoine est un acteur et chanteur à succès. Vannes, vendredi et Quimper, samedi, accueilleront le musicien. L'homme à la voix chaude et aux yeux revolver revisitera vingt-cinq années de chansons, emmenées par ses nouveaux tubes, «Rue des acacias» et «La semaine prochaine». Il les écrit en puisant dans ses souvenirs. Entretien avec un homme tout en sensibilité, qui fonctionne à l'affectif.
Depuis janvier, vous faites la tournée des Zénith et des grandes salles à travers la France. Comment vivez-vous ces concerts ?
C'est merveilleux : un lien s'est tissé depuis quelques années avec le public, et il ne se défait pas. Au contraire, il se resserre de plus en plus. Cela faisait longtemps que je rêvais d'une telle tournée, avec ces musiciens-là et le spectacle tel qu'on peut le proposer.
Dans quel esprit l'avez-vous bâti?
Le même que celui de l'album «Volume 10», c'est-à-dire «analogique», sans machines. J'avais une aversion, momentanée peut-être, pour tout ce qui est internet, numérique... Ça me fait l'effet d'une «mal-culture» qui nous arrive dessus, semblable à la «mal-bouffe» d'il y a une vingtaine d'années. Bien sûr, remplacer les musiciens par des machines permet d'arriver beaucoup plus vite à un résultat. Seulement, on oublie l'essentiel, qui est de faire le parcours ensemble.
Comment avez-vous élaboré le spectacle ?
On l'a construit avec les cinq musiciens en répétant beaucoup. Les chansons qui ne résistaient pas aux séances s'éliminaient d'elles-mêmes. Mon choix de musiciens a été très affectif. Leur talent prime, mais aussi la façon dont ils vivent. Faire de la musique avec des gens crée une relation vraiment particulière. J'avais absolument besoin d'une équipe à l'image du public, c'est-à-dire faite de gens attentifs, tendres, gentils. Et qu'il y ait quelque chose de vrai entre nous. Sinon, ça devient un métier et c'est beaucoup moins drôle.
Combien de chansons de votre nouvel album, «Volume 10», avez-vous gardé sur scène ?
Cinq ou six, complétées par des chansons des neuf autres albums. C'est intéressant de constater qu'en travaillant avec de très bons musiciens, on peut revisiter différentes époques, qui représentent quand même vingt-cinq ans de travail, et réussir à restituer les chansons telles qu'elles avaient été écrites.
Leur résistance au temps montre qu'elles étaient au-delà des modes...
J'ai toujours refusé d'être à la mode. J'aime l'intemporalité des choses. Ce sont les sentiments des gens et leur sincérité qui me plaisent. Je me méfie beaucoup des tendances. Je ne donne pas de consignes aux compositeurs avec lesquels j'ai pu travailler. D'ailleurs, il n'y en a pas beaucoup : quelques personnes qui font partie de ma vie. Notre travail devient un tout, et, à l'arrivée, il est difficile de dissocier Aboulker ou Lanty de Lavoine.
Vous êtes l'auteur des textes que vous interprétez. Avez-vous développé une méthode d'écriture ?
Oui, l'utilisation de la mémoire. Je pars de situations dont j'essaie de faire une sorte de synthèse en forme de slogan. Ça donne des formules comme «Les yeux revolver», «Le parking des anges», «J'ai tout oublié quand tu m'as oublié». Ces associations de mots racontent déjà une histoire. Ensuite, je tente d'en extraire le parfum, de créer des images. J'aime bien écrire des choses qui se regardent.
«Volume 10» ne parle que d'amour, même si c'est dans sa diversité : nostalgique, filial avec l'émouvante chanson «Reviens mon amour» dédiée à votre père décédé, érotique même avec «Les dunes blanches» ou le dernier titre. Parce que l'amour est un thème inépuisable?
C'est même plus qu'un thème inépuisable. Je pense que pour la plus grande partie des humains, c'est quelque chose qui nous échappe, un peu comme le lait qui déborde. L'amour est le sentiment qui nous lie les uns aux autres, celui qui construit notre histoire. Celle de l'humanité n'est faite que de ça : des gens qui en ont sorti d'autres de prison! En tournant récemment le film «Liberté» avec Tony Gatlif, je ne disposais pas de scénario et ai donc procédé à des recherches de mon côté. Je me suis alors plongé dans des livres sur la Résistance et la déportation. Dans des camps de concentration, j'ai vu les objets de torture, la haine, et des slogans écrits sur les murs. Des slogans pour la liberté, pour la dignité ! Et dans tous les courriers de déportés, femme ou homme, que j'ai lus, je n'ai trouvé que des lettres d'amour. Aussi, me suis-je dit que, finalement, le pouvoir d'aimer est la révolution ultime.
Votre rôle de Théodore dans «Liberté», où vous prenez fait et cause pour les Tsiganes contre la Gestapo et la police de Vichy, est-il l'un de ceux que vous avez préféré jouer?
J'ai la chance de ne pas avoir besoin de tourner, aussi, chaque fois que j'accepte un film, je ne le fais que par désir. À chaque fois, il y a une raison fondamentale. Le film «Fiesta», je l'ai fait parce que c'était avec Jean-Louis Trintignant, qu'il était écrit par Pierre Boutron, et qu'il s'agissait de la guerre d'Espagne. Ces trois éléments ont fait que j'ai foncé sur le projet, parce qu'il touchait à mes racines. C'est aussi le cas avec «Le coeur des hommes», où Marc Esposito m'a donné le rôle de mon père, d'une certaine manière.
Alex, du «Coeur des hommes», correspond à votre père ?
Oui, mais sans qu'il l'ait su, bien entendu. Ce que je veux dire, c'est qu'à chaque fois que je deviens acteur, il faut que je ressente une motivation qui dépasse le simple fait de tourner un film.
Depuis «Les yeux revolver» en 1985, l'image du séducteur vous colle à la peau. Est-ce léger ou pesant ?
Je ne m'encombre pas de mon image. Même si j'essaie quand même de bien me présenter, de ne pas trop grossir (rires)... Mais je trouve que l'essentiel est ailleurs. À mon domicile, je n'ai pas de photos de moi, pas mes disques d'or. Cela m'intéresse beaucoup plus d'observer mes enfants, ceux de mes amis, d'écouter ce qu'ils ont à dire plutôt que de me complaire dans ce que j'ai fait. Ma priorité, c'est aujourd'hui et ce qui se passe. Je me sens concerné par l'emploi des jeunes en banlieue. Je préfère passer du temps à travailler avec mes amis compositeurs, ou mes amis autistes, que m'interroger sur ma petite personne...
Vous êtes à l'origine du journal et de l'association «Le Papotin», oeuvrant à l'intégration des enfants autistes. Êtes-vous en relation régulière avec eux ?
Oui. Et je suis convaincu qu'on peut imprimer un sens à notre société en ouvrant les portes à ceux qui pourraient nous apporter énormément, et à côté desquels on vit sans même les regarder. La situation actuelle est une imposture de notre société, je dirais même une violence, une discrimination insupportable.
Dites-vous toujours : «Tant qu'on rêve, on reste en vie» ?
Tout à fait, je pense qu'il faut rêver le plus loin possible. Mon rêve à moi, c'est d'aller jusqu'à 100ans. On verra bien, on en reparlera dans 53 ans ! Je trouve qu'au prorata, les rêves disent plus la vérité que la réalité.
Vous chanterez vendredi à Vannes et samedi à Quimper. Vous sentez-vous des affinités avec la Bretagne ?
Beaucoup, et pas seulement parce qu'un de mes meilleurs amis habite Auray. Je suis conquis par les gens qui sont fiers de leurs racines, sans les porter comme une agression, mais au contraire, comme une liberté, un outil de tolérance et d'amour. La Bretagne est une terre extraordinaire, très spirituelle, très inspirante.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
19:08 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marc lavoine









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