26.05.2010

Stéphane Rousseau. "L'humour chirurgical"

Interview parue le 26 mai 2010 dans Le Télégramme

Trois siècles après Jean-Jacques, uBlog-Rousseau.gifn autre Rousseau, Stéphane, livre lui aussi ses «Confessions». L'humoriste québécois le fait dans le spectacle autobiographique à l'affiche pour trois soirs au casino de Pléneuf-Val-André. Entretien avec une immense star dans son pays, en passe de le devenir dans le nôtre.


Vous jouez votre nouveau spectacle, «Les Confessions de Stéphane Rousseau», à partir de ce soir au casino du Val-André. En quoi consiste-t-il ?

C'est un spectacle autobiographique. Ce qui n'est pas un gage de qualité, parce que vous pouvez vous demander si vous n'allez pas vous ennuyer (rires)... Mais rassurez-vous, la vie est emplie de multiples saveurs. Je raconte les parcelles de mon existence qui ont été marquantes, voire difficiles, tristes parfois, mais pour lesquelles j'ai trouvé un angle comique évidemment. C'est intimiste, mais spectaculaire. C'est un one man où je me raconte, où je me confesse. Je connais mieux les Français depuis le temps que je viens ici. Je crois qu'ils vont apprendre à mieux me connaître à travers lui. On apprend par exemple, qu'enfant, vous passiez vos vacances dans des camps de naturistes... Oui, on montre quelques images de nudistes dans le spectacle qui remontent aux années 70. Parce c'est à cette époque-là que mon père a décidé de devenir naturiste et, du coup, de nous entraîner dans cette folie. J'avais trois ans la première fois. J'en ai fait pendant douze ans, hiver comme été. J'étais assez costaud, alors ça ne m'empêchait pas de pratiquer du ski de fond. Pas trop longtemps quand même, et seulement les journées ensoleillées !

Était-ce facile à vivre ?

Ça créait quand même une situation assez particulière. Ma soeur ne voulait pas que cela se sache, ma mère non plus, si bien qu'on le cachait à notre voisinage. Je ne voulais pas non plus en parler à mes amis d'école parce que c'était un peu embarrassant. Ce n'était pas évident, mais en même temps, c'est aussi cool et amusant de vivre à oilpé ! Et puis, ça m'a permis de me mettre au volley-ball, que j'aime beaucoup, et qui est un peu le sport national des naturistes. Ce qui est rigolo, c'est qu'après le spectacle, des gens viennent me confesser qu'eux aussi ont pratiqué le naturisme !

Est-ce cette expérience qui vous a libéré de la pudeur, comme on a déjà pu le constater dans certains de vos sketchs avec Franck Dubosc ?

C'est sûrement de là que vient mon côté - un peu - exhibitionniste (rires). C'est vrai que pour les spectacles ou courts-métrages, nous avons fait toutes sortes de conneries avec mon ami Franck... Il n'empêche que je suis plus prude aujourd'hui que quand j'étais jeune.

Vous avez évoqué votre père. Comment vous est venue l'idée de faire rire le public avec un sujet aussi douloureux que sa mort ?

Lorsqu'on s'est retrouvé pour ses dernières heures autour de son lit, il s'est dit de drôles de choses, un peu absurdes. Il y avait le malaise, la tristesse, mais aussi, ce qui est légitime quand tout le monde est tendu, des fous rires. Tout le monde aimait mon père et se comportait un peu comme dans le film «Les invasions barbares». Je me suis retrouvé avec ma soeur, ma tante, des proches de mon père, son frère, mon beau-frère. Nous pensions que ça allait durer un certain temps, et ça a duré beaucoup plus. Il y a eu des moments cocasses. J'en parle dans le spectacle parce que c'est une façon pour moi d'exorciser ce moment-là. Tous les soirs, mon père est avec moi sur scène. En le racontant, bizarrement, ça me permet de vivre mon deuil en public et de ne pas l'oublier.

Vous imposez-vous des limites pour faire rire ?

Elles s'imposent naturellement. Je n'ai jamais donné dans la méchanceté, j'aime l'humour plutôt gentil, du quotidien. Je préfère parler des gens que j'aime plutôt que de ceux que je déteste. Peut-être faudrait-il des fois que je sois un peu plus «bad boy», mais je n'ai pas ça en moi. Enfin si, mais dans mes tatouages et la musique que je vais chanter, plutôt que dans mes propos.

Vous présentez un vrai spectacle de performer à l'américaine où vous chantez, dansez, dessinez même. Qu'est-ce qui vous a poussé à privilégier l'humour comme expression artistique ?

Je crois que cela tient à ma mère. Quand j'étais jeune, elle était très malade, alors, pour la faire rigoler, mon père et moi, on faisait des petits sketchs à la maison, on se costumait, on déconnait. Elle me trouvait tellement drôle qu'elle me disait toujours : «Toi, tu vas être notre prochain Olivier Guimond!». Ce n'est pas du tout une référence chez vous, mais chez nous, Olivier Guimond est un peu notre Coluche. Quand ma mère est décédée alors que j'avais douze ans, j'avais l'impression qu'elle avait tracé ma voie. Je ne me suis jamais posé de questions sur le fait d'être chanteur ou danseur : j'avais envie de toucher à l'humour. Même dans mes dessins, c'est lui qui ressort. Et quand je chante, c'est avec exagération. J'aime faire rire, ça me plaît vraiment, c'est ce qui me motive le plus ! Faire rire n'exclut pas la rigueur.

Est-il vrai que vous filmez chacune de vos représentations pour la visionner, dans le but d'améliorer toujours la suivante ?

Oui. Comme cette fois-ci, j'ai réalisé moi-même la mise en scène de mon spectacle, j'ai besoin de recul. Visionner est un outil indispensable pour savoir ce qui s'est passé. Parce que lorsqu'on est sur scène, on vit un moment intense, mais, des fois, on s'imagine que tout va bien, ou alors que tout va mal, et, en fait, c'est le contraire ! Derrière moi, il y a un écran led, très lumineux, qui nous amène d'un décor à l'autre avec des images choisies. J'ai aussi des éclairages de rêve réalisés par Yves Aucoin. En revoyant le spectacle, je découvre aussi le travail des techniciens. Ils sont exceptionnels, mais n'ont pas toujours nécessairement ma vision, alors parfois, je précise des trucs. Je fais remarquer, par exemple, qu'un changement d'éclairage me semblait un peu trop rapide par rapport à ce que je souhaiterais exprimer comme émotion... Avec les images derrière moi qui sont interactives, tout cela est très subtil. C'est un spectacle qui se veut assez technique, et j'essaie de rentrer pile poil au bon moment.

Rien n'est laissé au hasard ?

Non, parce qu'en humour, une respiration de trop peut tuer le gag. Alors, chaque virgule est importante. L'humour, c'est chirurgical. Le moindre petit détail, le plus petit accroc fait que le public va moins rigoler. Le timing, c'est un truc de fou, plus important que tout. Parce que même avec le meilleur des textes d'humour, si la personne n'a pas le bon timing, elle ne réussira pas à bien faire rigoler.

Le 16 juin, on vous découvrira en tant que Chris Polls dans le film de Michaël Youn, «Fatal». Qui est votre personnage ?

Chris Polls est un chanteur d'électro-pop, le rival du rappeur Fatal, que joue Michaël Youn. C'est le même, mais trempé dans une autre peinture (rires). Chris est bio et politiquement correct. Le film raconte l'ascension de cette nouvelle star tandis que Fatal vit le déclin de sa carrière... Sur le tournage, on s'est amusé comme des fous ! Je sais que, parfois, Michaël peut déranger, mais avec «Fatal», ça sera dans le bon sens. Il est un ovni dans le monde du cinéma français. Son film est très américain. C'est très rythmé, très péchu. Je crois que les gens vont bien rigoler.

Propos recueillis par Frédéric Jambon

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