23.06.2010
Donovan. "Au service de la tribu"
Interview parue le 23 juin 2010 dans Le Télégramme
«Donovan est aussi important et influent que peuvent l'être les Beatles et Bob Dylan», affirmait John Lennon en 1968. Le chanteur-guitariste écossais qui incarnait le «flower power» a poursuivi son chemin de «troubadour celtique», balisé d'une quarantaine d'albums. Samedi 7 août, son concert sera l'un des temps forts attendus du Festival du Bout du Monde de Crozon. Entretien avec un artiste majeur, ravi de venir chanter en Bretagne.
Vous allez vous produire le samedi 7 août, au Festival du Bout du Monde de Crozon. L'affiche annonce le Donovan Band. Qui vous accompagne dans ce groupe ?
Pour le festival breton, j'emmènerai un band composé d'excellents musiciens irlandais, de Dublin. Ils ont déjà joué avec Mary Black et Van Morrison. Ce sera une mouture nouvelle du Donovan Band. Ensemble, nous jouerons mes chansons populaires, ainsi que deux ou trois nouvelles.
Il y aura beaucoup de jeunes dans le public, qui n'ont pas forcément connaissance de votre extraordinaire carrière démarrée dans les années 60. Comment vous présenteriez-vous à eux ?
En fait, beaucoup de jeunes gens connaissent les chansons que j'ai pu écrire au fil des années, même s'ils n'en ont pas forcément conscience (rires). Ne serait-ce que parce qu'elles sont régulièrement utilisées dans des films, des documentaires et des pubs.
Vous avez traversé différentes périodes dans votre vie d'artiste. Quelle a été la meilleure ?
On pense toujours d'abord aux sixties, «the shining decade», la décennie brillante. Mais j'aime également beaucoup mon travail d'aujourd'hui. Mon prochain album va s'appeler «Ritual groove». On peut en découvrir dès maintenant le premier extrait, «I am the shaman», sur mon site www.donovan.ie. J'ai enregistré ce single avec un grand ami à moi, le célèbre réalisateur de films d'avant-garde, David Lynch. Maintenant, si vous me demandez ce que j'apprécie plus particulièrement dans mon travail des débuts, je répondrai l'album complet «Sunshine Superman». Il est d'ailleurs toujours disponible.
Pourquoi vous surnommait-on «The prince of flower power» dans les années 60 ?
Les sixties furent une décennie de Renaissance, où des idées bohémiennes ont surgi des clubs de jazz, de folk et de blues, en même temps que de la philosophie, de la poésie, de la littérature et des arts plastiques. Elles sont alors rentrées dans la culture populaire. On a parlé de «flower power» pour qualifier les chanteurs et les poètes qui présentaient leur travail comme une force spirituelle. The flower, la fleur, est le symbole du réveil, celle qui représente le pouvoir de la douceur et du monde spirituel venant éclairer le monde matériel. Les gens m'ont surnommé «The prince of flower power», et aussi le «cosmic king» (rires), le roi cosmique, parce que j'étais sûrement celui qui en faisais le plus dans la promotion du pouvoir spirituel et de la poésie shamanique. Avec les Beatles, dont j'étais très proche, nous avons été les plus ardents défenseurs du monde intérieur.
Les Beatles, avec lesquels vous avez vécu une expérience forte en 1968 : six semaines dans un ashram en Inde. Qu'y cherchiez-vous ?
Nous
voulions savoir si ce que disaient les livres était vrai : le livre du Bagabagita et le Diamond Sutra, qui indiquaient comment accéder au monde intérieur grâce aux mantras. Les livres conduisaient jusqu'à un yogi. Ce fut pour nous Maharishi Mahesh Yogi. Ils nous a appris les techniques. En même temps, nous avons aussi écrit beaucoup de chansons (rires) !
Lesquelles ?
Moi, j'ai fait l'album «Hurdy Gurdy Man», tandis que les Beatles concevaient «The White Album». Pendant notre séjour en Inde, j'ai aidé les Beatles à trouver une autre manière de composer, en s'inspirant des racines folk et de mes techniques de guitare. Je leur ai montré une nouvelle direction musicale. En même temps, j'ai énormément appris à leur contact.
C'est vous qui avez appris à John Lennon la technique du picking à la guitare ?
À John, et aussi à Paul et George.
Pourquoi dites-vous que vous ressentiez une relation fraternelle avec George Harrison ?
George et moi avions lu les mêmes livres, suivi la même route avec un désir commun de changer le monde, en mieux. J'ai ressenti une profonde camaraderie avec les quatre Beatles parce que nous nous ressemblions beaucoup. Nous sommes tous issus d'une grande ville de construction navale, eux Liverpool, moi Glasgow, avec, dans chacune, une forte présence irlandaise. Notre autre point de rapprochement était un talent prolifique dans l'écriture de chansons. Et nous nous ressemblons encore aujourd'hui ! Je verrai Ringo et Paul en juillet à New York à l'occasion de l'anniversaire de Ringo. Il va avoir 70 ans ! Il a l'air en pleine forme.
«Mellow Yellow» est l'une des plus belles illustrations de vos talents d'auteur-compositeur. Pourquoi cette chanson de 1966 reste-t-elle gravée dans la tête dès qu'on l'écoute ?
Eh bien, il doit y avoir une magie un peu spéciale dedans (rires) ! C'est une chanson toute simple. Je ne me rendais absolument pas compte en l'enregistrant à quel point elle deviendrait populaire. Elle semble posséder quelque chose qui touche toutes les générations. Si bien qu'elle a été reprise dans des pubs, des films et par les télés dans le monde entier. C'est une chanson fun, qui me rappelle de bons moments. Être «mellow», c'est être très cool. Je pense que les gens qui la chantent se sentent bien. Elle donne la pêche !
Vous vous présentez régulièrement comme un «celtic troubadour». Quelle part celtique y a-t-il dans vos chansons ?
Déjà les racines. À l'instar de la grecque, la culture celtique est très ancienne. La harpe est un très vieil instrument venu d'Afrique. Un instrument à cordes dont l'équivalent populaire aujourd'hui est la guitare. Ma famille est à la fois écossaise et irlandaise, je suis issu de cette tradition. À 16 ans, j'ai pris une guitare et j'ai commencé à écrire de la poésie et de la musique, comme les troubadours, les ménestrels ou les bardes.
Issue du folk, votre musique a régulièrement évolué.
La guitare acoustique et la poésie sont au coeur de ma musique. Je me considère comme un raconteur d'histoires en chansons. Pour le faire, je me suis lancé très tôt dans des expériences de fusion. À partir de 1965, j'ai réalisé des fusions avec le jazz, la world, le baroque, le celtique, le rock, la pop et le blues. Parce que je crois que la musique mondiale est en fait une seule et même musique. Du coup, je tente des expériences.
Éprouvez-vous un intérêt particulier pour la Bretagne ?
Bien sûr ! Bretons, Cornouaillais, Gallois, Irlandais et Écossais constituent une très vieille famille. Je suis vraiment content de venir jouer en Bretagne, ça fait un moment que j'en avais envie.
Pourquoi avez-vous choisi d'habiter en Irlande ?
J'aime le peuple irlandais : il est très musical et très poétique. Et la situation géographique me permet d'aller facilement en avion aux États-Unis et dans le reste de l'Europe.
Aujourd'hui, quelle est votre philosophie en tant qu'artiste et en tant qu'homme ?
Je suis un poète, et ma musique est au service de la tribu (rires) ! C'est une relation à la fois très ancienne et moderne. Des artistes comme Lily Allen au Royaume Uni ou Beck en Amérique remplissent une fonction similaire. Nous sommes là pour exprimer ce que la génération ressent sans pouvoir le dire. Dans les livres anciens chinois, on parle de la musique comme d'une force invisible qui libère les émotions obscures du coeur. Partant de là, je me décrirais volontiers comme un poète de l'art invisible (rires) !
- Propos recueillis par Frédéric Jambon
13:17 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : donovan









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