29.07.2010

Gilles Servat. "Je ressens de l'affection"

blog-servat.gifInterview parue le 29 juillet 2010 dans la page Musiques du Télégramme

Une trentaine d'albums jalonnent la route du chanteur GillesServat, poète émouvant et incisif, enraciné et universel. Il est l'invité de notre rendez-vous estival hebdomadaire : «Bretagne multisonore».


Au bout de 40 ans de carrière, comment définiriez-vous un artiste ?

 Les artistes sont des sortes d'éponges qui se remplissent de ce qui les entoure. Puis ils pressent sur ce qu'ils ont appris afin d'en livrer leur propre expression. Un peu comme le jus d'un citron. C'est cela qui m'intéresse, l'expression artistique. Par contre, je réfute le terme de carrière. Il correspond à quelqu'un qui sait ce qu'il va faire. Moi, je n'ai jamais envisagé les choses comme ça. J'ai sorti des disques, écrit des romans, fait des contes, de la peinture, de la sculpture, parce que je pensais avoir des trucs à dire. Sans jamais me demander si ça allait durer, ni ce que ça allait devenir.

 Et maintenant, envisagez-vous de donner de nouvelles orientations à votre parcours ?

 Je me sens un peu dans une période de flou, parce que, depuis que j'ai eu 65 ans le 1er février, je suis retraité administrativement. Cela procure un sentiment de relaxation, une absence de stress, puisqu'il n'y a plus le nombre de dates à faire que réclamait le statut d'intermittent. Je peux envisager autre chose qu'enchaîner les spectacles, m'offrir du temps, par exemple, pour écrire plus.

 Votre relation avec le public a-t-elle évolué ?

 Les années 2000 se sont inscrites dans la continuité des années 90, sauf qu'il n'y avait plus l'Héritage des Celtes, donc de mise en avant dans des spectacles très importants. Mais je trouve que depuis les années 2000, c'est vachement sympa ce qui se passe avec les gens. Récemment, je chantais devant le parvis de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, pour un spectacle gratuit en plus, et l'échange avec les spectateurs a été vraiment super. Je ressens de l'affection. C'est vraiment fort ! Je remercie le public de cette espèce de tendresse. Si je n'ai jamais fait de plan de carrière, c'est ce rapport que j'ai toujours recherché.

Vous allez retrouver le public samedi 7 août dans des conditions exceptionnelles, à l'Interceltique de Lorient, où l'intitulé de la soirée est «GillesServat chante 40 ans de festival». Qu'allez-vous proposer ?

 Je vais interpréter toute une série de chansons qui ont été inspirées par le Festival Interceltique, ou qui sont le résultat de rencontres que j'y ai faites. Il y aura par exemple «Les joues de Lorient», écrite avec les Triskell, une chanson que Shaun Davey m'avait commandée pour son spectacle, une qui est le fruit d'une rencontre avec un chanteur acadien, une autre en galicien que j'ai apprise avec Carlos Nuñez... Je voudrais montrer comment le Festival Interceltique a pu nourrir une inspiration, chez moi, et donc obligatoirement aussi chez les autres, et comment il a pu m'entraîner dans certaines directions.

Comme l'Irlande pour vous ?

J'ai chanté en 1971 au premier festival de Lorient qui s'appelait alors encore Fête des cornemuses. J'ai joué en première partie des Dubliners. Leur concert m'a donné un grand coup de poing dans la figure : c'était génial ! Jusqu'alors, j'étais plus inter-hexagonal, en chantant avec des Occitans ou des Basques, qu'interceltique. Le choc des Dubliners m'a conduit à aller enregistrer mon premier 33 tours à Dublin. Où j'ai fait un festival. J'ai commencé à m'intéresser à toute la matière irlandaise, puis j'ai démarré l'écriture de bouquins inspirés de cela. À Lorient, je vais chanter «The foggy dew», que j'avais eu la chance d'enregistrer pour l'album «Sur les quais de Dublin» en duo avec Ronnie Drew, chanteur des Dubliners.

 Quand sortirez-vous un album de nouvelles chansons ?

 L'année prochaine, quoi qu'il arrive. Il est grand temps ! J'ai largement la matière. Il y a notamment une chanson qui marche très bien en spectacle. Elle s'appelle «Le nain charmant». C'est un conte de fée un peu «sarcaustique». Il faudra la sortir avant qu'il s'en aille!

On vous a découvert conteur avec le spectacle «Le cochon de Mac Datho», que vous avez traduit d'un récit irlandais transcrit au Xe siècle. Allez-vous poursuivre dans cette voie ?

 Oui, je m'amuse bien avec ça. J'ai écrit plein de petites histoires dont je ferai peut-être un jour un livre. J'ai eu la chance de faire un festival du conte aux îles de la Madeleine : c'était la première fois où j'allais au Québec ! J'y étais avec Patrick Ewen. Il m'a ouvert les yeux en montrant qu'on pouvait intégrer des chansons dans le spectacle. Le conte introduit un nouveau rapport avec les gens qui me plaît aussi beaucoup. Il faudrait que j'arrive à continuer.

 Propos recueillis par Frédéric Jambon

Les commentaires sont fermés.