05.08.2010
Pierrick Pédron. "Je n'ai jamais recherché la facilité"
Interview parue le 5 août 2010 dans la page Musiques du Télégramme
Avec Pierrick Pédron, notre rendez-vous estival «Bretagne multisonore» se met au jazz. Du jazz au sommet: le saxophoniste briochin collectionne les distinctions prestigieuses. Loin de se reposer sur ses lauriers, il en profite pour explorer de nouveaux horizons.
Comment vous présenteriez-vous à quelqu'un qui ne vous connaît pas ?
D'abord comme un musicien, parce que je n'ai jamais fait que ça. Je suis né en 1969 à Saint-Brieuc et je baigne dans le milieu musical depuis mes cinq ans. Mes parents faisaient des bals dans toute la Bretagne, mes oncles jouaient, toute la famille se retrouvait sur scène. J'ai commencé le saxophone autour de mes six ans. Ma mère m'a dit que, puisque ma soeur faisait de l'accordéon, ce serait bien que je me mette à un autre instrument. À l'époque, le sax était à la mode, très présent dans les tubes de variété, la pub...
Vous souvenez-vous de votre premier contact avec le saxophone ?
Je trouvais ça rigolo de souffler dans un tube et de pouvoir faire de la musique avec. J'ai pris des cours à Hillion avec un professeur, qui, dans les années 50, avait été notamment accordéoniste de Bourvil. Il m'a vite donné envie d'exercer le métier de musicien.
Comment vous êtes-vous orienté vers le jazz ?
On n'en écoutait pas à la maison où c'était plutôt musiques bretonne et populaire. Ado, j'ai joué de la guitare électrique dans plusieurs groupes de rock. Ma soeur écoutait les grands groupes anglais des années 70, ça m'a aussi beaucoup influencé. Mon professeur d'Hillion a demandé à ma mère de m'acheter le disque d'un saxophoniste de jazz. On a choisi un 33 tours de Charlie Parker. Je me souviens très bien de la première écoute : c'était un désastre, je n'aimais pas du tout (rires) ! Je n'étais tout simplement pas encore prêt à écouter ça. Cela a évidemment bien changé parce qu'ensuite, j'ai relevé la majorité de ses solos. Je suis passionné par la musique et le personnage de Charlie Parker. C'est venu petit à petit.
En 2006, l'Académie du jazz vous a élu meilleur jazzman français, et a désigné votre disque «Deep in a dream» meilleur album jazz de l'année. Comment en êtes-vous arrivé là ?
Ado, je faisais beaucoup de bal, avec un batteur plus âgé que moi qui revenait le week-end et suivait pendant la semaine les cours du CIM (école du jazz et des musiques actuelles, ndlr) à Paris et m'en parlait avec beaucoup d'enthousiasme. Ça m'a tenté. À 18 ans, mes parents m'ont inscrit pour trois ans au CIM. Ensuite, j'ai fait beaucoup de rencontres, donné énormément de concerts, et fait des choix esthétiques dont celui de ne pas forcément rechercher la facilité. À une certaine époque, je faisais des riffs de cuivres dans des groupes de rythm'n blues. Ça m'a lassé parce que j'avais surtout envie de m'exprimer à travers mon instrument. J'ai souhaité aller plus en profondeur, comprendre d'où venait le jazz. Je suis parti à New York le découvrir. Et travailler sans cesse l'instrument.
Quelle est l'histoire de «Deep in a dream» ?
J'avais déjà enregistré deux albums, «Cherokee», comme carte de visite, et «Classical faces», grâce à Yann Martin qui dirige le label Plus Loin à Rennes. On voulait un troisième album un peu différent. Yann m'a envoyé à New York où j'ai pu enregistrer des standards et des compos avec des musiciens extraordinaires : Miller, Bramerie et Nash.
Cet album de jazz main-stream a fait l'unanimité de la critique. Ce qui ne vous a pas empêché avec le suivant, «Omry», d'explorer des climats très différents...
C'était un vieux fantasme. Malgré tout le respect que j'ai pour les standards, j'ai eu envie d'utiliser d'autres influences, notamment rock, en ajoutant un guitariste avec un son particulier, des orchestrations... Je ne voulais pas faire un disque de jazz-rock avec les connotations des années 80, mais quelque chose de différent. D'ailleurs, je prépare un «Omry 2» dans un projet «surdimensionné» (rires), avec beaucoup de musiciens : fanfare, choeurs, tout un mélange acoustique lié à une grosse production électrique. Ce sera toujours du jazz ? Mon discours vient du jazz, et j'ai tellement travaillé cette musique-là que, quel que soit le contexte, le son du sax ne change pas. Il reste le même et le bonhomme aussi.
Qu'allez-vous jouer vendredi 13 à Langourla ?
Des standards et des compos en quartet acoustique, plus dans l'esprit de «Deep in a dream». Le répertoire qu'on jouera sera celui d'un autre album à venir, que j'enregistrerai en octobre.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
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