19.08.2010
Marthe Vassallo. "Un peu touche-àtout"
Interview parue le 19 août 2010 dans la page Musiques du Télégramme
Marthe Vassallo, la trentaine épanouie, est l'une des grandes voix traditionnelles bretonnes de sa génération. Elle se frotte à d'autres styles avec un égal bonheur. La Trégorroise est la nouvelle invitée de notre série estivale hebdomadaire «Bretagne multisonore».
Comment vous présenteriez-vous à quelqu'un qui ne vous connaît pas ?
Comme une chanteuse, un peu touche-à-tout, en précisant quand même que j'essaie de creuser les domaines auxquels je touche aussi profondément que possible. L'autre définition pourrait être de dire que je suis une chanteuse traditionnelle, qui a aussi suivi une formation classique et technique. Je tire profit des deux versants, même si c'est pour aller souvent dans d'autres directions encore.
Ce soir, vous animez un fest-noz avec Loened Fall. Les jours suivants, vous chanterez a cappella avec Annie Ebrel et Nolùen Le Buhé, et donnerez un concert avec le trio Empreintes. Est-ce que ce sont trois manières différentes de célébrer les traditions bretonnes ?
On peut dire ça. Le résultat à l'écoute est très différent, mais la façon dont on aborde cette musique reste finalement la même. Il s'agit d'aimer le détail, tout en cherchant à aller à l'essentiel, et en demeurant très attaché au caractère mélodique de cette musique.
Avec Loened Fall, c'est la récréation ?
Excepté le chant en couple avec Ronan Gueblez, Loened Fall est le projet musical le plus ancien de ma vie. Avec ce groupe, on fait exclusivement du fest-noz. Y chanter, c'est comme rentrer à la maison (rires). Il y a un trait commun entre le fest-noz et les autres projets auxquels je participe : c'est direct ! Pas besoin de simagrées, on n'essaie pas d'en mettre plein la vue aux gens avec des fumigènes ou d'autres artifices. La musique bretonne est assez forte, sa santé et sa beauté sont suffisantes, pour qu'elle raconte elle-même ce qu'elle a à dire, sans avoir besoin d'utiliser des surligneurs ou des couches de maquillage.
Chantez-vous encore dans les choeurs de l'opéra de Rennes ?
Non, parce qu'on ne peut pas tout faire dans une semaine... Par contre, je suis toujours membre de l'ensemble vocal Mélisme(s), que dirige Gildas Pungier. Pour de stupides questions de planning, je lui fais faux bond cet été, mais on va recommencer à travailler ensemble à l'automne. L'art lyrique me procure toujours un très grand bonheur. Seulement, plus on avance dans sa vie de musicien, plus on ressent le besoin de beaucoup travailler. Et à un moment, il devient impossible d'approfondir deux mondes avec la même intensité et la même exigence. C'est pour cela que je n'ai jamais cherché à devenir soliste d'opéra. Et que les cantatrices ne chantent pas la gavotte...
Dans votre spectacle «La chanteuse, l'infini et la clé à molette», vous passez «de Rossini à Tom Waits via le centre-Bretagne et l'improvisation», comme vous dites. Est-ce le catalogue chanté de vos passions ?
Oui, mais ce n'est pas l'essentiel. Ce spectacle en duo avec la pianiste Lydia Domancich traite de l'apprentissage, à travers celui d'une chanteuse, qui se trouve être moi. Dans ce contexte, ça a du sens de passer de Rossini à Tom Waits pour éclaircir tel ou tel point. Il s'agit d'un spectacle mi-parlé mi-chanté, dont la suite s'appellera «Chansonologie». L'objectif n'est pas pédagogique. Il y a beaucoup d'interaction avec le public et le but du jeu, c'est que les gens sortent de là avec la banane !
Est-ce l'une de vos constantes de prendre les choses plutôt du côté du rire ?
Quand j'interprète une chanson dramatique, je ne vois pas la nécessité d'être tragique à côté ! Ce qui me plaît beaucoup, c'est que c'est une approche répandue en Bretagne, où on mélange intimement la fête et la mélancolie, la rigolade et justement le tragique. On est au bar, on s'amuse comme des fous, on pleure de rire. Quelqu'un va alors chanter sa sombre histoire de meurtre ou de noyade. Tout le monde va regarder son verre, soupirer, se dire qu'on est bien peu de chose... La chanson se termine, on applaudit, et, hop, la fête repart !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
www.marthevassallo.com
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