04.04.2001
Dider Squiban. L'ultime volet d'une trilogie maritime
Page Rencontre parue le 4 avril 2001 dans Le Mag'
Didier Squiban. L'ultime volet d'une trilogie maritime
En sortant l'album de piano solo "Rozbras", après "Molène" et "Porz Gwenn", Didier Squiban vient de livrer le dernier volet d'un trilogie unique. Ses morceaux inspirés par la Bretagne sont le support des improvisations dont il régale le public de ses concerts.
Douze images d’une Bretagne maritime reflétant les chants et danses de ses terres, filtrées par un sens aigu de l’improvisation jazz et une sensibilité nourrie de musique classique romantique : ces éléments se fondent dans " Rozbras ", le nouvel album de piano solo de Didier Squiban.
Avec lui, il boucle une trilogie magique. " Molène " l’a entamée en 1997. " Porz Gwenn " l’a prolongée deux ans plus tard. Fin 2001, les plus patients pourront retrouver les trois disques réunis dans un même coffret.
De mains de maître
Rendre hommage à la beauté des thèmes de la musique traditionnelle bretonne en les abordant au piano solo : l’entreprise était hardie. Didier Squiban l’a menée de mains de maître, parvenant à fédérer un très large public autour d’une œuvre brillante, inventive, offrant aux auditeurs des émotions neuves.
Son riche passé de jazzman, sa maîtrise du répertoire classique (il est agrégé de musicologie), son parcours en duo et loin d’être terminé avec Yann-Fanch Kemener, référence en matière de chant traditionnel breton, transparaissent à travers les dernières pièces de Didier Squiban. Sur ces bases, il improvise dans l’esprit d’un Bill Evans ou d’un Keith Jarrett.
Scores rarissimes
Les ventes extraordinaires de ses deux albums précédents confortent la justesse de ses choix. 50.000 exemplaires pour " Molène ", plus de 40.000 pour " Porz Gwenn ", ces scores rarissimes dans des registres loin du rock et de la variété dépassent toutes les espérances.
Les étrangers se sont aussi laissé séduire par la griffe bretonne de Didier Squiban. Il a d’ailleurs commencé sa tournée de concerts consécutive à la sortie de " Rozbras " en Allemagne où son jeu est très apprécié.
Symphonie Bretagne
L’Hexagone n’est pas oublié. Il se produira bientôt à Brest et Saint-Brieuc dans la foulée de récitals donnés du nord au sud du pays et suivis de trois dates à l’Européen à Paris. Quant à son agenda estival, en plus d’une grande tournée outre-Rhin, il comprend une escapade à Montréal. Entre autres dates bretonnes, le pianiste sera aussi cet été à l’affiche de Festival Interceltique de Lorient.
Bref, cette année s’annonce aussi dense que l’an 2000 au cours duquel Didier Squiban a été hyper-actif. En plus d’enregistrer " Rozbras ", il a sorti deux albums : le live " Concert – Lorient " au piano solo, ainsi que la " Symphonie Bretagne ". L’élaboration, avec la complicité de Pierre-Yves Moign, de cette œuvre majestueuse mobilisant 80 musiciens a été vécue comme une " super aventure " par Didier Squiban. Lui la qualifie de " symphonie concertante ". Les quelques représentations qui en ont été données ont ravi des milliers de spectateurs dans les grandes villes bretonnes. Par contre, pas question pour Didier Squiban de satisfaire une commande de concerto pour piano et orchestre à cause d’une date-butoir trop rapprochée. " Si je le fais, je vais mourir ! ", condesse en riant l’artiste surbooké.
Reste la possibilité aux pianistes de jouer des retranscriptions de ses improvisations. " Molène " a déjà été édité en partitions, et celles de " Porz Gwenn " devraient être dès maintenant disponibles. Avec des conséquences inattendues. Une concertiste hongroise de renommée internationale a demandé à Didier Squiban l’autorisation de reprendre des pièces de " Molène " dans ses programmes pour les jouer au côté d’œuvres de Bartok et d’autres pièces-phare du répertoire classique.
Frédéric Jambon
"Trois reportages sur autant d'endroits du Finistère"
Didier Squiban nous a récemment accordé un entretien au Vauban de Brest, où il se produira jeudi et vendredi prochains.
Votre tournée consécutive à la sortie de "Rozbras" a démarré en Allemagne. Quels souvenirs marquants en conservez-vous ?
Je garde un grand souvenir de toute la tournée mais plus particulièrement d'un concert donné à Hambourg. Je jouais dans une église, genre plutôt cathédrale, de 600 places et... on avait dû refuser du monde ! Je n'avais jamais vu une telle passion : tout le monde debout à la fin, quatre rappels, des gerbes de fleurs, la folie, quoi ! Le lendemain à Berlin, c'était également impressionnant, mais là, il ne s'agissait que d'une église de 300 places.
Les Allemands connaissent-ils votre répertoire ?
Peut-être pas le répertoire, mais le style, oui, pour 50% du public. Les autres venaient découvrir. Rien qu'en Allemagne, près de 10.000 exemplaires de l'album "Porz Gwenn" ont été vendus. Et selon les normes de là-bas, dans le secteur jazz où le disque est classé, cela correspond à un disque d'or.
"Rozbras" est présenté comme de dernier volet d'une trilogie. Vous avez envie de passer à autre chose ?
Ce qui est sûr, c'est que dans la trilogie, il n'y aura pas de quatrième album (rires). Ca ne veut pas dire que j'abandonne le piano solo, au contraire. Mais ce sera dans un autre contexte, pas forcément breton, de compositions peut-être.
Ce que nous voulions dans le concept de la trilogie, avec le producteur Gilles Lozac'hmeur et Michel Thersiquel, dont les photos d'art ornent les livrets, c'étit présenter trois "reportages" sur autant d'endroits du Finistère. Les lieux choisis correspondent à des espaces auxquels je suis très attaché. Molène est une île dont la famille Squiban est originaire. C'est aussi un endroit où j'ai un piano, un lieu de vie. Porz Gwenn, dans la presqu'île de Plougastel-Daoulas, c'est le pays de ma mère. Et c'est là où j'habite : j'y ai mon piano, ma maison. Enfin, Rozbras est un abri maritime sur l'Aven où il n'y a que trois chaumières : une est la maison de Gilles Lozac'hmeur, l'autre sert de bureau, et l'autre encore de studio d'enregistrement, avec un piano. Les traits d'union entre ces trois univers sont la mer et l'affectif, famille ou amitié.
Avec "Rozbras", le répertoire que vous interprétez est découpé en "Images" numérotées de 1 à 12. A quoi correspondent-elles ?
C'est Debussy qui m'a inspiré ce nom d'"Images". Il a composé une oeuvre que j'adore : "Trois images pour orchestre". Je me suis dit que si "Images pour orchestre" existait, ce n'était pas le cas d'"Images pour piano"... Hop, après les "suites" de "Molène" et les "variations" de "Porz Gwenn", j'avais trouvé l'intitulé générique des morceaux de "Rozbras" ! La notion d'image correspond bien à des pièces de piano improvisées. Elle est ouverte : ce sont aussi bien des préludes que des ballades, des gwerz ou des danses... On peut les voir de différentes manières.
Avec toujours des inserts traditionnels bretons.
Oui, sur les douze images, il doit y avoir dix thèmes traditionnels. Des gens me disent que je m'éloigne de plus en plus de la musique traditionnelle. C'est vrai dans le jeu, mais la base demeure très importante.
Pourquoi "Rozbras" ouvre-t-il sur un thème du pays de Redon traité en blues ?
C'est le thème d'une chanson du pays Gallo que j'ai découverte dans un bistrot à Loperhet, interprétée par les 4 Jean. Comme je trouvais qu'il y avait des consonnances blues à l'intérieur, je l'ai traitée de cette manière. Dans le disque, il y a aussi un thème du Pays Pourlet que j'ai appris en le jouant en duo avec un sonneur de cornemuse, un hommage à Glenmor dont je reprends l'une des mélodies les plus célèbres, celle de son hymne révolutionnaire, et, autre hymne, le "Bro Goz Ma Zadoù". Je l'avais travaillé pour le jouer avec Alan Stivell à Rennes à l'occasion d'un concert qui devait être donné au profit de la reconstruction du Parlement de Bretagne. Seulement, le concert a été annulé à cause de la pluie, et nous n'avons jamais pu le jouer ensemble.
Je crois que ce qui différencie "Rozbras" des autres albums de la trilogie, et de "Molène" en particulier où tous les tradtionnels que je jouais appartenaient au répertoire vannetais de Yann-Fanch Kemener, ce sont des emprunts à des terroirs de toute la Bretagne : Redon, Vannes, le Léon... J'y reprends par exemple une gavotte du bas-Léon que je traite un peu dans le style des partitas de Bach.
Vous allez donner deux concerts au Vauban de Brest, une salle que vous connaissez bien. Est-ce qu'il s'agit de rendez-vous différents des autres ?
C'est vrai que j'ai enregistré deux albums dans cette salle : "Jazz à Vauban", et un disque avec "Sirius", l'orchestre de jazz de Bretagne. J'y ai aussi joué en solo pour la sortie des deux albums précédents. Pour beaucoup d'artistes bretons, le Vauban est un point de départ, puis un lieu de passage que l'on aime bien retrouver.
Il y a un autre rendez-vous qui m'est cher : c'est la tournée des chapelles que j'effectue chaque été en Bretagne. Pas de sono, un public varié, le plaisir de jouer en acoustique... J'apprécie beaucoup cette dizaine de dates.
Propos recueillis par F.J.
Repères
Discographie. Jazz : "Tendances" (1990), "Jazz à Vauban" (94) + deux albums avec le big band Sirius : "L'or de l'île de Carn" (92) et "Bangor" (95). Divers : "Océanopolis / l'Odyssée de la mer" (92), "La valse des Orvilliers" avec l'accordéoniste Alain Trévarin (93), "Penn Ar Bed" (96), "Symphonie Bretagne" (2000). Avec Yann-Fanch Kemener : "Enez Eusa" (95), "Ile-Exil" (96), "Kimiad" (98). Piano solo : "Molène" (97), "Porz Gwenn" (99), "Concert Lorient" (2000), "Rozbras" (2001). Didier Squiban apparaît également sur un album de "L'Héritage des Celtes", sur des opus de Manu Lann Huel...
21:20 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : didier squiban, rozbras, molène, porz gwenn, piano solo, musique bretonne, jazz, classique, trilogie









Commentaires
Un bel article complet. Merci pour toutes ces infos !
Écrit par : Cours de musique | 02.11.2011
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