Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de chanter Dracula, Barbe Bleue, squelette, loup-garou déterrant sa vie de garçon, fantômes et autre balafré ?
C'est parti de «Dracula», la chanson que j'ai mise en tête du disque, parce que c'est la première que j'ai écrite pour celui-ci. Je souhaitais me démarquer du précédent album, un peu folklorique, en développant un climat plus romantique, élaboré et élégant, avec des chansons plus mélodieuses et harmonieuses, habillées de cordes, de piano, de flûtes...
L'idée de «Dracula» m'est venue en rangeant mon instrument dans son coffre après chaque concert. Je voyais l'analogie entre le comte et l'instrument de musique qui prenait vie à la nuit tombée, avant de regagner sa boîte aux premières lueurs de l'aube.
On en apprend de belles dans votre disque. Par exemple, dans «J'suis mort», qu'on doit travailler même si l'on est un squelette, «en costume de zèbre»...
Enfin, squelette dans un train fantôme, ce n'est pas trop fatigant. Cela permet même de caresser la tête des jeunes femmes qui passent en criant. Ce travailleur a été empoisonné par sa femme et son amant, mais finalement, il n'éprouve pas de rancune. Il est content (rires).
Votre vert centenaire «Félix» aime aussi les jeunes femmes. Qui vous l'a inspiré ?
De vieux messieurs que je croise dans les cafés que je fréquente en Bretagne, où se rencontrent toutes les générations. Je vois leur oeil s'allumer en présence de jeunes femmes. J'ai pensé à eux et aussi à la façon dont est décédé le président de la République Félix Faure (dans les bras de sa maîtresse à l'Élysée, ndlr).
Votre chanson «Une autre femme» révèle une drôle de surprise. Êtes-vous parti d'un fait réel ?
J'ai eu la chance de visiter le fonds du musée de Morlaix, où une momie égyptienne, qui a effrayé des générations d'enfants, est stockée parmi les meubles bretons. Un jour, elle a été mal manutentionnée et a développé des champignons. Au moment de la «soigner», les spécialistes ont réalisé qu'elle était en fait constituée de plusieurs morceaux d'origines différentes.
J'ai imaginé ma chanson là-dessus. Mais c'est moi qui ai rajouté que le crâne de ma momie égyptienne était celui de Lucienne, concierge parisienne native de Clamart, que d'ailleurs les enfants du quartier appelaient «La momie» (rires). C'est mon hommage aux concierges qui ont tendance à disparaître, ce qui est très triste.
Raconter des histoires dans vos chansons est-il l'un de vos plaisirs favoris ?
Oui, et plus le temps passe, plus c'est ce que j'aime faire. Dans mon cas personnel, pour qu'une histoire lue ou racontée me plaise, la forme est très importante, la langue doit être séduisante. Le fond, l'imagination ne me suffisent pas. S'il n'y a pas le style ça ne prend pas sur moi.
Dans «Parfois au clair de lune», le personnage ayant trouvé refuge sous un jupon protecteur affirme : «Ici je suis au paradis». Partagez-vous sa vision ?
C'est effectivement le paradis pour ce vagabond. Il trouve que c'est un bon point de chute (rires)!
Dans mon paradis à moi, la lumière est tamisée, on est plutôt en intérieur, le mobilier est un peu usé parce que, heureusement, il y a quand même du monde qui est passé par là !
Propos recueillis par Frédéric Jambon
«Je suis au paradis» par Thomas Fersen (tôt Ou tard).
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