21.07.2004
-M-. "Entre Coluche et Prince"
Interview parue le 21 juillet 2004 dans Le Mag'
Matthieu Chédid, alias -M-, est un habitué des Vieilles Charrues auxquelles il voue une affection profonde. Le super-héros de la chanson joyeusement déjantée speedera une foule énorme samedi à Carhaix. Entretien avant les retrouvailles.
LE MAG'.- Samedi, vous allez retrouver le Festival des Vieilles Charrues. S'agit-il pour vous d'un rendez-vous particulier ?
- M-.- Oui, j'ai un affectif particulier avec les Vieilles Charrues pour plein de raisons. J'y ai vécu un moment très intense la première fois où j'y ai joué en 2000 et j'y suis ensuite retourné deux ans plus tard pour des interventions sur scène avec mon père (NDLR : Louis Chédid) ainsi qu'avec Brigitte Fontaine. C'était une autre manière d'y aller, très agréable elle aussi.
Et puis il y a eu le rendez-vous raté de l'année dernière qui a été très frustrant pour tout le monde. J'ai été piégé par mon envie tellement forte de m'y produire. Ce qui n'a malheureusement pas été possible en fin de compte parce qu'on n'était pas prêt. On était alors en pleine préparation de l'album.
LM.- Ce n'était finalement qu'un rendez-vous reporté. Qu'est-ce qui vous plaît spécialement dans le festival de Carhaix ?
-M-.- L'esprit général qui sait, même si cela paraît contradictoire, conserver un aspect très familial, très humain dans une manifestation aussi immense. Et puis c'est un lieu où on croise des légendes. Je me rappelle d'une rencontre avec Robert Smith qui m'a vachement émue, même si c'était très court, juste avant sa montée sur scène. Comme je conserve un souvenir fort d'Iggy Pop vu dans les backstages.
Ce qui me plaît énormément encore, parce que je crois que ça me correspond, c'est le côté anti-snob des Vieilles Charrues qui n'hésitent pas à mélanger Pierre Perret avec les Cure, par exemple. Ça en fait le charme.
Je me retrouve bien dans ce genre de contrastes, moi qui ai parfois l'impression d'être un compromis entre Coluche et Prince ou je ne sais pas qui (rires) ! C'est ce que j'essaie de faire aussi artistiquement. Je me sens vraiment en cohérence avec les Vieilles Charrues.
LM.- Vous vivez une année folle, marquée par une tournée triomphale. Comment réagissez-vous face à un tel succès ?
-M-.- Je crois que par rapport à ce tourbillon, on est un peu dans l'oeil du cyclone. Ça ne bouge absolument pas là où je suis, c'est autour que ça bouge. Je suis trop acteur de tout ça pour me rendre compte, je n'ai pas de recul.
J'essaie juste de profiter de l'instant présent et d'être à la hauteur de l'espérance des gens qui attendent de voir quelque chose d'un peu exceptionnel. Et comme l'exceptionnel finit à un moment par devenir normal, il faut que nous soyons doublement bons. Il nous faut être à la
hauteur de cette pression qui est artistique.
Sinon, je reste très lucide, conscient que le succès est éphémère, beaucoup plus que l'insuccès qui est durable (rires). Tant mieux si ça continue et tant pis sinon : je veux juste profiter de tout ça maintenant parce que je sais que c'est une chance rare.
LM.- Avez-vous préparé quelque chose de spécial pour les Vieilles Charrues ?
-M-.- Par respect pour tout le monde, j'essaie de proposer le même spectacle partout. Même s'il y a toujours des petites modifications. Chaque spectacle a ses particularités et à Carhaix, il y aura encore des petites choses... On s'adapte à chaque situation. On se présente dans la version festival. Par exemple, j'ai une grande guitare rose en fond de scène. Dans les salles, elle est en dur et pour les festivals elle est gonflable.
LM.- Les deux Billie - votre fille et la guitare à laquelle vous avez donné ce nom - seront-elles présentes à Carhaix ?
-M-.- Oui pour la guitare. Ma fille, elle, est en vacances parallèles, malheureusement. Elle me manque beaucoup, mais elle sera en Bretagne, pas loin d'ailleurs, à ce moment-là. Elle n'a jamais vu de spectacle de son papa pour l'instant parce qu'elle est un peu petite. Mais ça viendra et c'est vrai que c'est peut-être le seul festival où elle est susceptible de passer. Mais ce n'est pas encore sûr.
LM.- Vous vous sentez des affinités avec la Bretagne ?
-M-.- Le père de ma fiancée, de ma femme, vit en Bretagne, et donc on va souvent le voir là-bas. Il habite dans les Côtes-d'Armor, tout près de Saint-Brieuc mais du côté des petits villages. Je découvre la Bretagne depuis huit ans grâce à ma fiancée.
LM.- Votre tournée se poursuit jusqu'à la fin juillet et ne reprendra ensuite qu'en octobre. Allez-vous partir en vacances entre les deux ?
-M-.- Oui, il y a une partie réservée à des vacances. Et des vacances qui préparent aussi un projet mais dont je n'ai jamais parlé, donc ce serait un scoop absolu (rires) !...
LM.- Merci, on vous écoute...
-M-.- En même temps, il faut rester très discret. Je vais rester un peu énigmatique mais disons que c'est un petit projet qui germe depuis très longtemps. Il est parallèle au mien. Je ne veux pas en dire trop parce que si ça se faisait mal ou pas du tout, ce serait dommage.
Mais en tout cas ce nouveau projet parallèle existe. Puisqu'il y avait une petite ouverture en septembre, j'ai pris dix jours de studio pour enregistrer la plupart de ça. Comme il y a eu l'album « Labo M » qui se distinguait en étant plus instrumental, là ce sera un projet plutôt de duo.
LM.- Et lorsque vous faites un vrai break, quel type de vacances priviligiez-vous ?
-M-.- Je suis tellement dans l'action, dans la surenchère parfois de rencontres, de lieux, et tout cela est si intense, que les vacances sont souvent pour moi un moment de répit. J'ai besoin alors juste d'être dans un lieu où on se sent bien, où on se retrouve plutôt en famille avec ma fille et ma femme. Ce sont des vacances de repos, de pause.
LM.- En novembre prochain, vous allez jouer les professeurs à domicile en sortant le DVD « Leçons de musique ». En quoi ce projet consiste-t-il ?
-M-.- Je dois dire que j'en suis très fier parce que c'est vraiment un beau projet novateur. A ma connaissance, ça ne s'est jamais fait.
Il s'agira d'un DVD très interactif, très ludique, et qui en même temps permettra d'apprendre vraiment la musique d'une autre manière. J'ai refait des arrangements de certains de mes morceaux. Et comme je n'ai aucun complexe, en plus de la guitare, je joue basse, piano, batterie et tout ça. On peut zoomer sur n'importe quel instrument, tout est en multiangles et filmé par au moins trois ou quatre caméras. C'est dur à expliquer, mais c'est extrêmement jouissif. En tout cas, je suis très emballé par ce truc-là !
Il y a aussi des couleurs, des décos, c'est du spectacle quelque part. Je pense que même si tu n'as pas envie d'apprendre la musique, le DVD sera assez séduisant pour être simplement regardé.
LM.- Un nouvel album de -M- est-il en chantier ?
-M-.- Il y a un live qui se prépare en versions DVD et CD. Ce sera le témoignage de ce qu'on fait en ce moment. Et après, un nouveau disque suivra, mais j'aurais du mal à en parler, même si j'écris quelques morceaux. J'ai du mal à penser à un nouveau disque tant que je suis encore dans celui-là. Cela fonctionne en chapitres. Et tant que celui-ci n'est pas terminé, j'ai du mal à me projeter déjà à un autre.
LM.- Quelle est votre définition d'une bonne chanson ?
-M-.- Une bonne chanson, et ça c'est mon père qui me l'a toujours dit, c'est déjà une chanson qui pourrait presque se chanter a capella ou en tout cas être jouée guitare-voix ou piano-voix. Elle se suffit par elle-même. Elle se révèle souvent dans la simplicité, dans l'évidence. C'est souvent une chanson qu'on a l'impression de connaître déjà parce qu'elle coule de source. Et une bonne chanson, c'est aussi une chanson qui te réchauffe le coeur et qui t'accompagne dans ta vie.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
14:26 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : -m-, festival des vieilles charrues, matthieu chedid, carhaix, chanson, guitare, billie









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