«Entre ciel et terre» est votre premier roman traduit en français. Depuis quand écrivez-vous ? Et quelles expériences professionnelles avez-vous vécues avant d'embrasser le métier d'écrivain?
Mon premier livre date de 1988, c'était un recueil de poésie. Deux autres ouvrages de poésie ont suivi, mais, depuis 1996, j'ai publié huit romans. «Entre ciel et terre» est le septième. J'ai exercé de nombeux métiers avant de devenir écrivain. J'ai quitté l'école à l'âge de quinze ans. J'y suis ensuite retourné trois ans plus tard. J'ai travaillé dans le poisson, dans un abattoir, été maçon, etc. Plus tard, j'ai enseigné dans un lycée, été bibliothécaire, homme de ménage, écrit des articles, animé quelques émissions de radio... Cela fait maintenant dix ans que je suis auteur à plein temps.
La traduction française du titre de votre roman est plus fade qu'en anglais: «Paradis et Enfer». Quel est le bon?
«Paradis et Enfer» est une traduction littérale. Seulement, je sais que les deux mots n'ont pas le même sens, ou tout du moins qu'ils renvoient à d'autres références, en islandais et en français, comme en italien d'ailleurs. Cela tient aux différences entre les religions luthérienne et catholique.
Le sujet principal de votre roman est-il la poésie? Qui peut tuer, mais aussi redonner le goût de la vie, comme c'est le cas pour le gamin à la fin du livre?
Le sujet principal? Disons que c'en est un parmi d'autres: j'ajouterais également la mort, l'espérance, les rêves, la nature... À coup sûr, la poésie a toujours revêtu une grande importance pour moi. J'en lis beaucoup, et il me semble qu'un poème peut être plus profond que n'importe quelle autre forme littéraire. Dans mes écrits, je mêle parfois fiction et poésie, avec l'espoir que l'union des deux accroisse la portée du roman, en permettant de pénétrer plus intimement dans l'esprit et les sentiments du lecteur. On ne devrait jamais passer une journée sans lire au moins un bon poème. Cela peut ne prendre qu'une minute, et pourtant, l'atmosphère du poème est susceptible de vous accompagner pendant des jours, des mois...
Tous les personnages de votre livre ont un nom, sauf son héros, que vous appelez simplement le gamin. Pourquoi cette exception?
Parce que je voulais que chaque lecteur puisse lui donner le nom qui lui paraît le plus approprié.
«Entre ciel et terre» est-il un roman initiatique? Offrant ainsi à son histoire une portée universelle?
"Je suis un écrivain islandais, profondément enraciné dans la nature de mon pays. Mes livres y puiseront toujours leur couleur. Mais la bonne ficion, la bonne poésie, ne connaissent pas de frontières, comme la musique. J'écris pour mon voisin, comme pour l'humanité dans son ensemble. Mais gardez bien à l'esprit que, sans traducteurs, la littérature mondiale n'existerait pas!"
Dans le contexte d'un roman historique, vous décrivez un monde terrible et beau, où les habitants mènent une vie très rude. Quel est l'impact de la nature islandaise sur vos personnages? L'Islande elle-même n'est-elle pas une des protagonistes d' «Entre ciel et terre»?
"En Islande, la nature et la météorologie ont joué un grand rôle pour façonner notre caractère national. Elles affectent notre vie quotidienne de manière certaine, aujourd'hui encore, quels que soient la technologie et le luxe qui nous entourent."
Mon roman se situe autour de 1895 (à plus ou moins cinq ans), et, en ce temps-là, où le quotidien était parfois une question de vie ou de mort, vous imaginez bien l'impact que la nature et le temps avaient sur un Islandais. Ils n'étaient pas en dehors, mais au coeur même de la vie des gens. Alors, oui, on peut facilement affirmer que l'Islande, de par ses caractéristiques, est l'un des principaux personnages de ce roman.
Votre roman contient des séquences spirituelles, existentielles (vivre ou ne pas vivre), triviales, charnelles: parce que la vie est ainsi?
En fait, oui. Pourquoi écrire des romans, de la poésie, sans essayer de découvrir le sens de la vie - et de la mort? Pourquoi écrire si ce n'est pour essayer de trouver la réponse à des questions comme: pourquoi sommes-nous là, d'où venons-nous, comment devrait-on vivre, comment transformer ce monde en une place meilleure? Poser les questions importantes et raconter des histoires: voilà l'ambition de mes romans. Et c'est ce que font mes auteurs favoris: Javiar Marias, Jose Saramago, Herta Müller...
Vous écrivez: «Certains mots sont des balles de fusil, d'autres des notes de violon». Vous sentez-vous sniper ou musicien?
Musicien! Et j'essaie de transformer la musique en mots.
Autre citation de votre roman. Vous décrivez les réverbères comme «quelques heures lumineuses séparées par des jours de ténèbres». Est-ce votre métaphore de la vie?
"Nulle métaphore ne peut saisir la vie dans son entier. Chaque fois que l'on s'y essaie, ce ne peut être qu'une tentative, une approche. Mais nous nous devons d'essayer de comprendre la vie, parce que si nous ne le faisons pas, nous nous engourdissons, nous devenons des ombres."
Votre roman présente une étonnante galerie de personnages, hommes et femmes, aux tempéraments forts. Ressemblent-ils à des gens que vous connaissez? Sont-ils typiquement islandais?
Honnêtement, je n'y pense pas. J'ai l'impression que mes personnages sont juste comme vous et moi. S'ils semblent avoir des tempéraments si forts, c'est à cause des mots que j'emploie et de la situation dans laquelle ils se trouvent.
«Entre ciel et terre» aura-t-il une suite?
Oui, c'est la première partie d'une trilogie. Gallimard publiera le second tome, «La Tristesse des Anges», en septembre prochain. L'action des trois livres se déroule en Islande: au nord-ouest, comme dans «Entre ciel et terre». Le lecteur sera amené à mieux connaître le gamin, ainsi que les gens de son entourage. Et je vais continuer à essayer de mesurer la distance qui sépare le Ciel de la Terre, le bonheur de la peine, la vie de la mort, et l'amour de la haine...
Propos recueillis par Frédéric Jambon
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