15.09.2011

Miossec. Chansons Ordinaires

Chronique parue dans la page Musiques du Télégramme du 15 septembre 2011

Miossec-GIF.gifLe huitième Miossec est son album le plus rock. Mais le titre est clair: il s'agit de «Chansons» où les mots priment. Rien d'«ordinaire» en revanche dans les tableaux de vies que peint le Brestois.


«C'est un album assez rock, immédiat, enregistré comme un premier disque avec des musiciens que je ne connaissais pas avant», raconte Christophe Miossec. Avec son power trio, il a obtenu «l'instantané, le premier jet» qu'il recherchait en s'immergeant dans le Studio du Faune, du côté de Rennes.

 «Le problème pour un chanteur, c'est que la voix vampirise tout, déplore-t-il. Au départ, il faut trouver un style, et si le disque a bien marché, surtout ne pas refaire le même. Tout du moins si on a envie de continuer à s'amuser, à ne pas faire du business».

 Révélé en 1995 avec «Boire», année où Dominique A et lui-même allaient donner un bon coup de pied au derrière de la chanson française, Miossec est devenu un artiste hautement respecté, sans renier ses valeurs ni ses méfiances. Il jette une oreille affligée sur la bande-son actuelle: «Il n'y a plus de fond, les chansons se résument à un air qu'on fredonne en demeurant d'une superficialité confondante».


Annoncer le programme

Pas de ça dans les onze «Chansons Ordinaires» qui composent son huitième et nouvel album. Miossec, en clin d'oeil au répertoire d'avant-guerre, - une passion aussi récente que «monomaniaque», avoue-t-il -, a utilisé le mot «Chanson» dans chacun des titres. «C'était drôle d'annoncer le programme!»

L'album ouvre malicieusement sur «Chanson que personne n'écoute»: «Tout a déjà été dit, mais ce n'est pas grave, car personne n'écoute», chante-t-il. Une intro ayant vocation de se retirer la pression? «Voilà, comme ça les gens peuvent en rester là», rigole le Brestois.

Ce serait dommage, surtout que le deuxième titre, «Chanson pour les amis», dédié «aux amis perdus de vue», est sûrement le plus optimiste du disque («Peut-être bien qu'on s'adore encore»). Ne pas manquer son clip, tourné à Ouessant, où Henri Miossec, père de Christophe, tient le rôle d'un garnement.

Avec «Chanson d'un fait divers», on retrouve le chroniqueur social, tout en finesse. «Derrière les façades des maisons ''ordinaires'', il se passe beaucoup de choses. C'est souvent par le biais du fait divers qu'on les découvre», observe l'ancien journaliste.

Non, la «Chanson pour un homme couvert de femmes» n'a pas été inspirée par DSK. C'est avant l'affaire, «en pensant à un copain», que Miossec écrivait le refrain: «Et ça fait mal mal, de n'être qu'un vieux mâle», sur une mélodie entêtante.

Les autres morceaux de l'opus développent chacun un thème particulier. Crise bancaire, internement en hôpital psychiatrique, hommes battus, capacité à rebondir après des drames... Pas toujours gai. Heureusement, interprétés d'une voix chaleureuse, les textes jamais pesants, à l'écriture directe, à la simplicité ciselée, sont traversés de traits d'humour.

Il ne faut pas se fier à l'adjectif du morceau qui clôt l'album: «Chanson sympathique». Avec des formules comme «Ce n'est pas parce que tu te sens seul qu'on a besoin de voir ta gueule», Miossec offre un généreux catalogue de saloperies à balancer. Un refrain décalé, à la Maurice Chevalier, l'interrompt: «Avoir un bon copain, il n'y a rien de plus chouette au monde».

Finalement, rien n'est ordinaire dans ces chansons, dont on sonde mieux la profondeur à chaque écoute. Comme lorsqu'on lit Georges Perros, auteur du recueil de poèmes «Une vie ordinaire», inspirateur permanent d'un Miossec toujours ravi de pouvoir lui rendre hommage.

Frédéric Jambon

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