20.10.2011

Gilles Servat. Nouvel album : "Ailes et îles"

Article paru le 20 octobre 2011 en dernière page du Télégramme

GIF-SERVAT.gifGilles Servat n'avait plus présenté d'album de chansons inédites depuis six ans. Il en livre treize nouvelles dans «Ailes et îles» (Coop Breizh), qui sort aujourd'hui. Le poète à la voix grave et chaude y décline des thèmes chers: amour, Irlande, Bretagne, hommages... Il les agrémente de coups de griffes et d'humour.


«Lorsque je fais un disque, explique Gilles Servat, j'essaie de proposer un cheminement à travers des paysages contrastés: qu'il passe par des montagnes, des descentes, des endroits où on voit la mer. Parce que si on reste tout le temps sur la même route, on finit par s'ennuyer. J'aime bien dire qu'il faut un peu de tout pour faire mon monde!». Le monde de son nouvel album, «Ailes et îles», ouvre sur un chant d'amour paternel: «C'est mon gars». Il le dédie à Edern, son «tigre blanc des taïgas», mais les autres papas n'auront pas de mal à s'y retrouver. L'artiste fait sonner ses mots sur un air traditionnel irlandais. «Ce qui m'émerveille, c'est de voir que des mélodies si anciennes sont toujours d'actualité!», s'enthousiasme-t-il.

 

Pensées philosophiques

 

L'Irlande est bien présente dans son univers. «C'est mon deuxième pays», confie le chanteur. Le morceau «Je pense à toi, je pense aux tiens» le ramène à Hoëdic (56), dont il dresse un portrait sensuel. De là, contemplant les îles voisines qu'il adore, il laisse ses pensées dériver sur le sort des Acadiens, réfugiés à Belle-Ile-en-Mer à la suite du «Grand Dérangement» de 1755. Les méditations de Gilles Servat prennent une tournure plus philosophique dans «Hiérarchies». Ce morceau chanté-parlé, aux images poétiques inspirées des textes celtiques anciens, le voit contester la place de l'homme: «La hiérarchie qui voudrait que la nature ait été créée par Dieu pour l'homme est une usurpation, s'insurge-t-il. Un poisson sait vivre dans l'eau, pas moi! Donc, le poisson m'est supérieur en cela». La religion, ou plutôt les crimes qu'elle a pu couvrir, est aussi évoquée dans «La paroisse de Prêchi-Prêcha». «J'étais en Irlande au moment du scandale des prêtres pédophiles que leurs évêques se sont contentés de muter dans une autre paroisse, indique Gilles Servat. La chanson est là-dessus. Dans les années 70, j'aurais développé le thème d'une manière beaucoup plus agressive et idéologique. Maintenant, je préfère raconter une histoire».

 

Hommage aux bénévoles

 

Mais non, Gilles Servat n'a pas perdu son esprit chansonnier et caustique. «Sarkostique» même, pour reprendre l'adjectif qu'il utilise à propos de son titre «Le nain charmant», qui fait un tabac en concert depuis deux ans. «C'est une caricature, rigole-t-il, un peu comme les dessins de Nono dans Le Télégramme!». Il consacre également des chansons à ceux qu'il admire. «Santa Barbara Bendita» lui permet de réaliser - en asturien! - un voeu qu'il caressait depuis fort longtemps: interpréter une chanson de mineurs. «Sur le front des bénévoles» applaudit l'action des anonymes sans qui tant de manifestations ne pourraient pas exister. «J'ai commencé à chanter le refrain de cette chanson en 2001 aux Vieilles Charrues. Après, je voulais y mettre tant de choses que je n'y arrivais pas. Il aura fallu dix ans pour qu'elle atteigne une espèce de maturité». «Kenavo Youenn vras» s'adresse à l'artiste Youenn Gwernig, disparu en 2006, et dont GillesServat se souvient d'abord des grands éclats de rire. C'est l'une des deux chansons en breton d'«Ailes et îles». L'autre, «Na gousk ket», est paradoxale: elle s'appuie sur un air de berceuse pour inciter à ne pas s'endormir dans la défense de la langue bretonne. Le disque se développe dans un climat folk et celtique. D'excellents musiciens y évoluent sous la houlette du directeur artistique NicolasQuéméner. Les Tri Yann interviennent. Gilles Servat leur fait un clin d'oeil (de même qu'à Nolwenn Leroy), avec le titre caché qui conclut l'aventure dans la bonne humeur. Il y interprète une version étonnante, en verlan, de la «Jument de Michao».

Frédéric Jambon

Repères

1945. Naissance le 1er février.

 1972. Premier album : «La blanche hermine».

 2005. Vingtième album : «Sous le ciel de cuivres et d'eau».

 2006. «Je vous emporte dans mon coeur», enregistrement live de 35 chansons choisies par le public dans 35 ans de carrière.

 Aujourd'hui. Sortie d'«Ailes et îles».

 

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