15.06.2011
-M-. "Je me sens chouchouté"
Interview parue le 15 juin 2011 dans le hors-série du Télégramme sur les 20 ans du Festival des Vieilles Charrues
Cinq Vieilles Charrues au compteur en dix ans : -M- a fait certaines éditions dans son costume de super-héros de la chanson pop-rock, d’autres en tant que guitariste d’artistes qui lui sont chers. Retour.
Lorsqu’on vous dit Vieilles Charrues, à quoi pensez-vous d’abord ?
Au plus spectaculaire et au plus chaleureux des festivals ! Cela m’évoque d’abord la première fois où j’y suis passé, en 2000. C’était très inédit pour moi d’être invité dans cet événement déjà historique, j’étais honoré. Surtout que je ne m’attendais pas à un tel accueil. De la part de l’équipe des organisateurs pour commencer. J’ai tout de suite senti un rapport familial qui m’a beaucoup touché, une grande simplicité malgré la dimension de cette grosse structure. Tout demeurait accessible.
Et puis l’esprit du pays, l’esprit breton étaient très forts. J’ai joué en fin d’après-midi, et j’ai ressenti le même sens de l’accueil et de l’ouverture dans le public. C’est ce qui m’a alors le plus marqué. Je me souviens du plaisir fou, de la jouissance extrême de cette première rencontre. C’était joyeux, et je n’avais pas l’impression malgré tout qu’il y avait tant de monde.
Après avoir découvert le festival en tant que -M-, vous êtes revenu en 2002, non plus avec le statut de vedette, mais comme guitariste de votre père, Louis Chedid, et de Brigitte Fontaine. Ce sont aussi de bons souvenirs ?
Magnifiques ! J’ai dit à mon père : imagine que tous ces gens sont nos amis (rires) ! Bon, c’est lui qui m’a initié à tout ça, mais cette fois, c’était moi qui l’entraînais dans une aventure nouvelle. Quel bonheur de pouvoir partager ce moment avec lui ! J’en ai profité pour jouer aussi avec Brigitte Fontaine : c’était vaiment atypique de la voir dans un cadre pareil...
Retour de -M- deux ans plus tard, en pleine tournée de folie. Vous proposez cette fois un show extraordinaire avec une énorme guitare gonflable pour décor...
C’était l’époque de « Qui de nous deux ». On avait grandi au niveau du dipositif scénique, il était devenu plus spectaculaire. La guitare gonflable était parfaite pour les festivals, puisqu’elle était rapide à installer. Ce fut une vraie trouvaille.
Pour moi, une tournée sans les Vieilles Charrues, ce serait impossible. En plus, ça me donne des idées pour tenter des expériences un peu plus folles !
La fois suivante, en 2008, Matthieu Chedid accompagne Vanessa Paradis sur la scène Glenmor.
Exactement. J’ai eu encore une fois la délicieuse impression d’amener mes potes aux Vieilles Charrues. Vanessa est quelqu’un de très lumineux, et en même temps d’assez fragile, si bien que de la retrouver dans un telle immensité, ça avait un côté un peu démesuré. Cela été un très grand moment. Et puis c’est vraiment agréable de vivre une telle expérience sans être en première ligne. La situation permet de ressentir le spectacle d’une façon totalement différente. De plus, cela me ramène à mes origines de musicien et d’accompagnateur. J’ai commencé comme ça. Je continue à le faire très naturellement, parce que cela fait partie de ma nature. Je dirais que c’est presqu’un accident si je me suis mis à chanter. Au départ, je suis fait pour jouer avec les autres.
Vous n’hésitez pas non plus à faire jouer les autres avec vous. Comme ce garçon de 11 ans, Peter-André, que vous avez embarqué sur scène lors du passage de -M- en juillet dernier aux Charrues. Lancez-vous régulièrement ce genre d’invitation ?
Oui, cela fait partie de ces moments inédits qui créent aussi le spectacle. C’est la surprise. Bien sûr, je ne sais pas qui j’invite à me rejoindre. Au moment du choix, c’est toujours l’instinct qui parle. Je ne peux malheureusement pas entretenir un rapport avec chacun de mes invités d’un concert. Mais je suis heureux de leur offrir ces instants de gloire, ces intensités.
J’aime l’idée que des gens qui étaient simplement venus assister à un concert en tant que spectateurs, par le hasard de la vie, se retrouvent à faire les Vieilles Charrues, l’Olympia ou Bercy.
Vous avez retrouvé votre jeune partenaire lors de votre tout dernier passage à Carhaix, en décembre cette fois, où vous avez donné le concert de la soirée des bénévoles. Quelle était l’ambiance ?
C’était troublant, parce que d’un côté, j’étais particulièrement heureux d’être là, pour toute l’affection qui me lie aux Vieilles Charrues, mais qu’en même temps, il y avait au départ cette ambiance un peu particulière propre aux concerts gratuits. C’est-à-dire que, même si les gens étaient heureux d’être là, il n’y avait pas le même engouement qu’avec des spectateurs « normaux ». Du coup, c’est plus difficile pour arriver à emballer et enflammer la salle. Mais c’est comme cela que ça se passe lorsque l’on joue devant des amis ! Ils sont finalement beaucoup plus durs à convaincre que des inconnus.
En dix ans, avez-vous trouvé que l’esprit des Vieilles Charrues a changé ?
Non : le festival a gardé sa chaleur et ses valeurs en faisant cohabiter tous les styles, pour toutes les générations.
Il y a une affection, une connexion spéciales entre le monde des Vieilles Charrues et le mien. Je crois que c’est pour cela que je m’y suis toujours senti chouchouté, ou du moins accueilli d’une manière particulière.
Certains festivals préfèrent cibler un genre - et pourquoi pas d’ailleurs. Moi, je privilégie aussi l’ouverture d’esprit, la musique et le plaisir. C’est ce que j’essaie de faire en tant qu’artiste. Je peux autant prendre mon pied en écoutant Pierre Perret qu’AC/DC. Les Charrues, elles, montrent qu’il est tout à fait possible de programmer à la fois Iggy Pop et Pierre Perret, de mélanger des univers, même extrêmes.
Avez-vous noué des relations avec d’autres artistes lors de vos passages aux Vieilles Charrues ?
Des rencontres très fortes me reviennent à l’esprit. J’ai un souvenir marquant d’Iggy Pop montant sur scène, en se déplaçant comme un iguane ! J’ai compris plus tard qu’il le faisait à cause d’un petit problème de hanche. Il l’avait transcendé avec cette manière très animale d’aborder la scène.
Je me rappelle aussi d’un échange furtif avec le chanteur des Cure, Robert Smith. Il est venu me parler avec beaucoup de douceur d’une reprise que j’avais faite de sa chanson « Close to me ». Le festival m’a encore permis de découvrir The Hives, groupe extraordinaire qui m’a complètement scotché et avec lequel j’ai passé un petit moment. C’est également à Carhaix que j’ai croisé The Dø pour la première
fois. Il y a plein de gens comme ça, la liste serait longue...
Vous venez de réaliser l’album de Johnny Hallyday, « Jamais seul ». En défendriez-vous les chansons avec lui à Carhaix ?
Pourquoi pas, rien n’est impossible. La vie nous amène à faire des rencontres. S’il ne faut jamais forcer un rendez-vous, il peut arriver qu’il s’impose à vous. Je crois que c’est important d’être à l’écoute de la providence. Avec Johnny, ça a été le cas. Jamais je n’aurais imaginé, ni même souhaité, pour être honnête, entreprendre cette collaboration. Eh bien cette rencontre, tout ce que l’on a vécu ensemble, se sont traduits pour moi comme une grande expérience initiatique. Je suis très fier de notre disque. Je le considère comme une vraie réussite artistique. Il appartient aux grandes choses que j’aurai faites dans ma vie.
Comment voyez-vous vos dix prochaines années, qui vous emmèneront jusqu’à l’anniversaire des 30 ans des Vieilles Charrues ?
Jouer pour les 30 ans, ça me ferait très plaisir ! J’espère vivre les dix prochaines années comme les dix qui viennent de s’écouler, c’est-à-dire en conservant les fondamentaux : être à l’écoute des gens et de moi-même, à la recherche de rencontres vraies. Il faut savoir se faire confiance sans trop se laisser influencer par l’extérieur. On est tellement conditionné que rester soi devient malheureusement un exercice
aussi périlleux qu’exigeant.
Propos recueillis par Frédéric Jambon
18:06 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : -m-, vieilles charrues, carhaix









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