24.11.2011

Charlie Winston. Running Still

Article paru le 24 novembre 2011 dans la page Musiques du Télégramme

GIF-CharlieWinston.gifRévélé par «Hobo», Charlie Winston relève magistralement le défi du deuxième album avec «Running still».


L'album «Hobo» (2009), vendu à 600.000 exemplaires en France, et les concerts mémorables qui ont suivi (notamment dans les grands festivals bretons), ont conquis le coeur du public. On s'est attaché à la haute silhouette de Charlie Winston, à sa voix puissante, modulée et sensible, à ses musiques actuelles et hors modes, aussi variées que réjouissantes. C'est dire si le second album du Britannique était attendu. Ouf, «Running still» (chez Atmosphériques) ne déçoit pas. Mieux, chaque nouvelle écoute des douze chansons de l'opus convainc qu'on est en présence d'un grand disque, déroulant de futurs classiques.


Regarder une rivière

Le titre de l'album est un de ces oxymores dont Charlie Winston raffole. En français, il pourrait se traduire par «Courir doucement». Comment est-ce possible? «Il suffit de regarder une rivière, répond Charlie Winston. En surface, elle semble tranquille, alors qu'en fait, elle court toujours. Je suis comme ça: j'ai sans cesse envie de bouger, et en même temps de rester tranquille. J'ai voulu le traduire dans l'album avec de l'énergie dans les rythmes et de l'émotion.»

Choisi comme premier single, «Hello alone» traduit bien cette ambivalence. La chanson exprime les états d'âme d'un amoureux revenu à la solitude, partagé entre tristesse et excitation de nouvelles pages à écrire. Le tout sur un folk bluesy au groove irrésistible.

Après «The Hobo», les radios avaient dégagé trois autres tubes du premier album de Charlie Winston. «Running still» est aussi riche. Pourquoi pas «Unlike me», à la si jolie mélodie, comme deuxième extrait? «Je ne sais pas si ce sera celui-là, mais la proposition me plaît, rit CharlieWinston. J'ai écrit la chanson lorsque j'étais sur la route. Elle capture mon état d'esprit d'alors.»

Une des caractéristiques du surdoué est de ne pas s'enfermer dans un genre: «J'en serais incapable. J'ai toujours écrit dans plein de styles différents». La palette de son nouveau disque est large. «Satisfied» est funky («Je me suis inspiré de Prince», avoue-t-il). «Wild ones» et «Rockin'in the suburbs» sont «rocky punky», selon leur créateur. «J'exprime le même feeling dans ces deux chansons: celui d'être enfermé dans une cage et de la secouer jusqu'à ce que la porte finisse par s'ouvrir!»


Ovni musical

L'atmosphère est radicalement autre dans les ballades mélancoliques piano-voix, «She went quietly» et «Making yourself so lonely». Même douceur dans «Lift me gently», aux allures de prière, qui clôt le disque. «Cette chanson est ma façon de dire que le paradis, c'est sur terre!»

«Running still» contient aussi un ovni musical. Il faut se pincer les oreilles pour le croire, mais le seul instrument de la chanson «Speak to me», c'est la voix. CharlieWinston a utilisé 270 pistes de sons émis uniquement par sa bouche pour recréer tous les instruments!

 Dans «The Great Conversation», le chanteur convoque Beethoven, en rêvant lui aussi de voir sa musique lui survivre. Avec des albums comme «Running still», c'est bien parti.

Frédéric Jambon

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