01.12.2011

Bénabar «Les bénéfices du doute»

Gif-Bénabar.gifArticle paru le 1er décembre 2011 dans la page Musiques du Télégramme

L'acteur Bénabar revient à ses premières amours. Son sixième album, «Les bénéfices du doute» (Sony), sort lundi. Il révèle un auteur-compositeur-interprète en pleine forme.


Finie la pop orchestrée de l'album «Infréquentable» (vendu à 500.000 exemplaires). Trois ans plus tard, Bénabar présente un album qu'il qualifie de «droit au but, sans fioritures». Cela se traduit musicalement par l'absence de cordes et de cuivres. Un banjo sert de fil rouge aux treize chansons nouvelles, réalisées par Jean-Louis Piérot (Bashung, Thiéfaine, Miossec...). Il a opté pour un univers plutôt country, folk et rock, avec des ouvertures au piano bastringue et à quelques choeurs féminins.

L'humour et la légèreté

Comme les musiques, les textes, ciselés jusqu'à l'épure, sont directs, à l'instar du «Mais moi, j't'emmerde!» qui ponctue «Politiquement correct». «La chanson est un coup de gueule, il ne fallait pas que ce soit trop joli dans la façon de le dire», justifie Bénabar. De dire quoi? «Que les gens qui fustigent le "Politiquement correct", en faisant de l'expression le synonyme d'angélique, ou d'un peu niais, finissent par donner crédit à des idées indéfendables. Pour moi, c'est bien de ne pas être raciste, de ne pas être misogyne...»

 «Les bénéfices du doute» est un album aux thèmes diversifiés. On pourrait encore sentir la colère pointer dans «L'Agneau», fable contemporaine sur les victimes du prêt-à-penser, sauf que, comme toujours, Bénabar prend du recul en privilégiant l'humour et la légèreté. «C'est l'histoire de l'agneau qu'invite le loup à manger, c'est l'histoire du cochon apprenti charcutier...», chante-t-il.

 «Les mirabelles», titre dédié au jeune comédien Jocelyn Quivrin, évoque la mort sans pathos. Rien de plombant non plus dans «Après de près», qui aborde pourtant, sur une musique enjouée, la dépendance à l'alcool.

L'autodérision est une autre marque de fabrique de l'artiste. Tant mieux, parce que dans «Râteaux», il se rémémore une certain nombre de ceux qu'il s'est déjà ramassés.


Des croquis

Bénabar traduit à la perfection ces instants que tout le monde a vécus. Comme dans la chanson «La phrase qu'on n'a pas dite». «Celle qui fait passer des nuits blanches en pensant, mais putain, si je lui avais dit ça, je l'aurais démonté!», rit l'artiste. Dans «Faute de goût» aussi, où les mecs reconnaîtront leur nana énervante à se trouver moche quand ils la voient belle.

«Je m'inspire du quotidien, parce que tout est dedans, note Bénabar. Les chansons ne sont pas forcément lourdes ou impérissables. Elles peuvent traiter de plein de petits moments. Je les vois plus comme des croquis qu'autre chose».

Le coup de crayon est encore d'une remarquable justesse lorsque, dans «Moins vite», le papa-poule veut freiner le temps qui passe. «Quand on est père de famille, on n'est plus nostalgique de sa propre enfance, on devient nostalgique de celle de ses gosses!», observe-t-il.

Enfin, il y a l'amour. Bénabar en offre une description drôle dans l'ultime chanson de l'album. «Je ne m'étais jamais autorisé à en parler aussi frontalement, constate-t-il. La chanson "C'est d'l'amour" est un peu le symbole de tout le disque !»

Frédéric Jambon

Écrire un commentaire