La crise en toile de fond
Avec le bien nommé «La distance», Da Silva a voulu quitter une routine qu'il sentait s'installer: changement de label (il est passé de chez tôt Ou tard à Pias), nouvelles manières d'écrire et de composer. «Jusque-là, je faisais mes chansons sur la route, en tournée, rapporte-t-il.
Cette fois, je me suis posé chez moi, à Rennes, en prenant bien le temps de finir une chanson avant de commencer la suivante.» Da Silva en a profité pour changer d'angle de vue. Son nouvel album, qu'il qualifie de «social», a l'omniprésente «crise» en toile de fond. «Auparavant, j'employais souvent des métaphores liées au climat, note-t-il. Cette fois, les textes s'ancrent dans la réalité et le quotidien. Sans toutefois les décrire d'une façon clinique, parce que cela n'intéresse personne».
Le disque ouvre sur un titre parlé, «Les concessions». Da Silva est clair : «Non, je n'ai pas envie de rire avec tous mes congénères». Ennemi du «ventre mou», il prône une opposition forte. Il le fait sur une musique en rupture avec celle de ses productions précédentes : piano à la tension rock, basse-batterie, guitare électrique.
Les plaisirs simples
Le fin mélodiste a opté pour un album pop à l'anglo-saxonne, avec quelques plages musclées. Comme «Les stations balnéaires», aux humeurs new wave, où Da Silva évoque un artiste qui ne croit plus à son métier.
Grosse fatigue aussi dans «Le repas», un des autres titres forts de l'album. Le chanteur tatoué y brosse le portrait d'un père, travailleur pauvre, tellement épuisé physiquement et mentalement par ses journées qu'il transmet son mal-être à sa famille.
Mais heureusement, tout n'est pas si sombre. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, «La crise» est un titre réjouissant. «C'est un morceau qui ondule, sourit Da Silva, ma première chanson d'amour positive! ». Retrouvant sa guitare acoustique, il y chante les plaisirs simples de la vie, quand «tout est sens dessus dessous».
Frédéric Jambon
Écrire un commentaire