19.02.2012

Alan Stivell à l'Olympia. Les 40 ans du concert mythique

Article paru le 14 février 2012 dans la dernière page du Télégramme

alan stivell,olympia,dan ar braz,rené weerner,nolwenn leroy,jord cochevelou,harpe celtique,tri martolod40 ans après son concert mythique de 1972, Alan Stivell retrouvera ce jeudi soir l'Olympia, à Paris. C'est sur cette scène que le barde a soulevé la première grande vague bretonne et celtique qui allait déferler sur la France et une partie du monde tout au long des années 70.


Enregistré le 28 février 1972 à Paris, le 33 tours «Alan Stivell à l'Olympia» est l'album le plus important de l'Histoire de la Bretagne. Et pas seulement parce que c'est le disque d'essence bretonne totalisant les meilleures ventes à ce jour: près de deux millions d'exemplaires écoulés! Série en cours, puisqu'il est de nouveau commercialisé, en version remastérisée, dans «Ar Pep Gwellañ» (Mercury Universal), le double CD best-of qu'Alan Stivell a sorti lundi. Non, si cet album occupe une place aussi éminente, c'est parce qu'il a eu un impact et des conséquences auxquels le barde lui-même, de son propre aveu, n'aurait jamais osé rêver.

Sur place, à l'Olympia, on a chanté pour la première fois en breton. Dans une liesse indescriptible, le public a dansé collectivement à l'intérieur du music-hall parisien, porté par des airs armoricains nourris des influences les plus modernes. Le concert était diffusé en direct dans l'émission «Musicorama» d'Europe 1, une des trois grandes radios couvrant alors l'Hexagone.

On estime à sept millions le nombre de personnes qui l'ont suivi sur les ondes! Elles ont alors vécu en direct le soulèvement de la première grande vague bretonne et celtique. Si d'autres disques d'esprit proche l'avaient précédé, c'est sans conteste «Alan Stivell à l'Olympia» qui a tout fait basculer. Le chanteur-harpiste-sonneur s'est retrouvé à la une des grands journaux et magazines. Ses traditionnels bretons revisités «Tri Martolod» et «Suite Sudarmoricaine» ont touché le très grand public.

Des gens qui écoutaient aussi bien Led Zeppelin que Johnny Hallyday les ont adoptés. «On jouait ma musique dans les discothèques, les bals et les mariages à travers la France», se souvient Alan Stivell. Ses nombreuses tournées à l'étranger allaient aussi révéler au monde l'existence d'une terre celtique à la pointe occidentale de la France.

Fierté retrouvée
Les conséquences en Bretagne furent multiples. De nombreux groupes professionnels, empruntant le sillage d'Alan Stivell, se sont créés, les festoù-noz se sont multipliés. Une région entière retrouvait la fierté de sa culture. «Les regards ont beaucoup changé dans les années70, se réjouit Alan Stivell. Des gens voulaient sauver la langue bretonne, l'apprenaient.

Les écoles Diwan sont nées dans ce contexte. Les politiques ont semblé finir par prendre conscience des richesses des minorités. Dans son programme, la gauche a, pour la première fois, parlé "des peuples de France". La droite a signé la "charte culturelle".

Aujourd'hui, la majorité des Bretons se sentent bien par rapport à leur identité. L'ancien sentiment de honte a disparu. L'agonie de la langue bretonne a été stoppée, ou du moins ralentie. Mais nous ne sommes qu'à la moitié du chemin! Il reste encore à atteindre ce qui existe ailleurs en Europe, en termes de république démocratique vraiment décentralisée».

En retrouvant, jeudi, la scène de l'Olympia pour l'anniversaire des 40 ans du concert mythique, Alan Stivell pourra savourer le chemin parcouru. Il n'aura jamais cessé de poursuivre sa quête d'une musique universelle, enracinée, ouverte et novatrice. Le concert qu'il donnera à Paris sera résolument du XXIe siècle, avec des décors et des jeux de lumière pointus.

Lui qui fut le premier ambassadeur de la harpe celtique réinventée par son père, Jord Cochevelou, jouera sur son tout nouveau prototype high-tech, dont les sons cristallins peuvent être modifiés électriquement. Pendant les deux heures trente de show, où il interprétera tout l'album de 1972 et les titres marquants des 40 années qui ont suivi, l'émotion sera vive.

Deux de ses compagnons du départ seront à ses côtés: le guitariste Dan Ar Braz et le violoniste René Werneer, avec lequel il n'a plus joué depuis 35 ans! D'autres invités rejoindront son groupe actuel sur scène: l'Écossaise Joanne McIver, le bagad Quic-en-Groigne de Saint-Malo, Nolwenn Leroy... Pas étonnant que l'Olympia affiche complet.

  • Frédéric Jambon

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